Mine de lithium de l’Allier : on vous explique les enjeux de cette exploitation

La présence de lithium dans l’Allier a été confirmée lundi 24 octobre par la société Imerys. Dès son exploitation en 2027, la mine pourrait devenir l’une des plus grandes sources de lithium d’Europe. Composent indispensable dans les batteries des voitures électriques, le lithium est une clé dans la transition énergétique. Voici ce que le lithium apportera à la région et à la France.

La mine de l’Echassière extrayait jusqu’à maintenant du kaolin. La société Imerys y a récemment découvert un des gisements de lithium les plus importants en Europe. Photo : Imerys

La mine de l’Echassière extrayait jusqu’à maintenant du kaolin. La société Imerys y a récemment découvert un des gisements de lithium les plus importants en Europe. Photo : Imerys

Il s’agit du composant essentiel des batteries. Chaque jour, le lithium fait fonctionner nos téléphones portables, nos voitures électriques et plus généralement toutes nos piles. Devenue indispensable à la consommation courante, cette poudre minérale surnommée à raison “or blanc” est de plus en plus prisée. Dans ce contexte, l’annonce de l’exploitation du site de Beauvoir à Echassières (Allier) semble être une excellente nouvelle pour l’économie et la production françaises. 

Mais comment cette nouvelle est-elle reçue sur le site en question ? Actuellement il s’y trouve une carrière de kaolin (de l’argile principalement utilisée pour la fabrication de céramique). Elle appartient depuis les années 2000 à la société Imerys. Cette entreprise est le leader mondial des spécialités minérales pour l’industrie, avec un chiffre d’affaires de 4,4 milliards d’euros et 17 000 salariés en 2021. Entre les années 2021 et 2022, l’entreprise a investi 30 millions d’euros pour financer une exploration et une analyse du site de Beauvoir. Le 24 octobre, Imerys a ainsi annoncé des quantités de lithium “très attractives” qui en font “un gisement d’importance mondiale”. En effet, celui-ci servira à accélérer la transition énergétique en alimentant l’industrie des voitures électriques et les “gigafactories” de batteries annoncées sur le territoire. La firme devrait produire dès 2027 une quantité d’hydroxyde de lithium permettant d’équiper environ 700 000 véhicules électriques.

Productivité, création d’emplois : une mine prometteuse

D’après Alessandro Dazza, directeur général d’Imerys interrogé sur France Inter, cette mine “est un gros projet pour ce site, mais pour la France aussi. C’est le premier projet d’extraction et d’exploitation de lithium en France et l’un des premiers en Europe. On a un gisement d’importance mondiale et les technologies pour l’extraire.” Selon les premières estimations de la firme, le projet permettrait de produire près de 34 000 tonnes d’hydroxyde de lithium par an pendant au moins 25 ans. Alessandro Dazza ajoute même qu’“il pourrait y avoir plus que ce que nous avons estimé, nous allons continuer les études pour voir si on pourrait avoir 30 ou 35 ans d’exploitation”. D’après le site d’actualités économiques Lyon entreprise, près de mille emplois directs et indirects pourraient être créés en Auvergne-Rhône-Alpes, répartis sur deux sites : une usine de purification des minéraux, à Beauvoir, une autre de transformation en hydroxyde de lithium. Cette dernière se trouve à 100 kilomètres de la mine et devrait être reliée par voie ferrée afin de faciliter les déplacements des minéraux. 

Le maire d’Echassières, Frédéric Dalaigre, pense qu’au niveau économique la découverte de cette mine “est très intéressante”, car celle-ci pourrait permettre de créer de nombreux emplois vis-à-vis de sa petite commune de seulement 390 habitants. Frédéric Dalaigre tient tout de même à préciser qu’il reste  “vigilant concernant l’impact écologie”. En effet, il faudra attendre 2027, lors de sa pleine exploitation, pour se rendre compte de l’impact réel de cette mine que ce soit au niveau économique mais aussi écologique.

Grégoire Verrière, conseiller régional écologique de l’Auvergne-Rhône-Alpes, se dit “méfiant” vis-à-vis des éventuelles nuisances sonores ainsi que des particules chimiques qui pourraient être rejetées. Pourtant, il est plutôt “rassuré” d’un point de vue écologique, car “cela évitera les importations extérieures” à la France. Il ajoute : “Imerys nous a fait visiter le site avec les autres conseillers et ils ont été assez transparents, ils ont répondu à toutes nos questions. Quand ils n’avaient pas de réponse, ils ont assurés se tenir disponibles à l’avenir dès qu’ils en sauront davantage au sujet d’une possible pollution de cette nouvelle mine.”

Un atout de poids pour la souveraineté énergétique

L’exploitation de la mine d’Echassière ferait de la France l’un des plus gros producteurs européen de lithium, aux côtés du Portugal ou encore de l’Allemagne. Avec un potentiel d’extraction de 15 000 tonnes de lithium pur chaque année, cette giga mine encadrée par le projet Emili constituerait la deuxième plus grande source du vieux continent, derrière une mine allemande située dans le bassin du Rhin. Ce niveau de production estimé est loin d’être négligeable : à l’échelle mondiale, seulement 450 000 tonnes annuelles sont produites, selon Imerys. Le site de Beauvoir n’est pas le seul à prouver l’attractivité de la France. En effet, une autre mine, située en Alsace, intéresse des exploitants étrangers tels que l’entreprise Vulcan, gestionnaire de la giga-mine allemande du Rhin. Pour la France, il y a un réel coup à jouer. 

Dans la liste des marchés en pleine croissance, celui du lithium a un siège doré. Selon Les Echos, sa demande européenne sera multipliée par 18 en 2030. Preuve de l’effervescence du marché du lithium, l’Union européenne exerce actuellement une forte pression sur la Serbie, qui dispose d’un potentiel de matière première exceptionnel, pour que cette dernière exploite une mine très prometteuse. Le Slovaque Maros Sefcovic, vice-président de la Commission européenne chargée de la prospective, a fixé un objectif clair à l’UE : devenir la deuxième région productrice de batterie au lithium, après la Chine.

Un pas dans la bonne direction pour la transition écologique

Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique, a quant à elle ajouté que “le lithium, qui sera extrait de manière responsable, permettra de produire dans nos gigafactories les batteries nécessaires à l’électrification de nos activités”. Car le composant minéral est indispensable à la transition écologique. C’est bien une matière fossile, mais elle permet d’optimiser grandement l’utilisation de l’électricité, en permettant par exemple le remplacement des véhicules thermiques. A Bercy et au ministère de la Transition énergétique, on doit se réjouir d’un timing d’autant plus satisfaisant que l’UE a voté en juin dernier l’interdiction de la vente de véhicules thermiques neufs dès 2035.

Le lithium est un composant essentiel de nos objets courants. C’est dans nos piles ou batteries électriques qu’il est utilisé. Photo : Pixabay

Le lithium est un composant essentiel de nos objets courants. C’est dans nos piles ou batteries électriques qu’il est utilisé. Photo : Pixabay

L’exploitation du site de Beauvoir permettra aussi une indépendance sur l’approvisionnement de lithium pour les batteries de voitures électriques des marques françaises. Renault, deuxième entreprise pesant le plus sur le marché de l’automobile en France (en termes de nombre de voitures vendues), importait jusqu’à maintenant le minerai d’Allemagne. L’entreprise centenaire vient de franchir un nouveau pas dans sa démarche d’électrisation en lançant sa filiale de production de voitures électriques, “Ampere”. Nez creux ou bon sens, les deux peut-être, Renault avait relocalisé sa production de batteries sur le sol français. Ainsi deux usines de fabrication de “bacs batterie” ont été installées en 2021 à Douai et Maubeuge, dans le Nord. Rebelote l’été dernier, quand la marque annonce l’ouverture d’une troisième usine, à Ruitz (Pas-de-Calais). Une bonne nouvelle pour la région, en raison des nouveaux emplois générés. La mine de l’Allier motivera peut-être d’autres entreprises du secteur à imiter la marque au losange. Le groupe Peugeot-Citroen-Opel dispose de deux usines de batteries. L’une est située à Douvrin, dans le nord de la France, mais l’autre est établie en Allemagne.

Pour que la France retire le meilleur bénéfice de cette mine, une question se pose toujours : le lithium français sera-t-il plus cher que l’allemand, principal fournisseur des entreprises françaises ? Le pire serait de vendre, en conséquence et dans une stratégie capitaliste, la production tricolore à l’étranger, et de poursuivre sur le même train les importations de minerai. Ce genre de décision relève jusqu’alors du secteur privé et non de l’Etat, sauf si ce dernier se lance dans une législation obligeante. Ce qui s’inscrirait pleinement dans la logique de souveraineté nationale et énergétique, thèmes sur lesquels l’Assemblée nationale se penche de manière récurrente, comme en septembre dernier, où un projet de résolution avait vu le jour.

Un enjeu écologique

Malgré le nom qui vient du grec et veut dire “pierre”, le lithium est le plus léger parmi les éléments solides. Grâce à cette légèreté, vous remarquez à peine que vous avez un téléphone portable dans votre poche. Sans ce métal alcalin si convoité aujourd’hui, pas de batteries lithium-ion. Sans les batteries lithium-ion, pas d’ordinateurs portables et pas de voitures électriques. “L’or blanc” est, comme déjà évoqué, un composant clé dans les batteries de ces véhicules. Récompensée par le prix Nobel en 2019, la batterie lithium-ion sert également au stockage de l’énergie solaire et éolienne. Il va sans dire qu’elle est une pièce importante du puzzle sur la transition énergétique.

Dans le désert de sel d'Atacama, au nord du Chili, de grandes quantités de lithium sont exploitées. Photo : Pixabay

Dans le désert de sel d’Atacama, au nord du Chili, de grandes quantités de lithium sont exploitées. Photo : Pixabay

Aujourd’hui, le Chili, l’Argentine et la Bolivie extraient une grande partie du lithium au monde. L’exploitation dans cette région de déserts de sel, dite le « triangle du lithium », est peu régulée. Elle consomme notamment d’énormes quantités d’eau, ce qui menace l’écosystème. De plus, l’aggravation de la pénurie d’eau est une intimidation envers des peuples indigènes qui y habitent. Le métal se trouve dissous dans les eaux souterraines. Pour l’extraire, les entreprises minières pompent la saumure dans des bassins. Le soleil évapore l’eau et ensuite, la poudre blanche peut être traitée. Pour produire une tonne de lithium en Amérique du Sud, il faut deux millions de litres d’eau. Dans le contexte de sécheresse qui frappe la France de plus en plus, la question se pose sur l’utilisation de l’eau dans ce nouveau projet en Auvergne.

Une menace à la biodiversité

Imerys, le groupe français qui exploitera le lithium, annonce que l’eau sera utilisée en circuit fermé. Michelle Petit, administratrice de l’association France Nature Environnement Allier, s’inquiète quand même. “Le site se trouve en plein Forêt des Colettes. C’est l’une des plus belles hêtraies où il y a des espèces classées comme menacées”, dit-elle à L’Effervescent. Le site est aujourd’hui occupé par la carrière de kaolin. Michelle Petit explique que celle-ci sera toujours en activité et que ce n’est pas la même chose que des mines : “Avec les mines, il y a automatiquement des émissions de CO2.” Elle évoque certaines “communes dévastées” en France où “il ne reste rien après la fermeture ». “On ne sait pas ce que ça donnera [dans l’Allier] dans 15 ans”, dit l’administratrice qui s’inquiète pour la pollution de l’eau.

Le site Reporterre confirme que beaucoup d’eau est requise dans le processus. Le média engagé sur la question écologique reproche à la technique d’extraction choisie par Imerys d’être « très énergivore » et de demander « de grandes quantités d’eau et de produits chimiques ». Les émissions de gaz à effet de serre proviennent des machines minières, souvent alimentées par des combustibles fossiles. Dans un communiqué de presse, Imerys mentionne une “flotte minière électrique”. Il n’est pas précisé si cela concernera la flotte entière.

Malgré certaines menaces à l’environnement, la mise en exploitation du gisement dans l’Allier permettra la fabrication de batteries lithium-ion pour produire des véhicules électriques. Il faut comparer les menaces écologiques (la grande consommation d’eau, le risque de pollution et les émissions de CO2) avec les réductions d’émissions grâce à l’électrification des véhicules. Les transports représentent aujourd’hui un cinquième des émissions de gaz à effet de serre de la planète, desquelles les transports routiers correspondent à environ la moitié. L’Académie royale des sciences, en délivrant le prix Nobel en 2019, concluait ainsi : “La production de la batterie lithium-ion est un fardeau pour l’environnement, mais les avantages environnementaux sont importants.”

Johanna Sahlberg, Mali Nkoumou, Théo Laroche 



Catégories :Auvergne

Tags:, , ,

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :