TEMOIGNAGES. Comment l’inflation se reflète sur le frigo des étudiants ?

Flambée des prix, inflation qui avoisine les 14%, paniers-repas hors de prix. Aujourd’hui, faire ses courses est devenu de plus en plus cher. Un problème qui touche tout le monde et particulièrement les jeunes. Leurs habitudes alimentaires ont-elles changé ? Les réponses se trouvent dans leurs frigos.

Depuis l’année 2020 et l’arrivée du covid-19, la précarité étudiante n’a fait que s’accentuer. Avec l’inflation face à laquelle la France est confrontée ces derniers mois, certains jeunes ont du mal à aller jusqu’à la fin du mois. Nous avons contacté neuf étudiants issus de villes plus ou moins différentes, afin de recueillir des témoignages uniques. À Vichy, Amiens, Montpellier ou encore Paris, comment ont-ils vu leurs habitudes changer et comment y font-ils face ? 

Alexis : « Je suis obligé de réduire ma quantité de viande »

(Photo : Claudia Dicristofalo / L’Effervescent)

(Photo : Claudia Dicristofalo / L’Effervescent)

Viande, poisson, œufs : le prix des protéines a remarquablement augmenté cette année. Pour les étudiants sportifs, l’inflation se fait nettement ressentir à la fin du mois. Alexis, 20 ans, a principalement remarqué cette augmentation sur la viande : « Etant donné que je fais beaucoup de sport, je dois manger suffisamment de protéines pour maintenir le muscle. Avec tous les prix qui augmentent, je suis obligé de réduire ma quantité de viande. Même la moins chère du supermarché est devenue trop chère. Si ça continue, je vais finir par ne plus en acheter du tout. »

« Pour contrebalancer ce manque de viande, je favorise les haricots, les pois chiches, le soja. » – Alexis

Face à cette hausse des prix, les athlètes se tournent vers d’autres alternatives comme les légumineuses. Riches en protéines et acides aminés, on les retrouve fréquemment dans nos assiettes. Elles sont d’ailleurs même moins chères que la viande.

Hélène : « Je ne peux pas faire attention à la qualité des produits »

(Photo : Hélène Charpy / L’Effervescent)

(Photo : Hélène Charpy / L’Effervescent)

Hélène habite depuis le mois de septembre à Paris. Après quelques années passées à Lille, son pouvoir d’achat a quelque peu diminué. Néanmoins, elle arrive à s’en sortir. Même si son frigo du jour ne représente pas ce qu’elle a en temps normal, Hélène nous explique comment elle se nourrit quotidiennement ! « Je mange énormément de fruits et légumes pour essayer d’équilibrer mes plats. Je ne peux pas faire attention à la qualité des produits pour l’instant, mais dès que j’aurai un peu plus d’argent, je ferai attention, surtout pour la viande », confie-t-elle.

Pour manger à moindre coût dans la capitale, la jeune étudiante de 21 ans utilise une application révolutionnaire : Too Good To Go. « Cette application permet de manger pas cher et de faire un geste pour l’environnement. A Paris, beaucoup de magasins utilisent cette application. L’autre jour, j’ai récupéré une cagette avec des fruits, des légumes, du taboulé, des sandwichs, etc. Et tout ça m’a tenu une semaine et pour seulement 4 euros ! »

Laynie : « Je concentre mes dépenses sur la nourriture vraiment utile »

(Photo : Emilien Terme/L'Effervescent)

(Photo : Emilien Terme/L’Effervescent)

Le frigo de Laynie, 19 ans, étudiante auxiliaire de puériculture, ne paraît pas, à première vue, subir l’inflation des prix. Contrairement à d’autres étudiants, on y retrouve des protéines animales en grande quantité : jambon, œufs, poulet ou merguez. Mais l’inflation a quand même changé son quotidien. « Avant une partie de mes courses était dédiée au grignotage avec des gâteaux, bonbons, chips. Aujourd’hui, je concentre mes dépenses sur la nourriture vraiment utile », avoue-t-elle en souriant.

Si l’inflation a changé le contenu du caddie de Laynie, elle a également forcé la jeune étudiante à se rapprocher de ses parents pour subvenir à ses besoins : « Aujourd’hui, je ne peux plus payer entièrement mes courses à cause de la hausse des prix. Ma mère m’aide pour que je puisse me nourrir convenablement. »

Julie : « J’ai l’habitude d’acheter les marques magasins »

(Photo : Julie Borleteau/L'Effervescent)

(Photo : Julie Borleteau / L’Effervescent)

Le frigo de Julie est bien plein lorsqu’elle rentre des courses. Cette étudiante de 19 ans en école d’infirmière confie avoir changé ses habitudes alimentaires, inflation oblige. Pour elle, cap sur les marques distributeurs. « J’ai l’habitude d’acheter les marques magasins, les marques les moins chères. »

« Je mange aussi beaucoup de pâtes, il faut le dire. » – Julie

« Toutefois, je continue d’acheter du poisson et de la viande car j’aime prendre le temps de cuisiner. » Lorsqu’elle est aux fourneaux, Julie cuisine en grosses quantités pour pouvoir répartir ses plats dans la semaine. Gain de temps et d’énergie : le combo gagnant pour nos étudiants.C’est en regardant le frigo de Julie que nous devinons une légère envie de… yaourts. « Ça faisait deux semaines que je n’avais plus de desserts ! Il n’y avait pas de plus petit format alors, ça va manger du laitage. Mais, c’est exceptionnel, je vous le garantie ! « .

Manon : « Je ramène les restes de mon repas du restaurant universitaire »

(Photo : Manon Graizeau / L'Effervescent)

(Photo : Manon Graizeau / L’Effervescent)

Manon, 19 ans, étudie les sciences politiques et économiques à Montpellier. Comme grand nombre d’étudiants, elle mise sur des plats rapides. « De la pizza et euh… beaucoup de pizza ! », confie-t-elle. « Non, j’abuse. Mais, ce qui est vrai, c’est que je ne cuisine pas de plats qui nécessitent plus de 10 minutes de temps de préparation. » Car pour notre étudiante en période d’examen, le temps est précieux. « Malgré tout, j’essaye d’acheter des produits de bonne qualité, parfois même du bio. »

L’indispensable de Manon pour faire des économies et lutter contre le gaspillage : le tupperware. En effet, elle emporte toujours avec elle un contenant pour pouvoir repartir avec les restes de son déjeuner de midi. « Les quantités servies au restaurant universitaire sont trop grosses pour moi ! En les ramenant chez moi, cela me permet de manger un repas équilibré et suffisamment copieux. »

Brice : « Je mange moins équilibré qu’auparavant »

Dans son congélateur, Brice a plusieurs réserves de plats industriels déjà prêts. (photo : Brice Lecul / L’Effervescent)

Dans son congélateur, Brice a plusieurs réserves de plats industriels déjà prêts. (photo : Brice Lecul / L’Effervescent)

« Pas très équilibré tout ça », estime Brice en ouvrant la porte de son petit frigo. Étudiant en première année de BUT Droit à Paris, il a dû changer ses habitudes alimentaires pour consacrer davantage de temps à ses études. « L’année dernière, mon temps de trajet pour aller en cours était aussi long que de faire cuire des pâtes. Aujourd’hui, je mets environ une heure pour me rendre à l’école. De ce fait, mes habitudes alimentaires ont changé. Je cuisine moins qu’avant. En tout cas, j’y consacre moins de temps ; non pas par manque de volonté, mais par manque de temps. Quand je rentre vers 19h30, mon envie de faire à manger après une journée de cours et de travail n’est pas au rendez-vous. Je dois préparer mes affaires et surtout travailler. »

Studieux, Brice s’est vu acheter des choses que jamais il n’aurait pensé acheter, lui qui a toujours aimé cuisiner. « Souvent, j’achète des plats ou des aliments qui peuvent se préparer plus rapidement. Je mange de ce fait-là moins équilibré qu’auparavant et ça me manque… Mes habitudes d’achat ont changé puisque je n’achète plus beaucoup de fruits ou de légumes. Quant à l’aspect financier, la hausse des prix se fait ressentir. » Brice le sait, il a de la chance d’avoir ses parents qui contribuent au paiement des courses.

Violaine : « Je me sers chez mes parents »

L’étage de Marie se trouve en troisième position en partant du haut. (photo : Marie Montaigne/L’Effervescent)

L’étage de Marie se trouve en troisième position en partant du haut. (photo : Marie Montaigne/L’Effervescent)

Le frigo de Marie et Violaine pourraient vous sembler bien rempli, mais il s’agit en fait d’une colocation de quatre étudiants qui se le partagent. Etudiante en deuxième année de psychologie à Amiens, Marie n’a pas remarqué de changement dans ses habitudes alimentaires. « Depuis toujours, je fais attention à ce que j’achète. »

« Par exemple, je n’ai jamais acheté de saumon parce que je sais que ça coûte cher. » Marie

Violaine, elle aussi fait partie de la colocation, pour elle, les fruits et légumes ne passent plus dans le budget des courses. « Je n’achète plus de fruits et légumes en supermarché, c’est devenu super cher. Je me sers chez mes parents pour ce qui est des fruits et légumes ».

Juliette : « Le budget courses est plus serré »

Juliette ne fait plus d’écarts sur la nourriture : elle n’achète que ce dont elle a besoin. (photo : Juliette Régnier/L'Effervescent)

Juliette ne fait plus d’écarts sur la nourriture : elle n’achète que ce dont elle a besoin. (photo : Juliette Régnier/L’Effervescent)

C’est toujours la même chose en fin de semaine pour Juliette, il ne reste quasiment plus rien à manger dans son frigo ! « Je fais attention à ce que j’achète et j’évite d’acheter des choses qui ne sont pas forcément utiles comme des boissons sucrées ou autres ». Depuis qu’elle a remarqué l’inflation des prix, quand c’est le moment de faire des courses, Juliette va à l’essentiel, elle ne prend que ce dont elle a besoin. « Ce n’est pas très compliqué, mais le budget courses est plus serré, c’est plus difficile de faire les courses maintenant ».

Manon : « Faire les courses, c’est limite réservé aux riches »

(photo : Manon/L’Effervescent)

(photo : Manon/L’Effervescent)

Manon ne comprend plus grand-chose à la hausse des prix : « Faire les courses, c’est limite réservé aux riches ». Néanmoins, pour elle, c’est important de toujours se faire plaisir en mangeant. « Par rapport à d’autres étudiants, je me fais plaisir au niveau nourriture, mais c’est vrai que depuis quelque temps, je fais plus attention aux prix qui montent. »

Anouk Thebaud, Maelle Beaucourt, Emilien Terme, Simon Maunoury, Hugo Guéritaine et Claudia Dicristofalo



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