Le barrage de Vichy, une installation qui ne fait plus l’unanimité

Construit en 1963, le barrage sur l’Allier de Vichy permet l’existence du lac d’Allier. Un plan d’eau agréable pour les promeneurs et essentiel pour différentes activités nautiques. Cependant, des associations se dressent contre le barrage et la façon dont il est actuellement géré, au titre du respect de la biodiversité. On fait le point.

Le barrage sur l’Allier, depuis la rive ouest. En bas de l’image se trouve la passe à poissons. Photo : Julien Poireau

Le barrage sur l’Allier, depuis la rive ouest. En bas de l’image se trouve la passe à poissons. Photo : Julien Poireau

« La meilleure année, 1000 saumons sont passés par la passe. Aujourd’hui, nous sommes autour de 200 », constate Roberto Epple, président de l’association SOS Loire vivante. Il complète : « Nos données remontent à la construction du barrage, dans les années 1960. 1000 poissons en une année c’est un chiffre record, que l’on n’explique pas. Cependant, il témoigne de la diminution de l’espèce. » Cette espèce, c’est le saumon d’Allier, dernier saumon sauvage d’Europe, un poisson migrateur qui se reproduit dans la rivière Allier, au-delà de Brioude. Une zone de reproduction historique, située à 950 km de la mer. Le parcours est semé d’embuche pour les poissons migrateurs, venus faire perdurer leur espèce dans l’eau de l’Allier. « À chaque barrage, vous perdez un pourcentage de poissons car certains ne trouvent pas la passe », témoigne Roberto Epple. Et au retour, les jeunes saumons – qui sont appelés des smolts – peuvent eux aussi avoir des difficultés. « Les smolts passent au-dessus du barrage. Mais avec le courant, ils peuvent tourner en rond, et perdre un temps précieux », rapporte Louis Sauvadet, président de l’association protectrice du saumon. « Ce temps est précieux car les saumons doivent faire leur migration de poisson d’eau douce à poisson d’eau salée dans l’embouchure de la Loire. S’ils sont en retard, ils peuvent manquer leur transition. Dans ce cas, c’est foutu. » 

Un lac multisports 

« Ce barrage a été inauguré avec la présence du ministre des sports, en 1966. Durant cette inauguration, une manche du championnat du monde de ski nautique s’est tenue sur place », rapporte Nicolas Subjobert, directeur du développement de Vichy Sport. « Nous envisageons d’organiser une étape du championnat du monde de jet ski l’an prochain. Ça ne serait pas possible sans le barrage. Aucune activité ne serait possible sans le barrage. » En effet, de nombreux sports se tiennent sur le Lac d’Allier grâce à cet ouvrage. C’est notamment le cas de l’aviron, du jet ski, de la voile ou encore du paddle pour ne citer qu’eux. « Je ne suis pas contre le barrage », réagit Louis Sauvadet. « Jusque dans les années 80, il y avait 3 mois d’effacement du barrage pour la migration chaque année. » Une ouverture des vannes saisonnière qui n’a plus lieu depuis une quarantaine d’années. « Je pense qu’un compromis est possible », explique Roberto Epple. « Les périodes se chevauchent. Le poisson arrive plutôt de janvier à avril. Les activités sur le lac commencent après. » Même si ce dernier ne cache pas sa conviction profonde. « C’est un gain pour la ville, le lac à une réputation. Mais d’un point de vue écologique, il faudrait retirer ce barrage. »

Une centrale hydroélectrique dans le barrage

Si les opinions sur le barrage sont déjà divergentes, le projet de centrale hydroélectrique vient cristalliser les tensions. « Le barrage permet une énergie renouvelable et inépuisable. C’est un chantier modèle », selon Nicolas Subjobert. De son côté, Roberto Epple n’a pas la même vision du projet. « Le projet de centrale a été conçu sans concertation avec les associations qui travaillent pour la biodiversité. […] On a émis des réserves sur l’impact migratoire et la qualité de l’eau. Le préfet est passé outre. On a donc porté plainte. » De son côté, Louis Sauvadet considère qu’il « n’y a aucune raison que l’on fasse passer les enjeux de biodiversité sous le tapis, comme on l’a fait pendant plusieurs années. On n’est pas dans la polémique, on est sur la biodiversité. » Le recours en justice a été déposé par sept associations protectrices de la biodiversité. Une démarche qui devrait aboutir dans les prochains mois. Côté solution, l’association SOS Loire Vivante appelle à s’inspirer d’un autre barrage, celui de Poutès. « On a obtenu une modification du barrage là-bas. Trois mois par an, le barrage est ouvert, et pour le saumon, c’est une rivière normale. Il n’a pas de difficultés. » Une solution qui serait envisageable sur le barrage de Vichy. « Les vannes existent déjà à Vichy. Il serait facile de mettre en place ce genre de plan. »

 

Julien Poireau



Catégories :Le sport à Vichy, Vichy

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2 réponses

  1. Le saumon de l’Allier N’EST PAS le dernier saumon sauvage d’Europe. Outre les îles britanniques (il se prend à la ligne plus de 70.000 saumon sauvages par an sur leurs rivières), la Norvège, la Suède, la Finlande etc… il y a en France le bassin des Gaves pyrénéens, les rivières bretonnes et de Normandie (See et Sélune,, Canche Authie, Orne etc…) qui ont encore des saumons sauvages. La seule différence avec l’axe Loire-Allier, c’est que sur ce dernier la souche est unique et donc non remplaçable. Ce cher Roberto EPPLE n’est apparemment pas très clair dans ses propos, même si l’accent exotique le rend très médiatique. Quant à la référence à Poutès, notre association, comme tous les scientifiques, s’y est opposée lors de l’enquête publique et a depuis déposé un recours contentieux.. Les associations vivent de leurs actions et de leur adhérents, et les fondations, même baptisées associations, vivent de leurs sponsors, ceci expliquant cela.
    J. de Lespinay, Association nationale pour la protection des eaux et des rivières (ANPER), membre du groupe d’appui du plan de gestion des poissons migrateurs de bassin Loire (DREAL de bassin)

  2. Le saumon est l’espèce emblématique de la rivière Allier! Mais c’est aussi une espèce « parapluie », en protégeant le saumon on lui associe bien d’autres migrateurs comme l’anguille, l’alose, la lamproie!
    Nos poissons présents toute l’année ont eux aussi besoin de bouger, de « changer d’eau », preuve en est les chevesnes, brèmes, spirlins, ablettes ou autres vandoises visibles à la passe à poissons dès le début avril !
    Laissons aux spécialistes de l’eau qui se battent chaque jour au sein d’associations les bonnes décisions; nous les remercierons pour leur bienveillance dans quelques années !
    Les décideurs locaux ont toujours un intérêt PERSONNEL à défendre les barrages, les lobbyistes font le reste…
    Merci
    Pascal Papin

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