Six sites clunisiens de l’Allier candidats à l’Unesco

Six sites clunisiens de l’Allier souhaitent candidater pour être classés au patrimoine mondial de l’Unesco. Un travail de longue haleine puisque la construction des dossiers a commencé en 2019. Les dossiers devraient être déposés d’ici deux ans. 

Une église clunisienne de la commune de Souvigny (2015, Allier). Photo : Musée de Souvigny

Une église clunisienne de la commune de Souvigny (2015, Allier). Photo : Musée de Souvigny

Après l’inscription à l’Unesco de la ville de Vichy pour son patrimoine thermal à l’été 2021, le département de l’Allier pourrait avoir six nouveaux sites reconnus au patrimoine mondial d’ici 2026. En effet, six communes candidatent pour obtenir cette reconnaissance au sein du département. Ces dernières sont Saint-Germain-des-Fossés, Broût-Vernet, Châtel-Montagne, Arronnes, Neuilly-en-Donjon et Souvigny. Ces localités ont toutes un point commun : elles possèdent sur leur territoire un site clunisien. C’est-à-dire un site historique qui a fait partie de l’ordre monastique de Cluny. « Les sites clunisiens sont des églises, des terres, des moulins qui ont été donnés à l’ordre de Cluny », explique Bruno Phalip.

L’ordre de Cluny a été fondé au Xe siècle à Cluny, une commune de Saône-et-Loire, et perdure jusqu’au XVIIIe siècle. Cet ordre a la volonté de respecter la règle monastique écrite par Saint Benoît. Dès le Xe siècle, les possessions de Cluny sont de plus en plus nombreuses, en France et en Europe. Selon Clunypedia, aujourd’hui il y a 2044 sites clunisiens, dont la grande majorité se trouve en France. Comme l’explique Bruno Phalip, « rares sont les vraies créations ». L’architecture des sites ne laisse que rarement la possibilité de les reconnaître comme clunisiens. Tous les sites clunisiens témoignent du rayonnement et de l’influence de l’ordre de Cluny durant le Moyen-Âge. D’où la difficulté de construire cette candidature pour l’Unesco autour de ce patrimoine. Un travail très long et qui a débuté depuis 2019.

Carte des six sites clunisiens candidats au patrimoine mondial de l’UNESCO. Crédit : Mathilde Guémené 

Un travail de structuration

Tout cela a commencé dans la commune de Souvigny. Située en plein cœur du Bourbonnais, la ville est considérée comme « une des filles aînées de Cluny », selon Matthieu Pradels, le chargé de la mission patrimoine au sein de la ville de Souvigny. Souvigny dispose d’un monastère, d’un musée ainsi qu’une des plus grandes églises clunisiennes de l’Allier, « elle est même plus importante que la cathédrale de Moulins », précise Matthieu Pradels.

Ce patrimoine possède une forte influence clunisienne. La commune a d’ailleurs vu naître, en 1994, la Fédération Européenne des Sites Clunisiens, dont le siège se situe aujourd’hui à Cluny. Cette association est à l’initiative de la candidature et construit ce dossier depuis 2019. Le rôle des communes est de regrouper les documents nécessaires pour le dossier. « Nous devons fournir des documents historiques, des plans et également faire des propositions pour restaurer les bâtiments qui entourent l’église », explique Justine Dauge qui est chargée de porter le projet à Neuilly-en-Donjon

Aujourd’hui en plus des six sites de l’Allier, 97 autres sites clunisiens situés dans dix pays européens différents se sont ajoutés au dossier. « C’est une candidature transnationale d’un bien en série », explique Matthieu Pradels. « C’est le même principe que la candidature de Vichy, on est sur plusieurs pays et à la fin, les biens qui seront sélectionnés représenteront un seul bien ».

Un regroupement exceptionnel autour de ce patrimoine vieux de plusieurs siècles mais dont les sites doivent encore être départagés, car les 103 candidats ne pourront pas tous faire partie du dossier. Une question qui est en cours de discussion mais Matthieu Pradels espère que tous les sites de l’Allier seront remarqués pour être retenus dans la candidature. « L’église romane de Châtel-Montagne est vraiment un point fort pour le site », commente-t-il. Mais pour faire encore plus valoir leur candidature, les sites bourbonnais se sont réunis afin de s’organiser et de se faire reconnaître.

Une reconnaissance importante

Si les sites clunisiens de l’Allier sont retenus et inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco, ces derniers vont pouvoir bénéficier de plusieurs avantages. « Déjà c’est une reconnaissance sur le plan international », déclare Matthieu Pradels. De plus, cette reconnaissance offre une meilleure protection des sites. Même si les villes disposent déjà de moyens pour préserver l’environnement historique de leur commune, « tout cela va être renforcé » poursuit le chargé de la mission patrimoine. Néanmoins, l’Unesco ne verse pas de fonds financiers aux sites inscrits. Mais la reconnaissance en elle-même rapporte déjà de l’argent par l’afflux de touristes que cela engendre. « C’est un sacré moteur pour les petites communes », déclare Justine Dauge. Cela peut aussi inciter des organisations à investir pour rénover ces monuments classés. Pourtant malgré tous ces points, le projet a aussi ses détracteurs.

Vue aérienne du site clunisien de Souvigny (2008, Allier). Photo : Musée de Souvigny

Vue aérienne du site clunisien de Souvigny (2008, Allier). Photo : Musée de Souvigny

En effet, la candidature à l’Unesco des sites clunisiens ne plaît pas à tout le monde. « Ces classements n’apportent absolument rien si ce n’est une hausse de 30% des visiteurs. Il s’agit d’une demande purement commerciale qui va amener une circulation automobile et la perte d’une certaine quiétude », s’inquiète Bruno Phalip, historien de l’architecture et archéologue médiéviste. Une inquiétude que partagent certains habitants de Souvigny, qui ne sont pas favorables à la reconnaissance du patrimoine de leur commune, de peur de perdre, justement, leur tranquillité et de voir arriver des centaines de touristes quotidiennement. 

De plus, les sites clunisiens ne sont pas toujours évidents à définir. « Très rares sont les architectures ‘reconnaissables’ comme clunisiennes, d’où la bêtise de classer cela au patrimoine mondial de l’UNESCO », pense Bruno Phalip. L’historien n’est pas partisan de ces classements qui, pour lui, « sont le pire qui puisse arriver à un site théoriquement protégé et après coup « marchandisé ». Mais pour l’instant rien n’est acté et les six sites clunisiens de l’Allier doivent encore attendre pour savoir s’ils feront partie ou non de la liste des sites reconnus. 

Jeanne Paumier et Mathilde Guémené



Catégories :Auvergne

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