Face à l’hiver, la pêche se réinvente

Lorsque les rayons du soleil caressent la peau et les cours d’eau, les conditions peuvent paraître idéales pour pêcher. Reste que ce sport doit s’adapter aux aléas des saisons. C’est pourquoi, lorsque l’hiver souffle un vent glacial et recouvre le ciel d’un voile gris, la pratique et les techniques de pêche sont bien différentes.

Olivier Hornberger (à droite) et Nicolas Medel montrent fièrement un silure qu’ils viennent de sortir de l’eau / Photo : Facebook Centre PECHE.

Olivier Hornberger (à droite) et Nicolas Medel montrent fièrement un silure qu’ils viennent de sortir de l’eau / Photo : Facebook Centre PECHE.

Rien n’arrête un passionné de pêche, pas même l’hiver. Les poissons, de leur côté, ont un comportement bien différent une fois la saison hivernale entamée. Les pêcheurs sont ainsi forcés d’adapter leurs techniques et leurs équipements pour les épisodes de grand froid. Olivier Hornberger est vendeur dans un commerce spécialisé dans la pêche à Cusset (Allier). Après avoir exercé sa passion dans une grande partie de l’Afrique de l’Ouest et remporté de nombreux prix mondiaux et nationaux, il connaît bien cette pratique. Le pêcheur revient ainsi plus en détail sur la façon dont doit s’adapter la pêche en pleine saison hivernale. 

L’importance de la température 

La météo et la température sont inhérentes à la pratique de la pêche. « Les plans d’eau sont structurés par des courants thermiques différents. On appelle ça la thermocline », explique Olivier Hornberger. Ce phénomène est une des variables que les pêcheurs sont obligés de prendre en compte lorsqu’ils s’apprêtent à dégainer leurs cannes. « La thermocline est la transition de température entre différentes couches dans un cours d’eau », développe Olivier Hornberger. Les poissons ne résident donc pas dans les mêmes endroits, et les variations de températures les obligent à se déplacer. « L’hiver, la température de l’Allier est très froide en surface, précise le pêcheur. Reste que dans l’eau, il y a une certaine inertie, c’est pourquoi plus les poissons vont en profondeur, plus ils ont chaud ». Les basses températures qu’impose la saison hivernale ont donc pour conséquence de modifier les zones d’habitation des différentes espèces de poissons.

« L’hiver, les poissons ne se rendent pas dans les zones où il fait très froid ou dans les zones en surface. Le printemps, c’est l’inverse. Les rayons du soleil réchauffent les zones en surface donc les poissons remontent », exlique Olivier. Reste que les changements de température des différentes couches thermiques au sein des plans d’eau n’est pas la seule raison qui explique le déplacement des poissons. « Quand leurs proies ont froid, elles se déplacent pour trouver de la chaleur. Les pêcheurs doivent donc s’adapter à ces changements ». Une fois la saison hivernale arrivée, la structure du monde marin change drastiquement. Les pêcheurs sont ainsi contraints de modifier leurs techniques pour que les poissons continuent de mordre. 

En hiver, des techniques de pêche différentes

Pour appâter les poissons, les pêcheurs misent sur leur appétit. Sauf qu’en hiver, « les poissons se mettent en hypothermie au fond de l’eau. Leur métabolisme ralentit pour leur faire économiser des forces donc ils ont besoin de moins d’apports nutritionnels », explique Olivier Hornberger. Il est donc bien plus compliqué de les faire mordre à l’hameçon.

À l’inverse, quand il fait chaud et que l’eau se réchauffe, « les poissons bougent beaucoup et ont besoin de beaucoup d’énergie. Ils vont donc chercher de la nourriture activement, c’est bien plus simple de les faire mordre à l’appât », poursuit le pêcheur.

En hiver, des subterfuges différents sont utilisés pour attirer le poisson. « Durant la saison hivernale, lorsque l’on pêche au leurre, la pêche est très lente », précise Olivier. Le leurre consiste à faire croire aux poissons qu’une proie les attend sur la surface ou à l’intérieur de l’eau. Mais en hiver, « les poissons ont moins d’énergie, il n’est donc pas logique d’agiter frénétiquement un leurre. Ils n’y croiraient pas, les poissons sont intelligents », explique le pêcheur. Avant d’ajouter qu’en période de grand froid « la pêche se fait quasiment sur place ou à la verticale sur un bateau. Les mouvements sont le plus minimalistes possible »

Concernant la technique de l’amorçage, qui consiste à jeter dans l’eau de la nourriture pour attirer les poissons, elle est tout aussi différente en hiver. Nicolas Medel, moniteur de pêche, explique que « durant l’été, on jette les produits dans l’eau et ce sont les poissons qui viennent à la nourriture. En hiver, c’est nous qui devons aller les chercher, nous faisons des amorçages très précis à destination des poissons ».  

Équipements spéciaux et baisses des ventes

Pour se prémunir des basses températures de la saison hivernale, les pêcheurs optent pour un équipement bien spécifique. « En hiver, ils se munissent de vestes imperméables très chaudes qui permettent de se sentir à l’aise jusqu’à des températures qui descendent jusqu’à vingt degrés en dessous de zéro », détaille Olivier. Concernant les équipements en dessous de la ceinture, les pêcheurs ont à leur disposition des Wader. « Ce sont des bottes en néoprène formant un pantalon. Elles permettent d’aller au milieu des rivières sans être saisi par la fraîcheur de l’eau » précise le pêcheur. « Pour les chaussures, il existe des chaussures imputrescibles, sans couture et résistantes à l’eau », poursuit-il.

Une fois le grand froid arrivé, les magasins de pêche eux-mêmes sont contraints de s’adapter. « Durant l’hiver, ce qui est le plus dur pour les magasins de pêche, c’est de passer la saison. Nous ne vendons presque aucun équipement. Nous profitons donc des basses températures pour refaire le stock, en attendant patiemment la saison prochaine », explique Olivier. Nicolas Medel précise de son côté que « les cours de pêche sont beaucoup moins fréquents en hiver. Les demandes se concentrent sur la pêche au carnassier, mais on observe une baisse drastique ». La saison hivernale oblige ainsi les pêcheurs à se réinventer. Ils sont obligés d’étudier avec précision la vie aquatique afin d’adapter leurs techniques, en attendant le retour des premiers rayons de soleil.

 

Jean Rémond



Catégories :Le sport à Vichy

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