Clermont-Ferrand : rendez-vous International du Carnet de Voyage : ces cinq carnets insolites

Du lundi 18 au dimanche 22 novembre 2022, la ville de Clermont-Ferrand s’est animée avec l’arrivée du 22e Rendez-vous International du Carnet de Voyage. Comme à son habitude, l’événement a permis l’arrivée de carnettistes reconnus, venus parfois avec des projets pour le moins insolites. L’Effervescent a choisi de vous présenter cinq d’entre eux.

Chaque année, ce sont plus d’une centaine de carnettistes qui viennent présenter leurs voyages par le biais du dessin. Photo : Léo Pignol

Chaque année, ce sont plus d’une centaine de carnettistes qui viennent présenter leurs voyages par le biais du dessin. Photo : Léo Pignol

Des caravanes, des couleurs, du dessin et des carnets. Beaucoup de carnets. Du vendredi 18 au dimanche 22 novembre 2022, le centre Polydôme de Clermont-Ferrand a accueilli la 22e édition du Rendez-vous International du Carnet de Voyage. Cette année encore, ce sont plus d’une centaine de carnettistes qui sont venus présenter leurs expériences aux quatre coins du globe. Des spécialistes des végétaux aux conteurs de parcours migratoire, l’événement a eu, comme à son habitude, son lot de carnets insolites. Cinq d’entre eux ont particulièrement retenu notre attention.

  • Une année en forêt

Christophe Pons-Capitaine est venu présenter son carnet après plus d’un an passé seul en forêt. Source : Esther Dabert

Christophe Pons-Capitaine est venu présenter son carnet après plus d’un an passé seul en forêt. Source : Esther Dabert

A peine revenu de sa pause-déjeuner, Christophe Pons-Capitaine est déjà assailli de toute part. Autographes, dédicaces voire même photos, la file de curieux n’en finit pas devant le stand du carnettiste. Et pour cause, son travail se démarque de celui de ses confrères. Christophe n’est pas parti en Grèce ou au Vietnam comme de nombreux autres carnettistes. Non, Christophe est plutôt parti vivre une année entière en immersion totale dans la Forêt de la montagne noire, dans le parc du Haut-Languedoc. Isolé pendant un an et deux mois parmi les animaux et les végétaux avec pour seul compagnon sa palette d’aquarelle.

Mais ne vous méprenez pas, le projet de Christophe était bien réfléchi. « Mon but c’est de faire découvrir ce qu’est une forêt française, dans son histoire, du paléolithique jusqu’à aujourd’hui, dans sa manière de se développer dans le temps et dans notre lien à la forêt. Comment on l’a exploitée depuis la nuit des temps et aussi comment on l’a partagée, on a vécu à l’intérieur d’une manière très variée et aussi de parler de tout ce qui est dans les biotopes, c’est-à-dire l’environnement naturel, la faune, la flore« , explique-t-il le sourire aux lèvres. 

Ce retour à la nature dont Christophe considère le fruit, ce carnet, comme « un documentaire« , avait pour objectif de lui permettre de trouver des réponses à ses questions. « Qu’est-ce que je fais dans cette forêt ? Comment je suis en relation avec elle ? Qu’est-ce que j’en fais ? » Son carnet est donc une forme de recueil de tout ce qu’il a traversé, des animaux qu’il a rencontrés et de ce lien exceptionnel qu’il a développé avec la forêt.

  • Des roches des arbres et des îles

Daniel Casteill est un adorateur des éléments les plus simples de la nature. Source : Esther Dabert

Daniel Casteill est un adorateur des éléments les plus simples de la nature. Source : Esther Dabert

Après les forêts, direction les cailloux avec Daniel Casteill. Bien assis à dessiner derrière son stand, l’artiste est venu avec de nombreux carnets, tous éparpillés sur la table devant lui. Sa particularité ? Son affection, comme Christophe Pons-Capitaine, pour la nature. « Je ne suis spécialiste de rien. Tous les ans, j’essaye de trouver un thème un peu différent et je fais surtout des livres sur les thèmes que j’aime bien« , indique-t-il. L’originalité de cet artiste tient également dans sa méthode de travail. Habitué des voyages à l’étranger, Daniel a toujours apprécié dessiner « des arbres, des îles, des cailloux et des coquillages« , bien plus que des personnages. 

Dans les carnets de l’artiste il n’y a donc que des éléments naturels. « Je fais plus par thème que par pays », précise-t-il. Et pour preuve, les carnets de Daniel sont le fruit de dizaines d’années de voyages autour du monde. Finalement, ces carnets sont des recueils. « C’est un peu mon stock. Si je me dis, tiens j’ai envie de faire quelque chose sur les labyrinthes et bien je vais chercher un peu tout ce que j’ai sur les labyrinthes ou qui ressemble à quelque chose de labyrinthique« , explique-t-il. Un exemple pas innocent, car il a pour projet de consacrer aux labyrinthes son prochain carnet. 

  • Un tour en vélo

Valentin Deudon est venu représenter "l’espace vélo" de cette édition 2022. Source : Esther Dabert

Valentin Deudon est venu représenter « l’espace vélo » de cette édition 2022. Source : Esther Dabert

Dans un coin reculé, sous de multiples photos de cyclistes et de vélos, nous retrouvons le romancier Valentin Deudon. Valentin n’est pas carnettiste mais comme ses confrères, il est venu raconter son voyage le long des côtes bretonnes, au fil de la Loire et dans le Nord de la France. Même si son voyage peut paraître moins ambitieux que celui de ses congénères, Valentin a la particularité d’avoir jeté son dévolu sur un moyen de locomotion des plus honorables : le vélo. C’est à bord de son bicycle que l’auteur a voyagé durant trois mois pour écrire son livre L’intendresse

Ici, ce n’est pas forcément le contenu qui importe, c’est surtout le format. « L’intendresse c’est un récit de voyage à vélo en poésie« , explique l’auteur. Au-delà des poèmes, ce sont surtout des « fragments de souvenirs » que nous pouvons retrouver. « C’est un format un petit peu parcellaire d’utiliser les souvenirs pour nourrir un petit texte« , précise-t-il. A bord de son vélo, Valentin nous raconte ses rencontres et nous décrit les paysages qu’il a traversés. Même sans dessin, le lecteur rentre en immersion dans l’histoire grâce aux quelques photos qui parsèment ici et là les pages de l’œuvre.

Ce projet qui sort du lot a été accueilli par l’événement afin de mettre en avant ce « nouvel espace vélo » voulu par les organisateurs, dans le cadre de leur investissement dans la préservation de l’environnement. Valentin a donc été en quelque sorte le fer de lance environnemental de cette édition.

  • Le parcours du combattant

Ophélia Diallo est venue raconter l’histoire de son compagnon, Sanou, qui a traversé l’Europe pour arriver en France. Source : Esther Dabert

Ophélia Diallo est venue raconter l’histoire de son compagnon, Sanou, qui a traversé l’Europe pour arriver en France. Source : Esther Dabert

C’est devant son stand recouvert du sol au plafond d’un violet pourpre qu’Ophélia Diallo échange avec ses fans. Oui, on peut parler de fans dans le cas d’Ophélia puisque cette année, encore, l’artiste a obtenu le prix Médecin Sans Frontière. Quelque chose de presque habituel pour cette artiste, pourtant très humble, qui avait déjà été récompensée en 2019. Et pour cause, cette amatrice des « workaway » n’est pas ici pour raconter un voyage plaisant dans des îles paradisiaques. Si Ophélia fait partie de cette sélection 2022 c’est parce qu’elle est venue raconter une histoire, celle de son conjoint, Sanou, migrant venu de Gambi. Au travers de ses nombreux carnets, l’artiste nous raconte sa rencontre avec Sanou dans le centre d’Emmaüs Palerme jusqu’à son insertion en France. « A partir du moment où j’ai rencontré Sanou, tout ce qu’on vivait était tellement lourd et difficile que j’avais besoin d’écrire. J’aime beaucoup écrire, ma base c’est l’écriture et donc c’est là que j’ai écrit ces récits et que j’ai eu envie d’illustrer ces récits-là« , explique Ophélia.

Au total, ce sont quatre carnets que l’artiste est venue présenter. Les histoires regroupent les péripéties de Sanou durant son parcours de Gambi jusqu’en Sicile mais également son périple en Europe et en France, précisément dans le refuge de Briançon. Ophélia détaille les nombreuses « galères administratives » que le couple a connues au cours de son parcours jusqu’à l’obtention d’un titre de séjour. « C’était un moyen d’expression pour moi-même et pour les autres parce que ça nous a permis de communiquer sur son histoire et de faire comprendre aux gens qui il était et pourquoi il était là et ça a été un facteur d’intégration et d’acceptation, notamment dans les voyages alentour« , se confie l’artiste. Avec ses trois carnets récompensés par ce prix prestigieux, Ophélia peut aujourd’hui se féliciter d’avoir certainement obtenu cette visibilité tant recherchée pour raconter son histoire.

  • Au coeur du handicap

Eric Tournaire et ses amies ont décidé de se tourner vers la question du handicap pour cette édition 2022. Source : Esther Dabert

Eric Tournaire et ses amies ont décidé de se tourner vers la question du handicap pour cette édition 2022. Source : Esther Dabert

Et quoi de mieux que de finir par une petite note vichyssoise pour clôturer ce rendez-vous ? Derrière le stand d’Eric Tournaire, il n’y a pas un, ni deux, mais bien trois artistes. Habitués de l’événement, Eric et ses deux amies dont l’artiste-peintre Madeleine Meunier, sont venus présenter leur nouveau carnet sur le thème du handicap. C’est une amie qui leur a suggéré l’idée d’aller dans un foyer d’accueil puisqu’elle y est éducatrice. Un sujet difficile qui a poussé les artistes à faire de gros efforts pour accepter de le traiter. « On était un peu réticents parce que ce n’est pas facile de se dire comme ça qu’on va aller à l’encontre de gens qui sont un peu mis en marge, donc on était un peu émus. Mais au final ça s’est super bien passé. On a été bien accueillis et on a créé des liens d’amitié assez chouettes« , explique Eric.

Le cheval de Nathalie est donc un ouvrage artistique regroupant plein de petites histoires que les trois amis ont vécues dans ce foyer. Pour l’anecdote, « on a animé des ateliers en leur faisant dessiner des chevaux et finalement on trouvait que c’était un beau cheval de Troie, indique Éric, on s’impliquait tout en étant conscient du symbole de liberté que peut représenter un cheval pour des gens qui sont au foyer. » 

Au-delà de l’événement, le trio a même récemment créé un centre d’initiation au carnet de voyage, ouvert à tous près de Brugheas. Une initiation qui s’annonce de qualité avec des formateurs déjà passés huit fois par le Rendez-vous du carnet de voyage.

Esther Dabert



Catégories :Auvergne

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