Vichy : le vaste projet d’aménagement des abords de la gare sonne le temps de la transition

Fin septembre, la ville de Vichy a signé un partenariat avec la SNCF. Celui-ci grave dans le marbre le projet de travaux aux abords de la gare de Vichy avec des perspectives à court, moyen et long terme. L’objectif : tirer meilleur parti du site en répondant à de nouveaux enjeux, entre dynamique étudiante et touristique, sécurité et écologie.

Gare de Vichy. A gauche, le hall Sernam, tout en longueur, est inutilisé aux deux tiers.  A l’avenir, il pourrait bénéficier aux étudiants en leur offrant une "salle festive" de près de 3 300m2. Photo : Théo Laroche

Gare de Vichy. A gauche, le hall Sernam, tout en longueur, est inutilisé aux deux tiers.
A l’avenir, il pourrait bénéficier aux étudiants en leur offrant une « salle festive » de près de 3 300m2. Photo : Théo Laroche

« Insuffler une dynamique visant à stimuler l’attractivité du territoire« . Tels sont les termes du partenariat sur lesquels se sont engagées la ville de Vichy et la SNCF, en marge du congrès des régions de France, les 15 et 16 septembre dernier, à Vichy. Faut-il y lire, en creux, la conscience du déclin du quartier par la mairie ? La poignée de main entre Frédéric Aguilera, maire LR de Vichy et vice-président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, et les représentants de la SNCF entérine la mise sur rails de projets « auxquels on réfléchit depuis des années« , se félicite la directrice des projets de la ville de Vichy, Claire Viallefont.

Voté à l’unanimité lors d’un conseil municipal en avril dernier, le projet vise à repenser les abords de la gare au passé glorieux, lié à l’essor thermal de Vichy au début du XXe siècle. Et puisque les cures ne sont plus les seuls motifs pour lesquels on se rend dans la sous-préfecture de l’Allier, un nouvel aménagement des lieux est nécessaire. 

Le projet pourrait nécessiter une enveloppe comprise entre 15 et 30 millions d’euros, et le gros des travaux est prévu à l’horizon 2026. Pour l’heure, la mairie a déjà missionné un cabinet extérieur pour des études préalables globales. Celles-ci coûteront 500 000 euros. Leur financement peut donner une idée de la répartition des coûts futurs.

Sécuriser, une priorité

Pour relancer le dynamisme d’un quartier, l’idéal est de commencer par en assurer la sécurité. La priorité est donc donnée à la consolidation d’un mur de soutènement (qui retient la terre) de 520 mètres de long, situé en amont du hall Sernam, dès janvier 2023. Adjacent au Boulevard de l’Hôpital, le mur est fragilisé et menace de s’effondrer par endroits, sur le hall Sernam, donc… Sans un mur digne de ce nom, le projet global est un château de cartes.

L’état du mur parle pour lui. À proximité d’un boulevard fréquenté, il révèle des trous et menace de s’effondrer sur le hall Sernam, en aval. Photo : Théo Laroche

L’état du mur parle pour lui. À proximité d’un boulevard fréquenté, il révèle des trous et menace de s’effondrer sur le hall Sernam, en aval. Photo : Théo Laroche

Repenser l’accessibilité sans oublier l’écologie

Déjà modernisés en 2000 et rénovés en 2018, les abords de la gare poursuivent leur mue. Alors que Vichy bat des records d’affluence touristique, notamment depuis son inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO en juillet 2021, la ville mise sur l’accessibilité. Elle prévoit la construction d’un nouveau parking, doublant le nombre actuel des places (280). Le but : diminuer le nombre de voitures stationnées dans le « cœur de ville ». La mairie va aussi développer des pistes cyclables le long du boulevard de l’Hôpital, dans le cadre du contrat mobilité verte avec l’Etat, qui alloue 500 000 euros aux projets s’inscrivant dans une dimension écologique. Vichy poursuit ainsi sa transition vers les mobilités douces.

Autre disposition : la remise en service « rapide » d’une passerelle piétonne historique, en « respectant l’architecture de la construction, intégrée au patrimoine remarquable de la ville« . La passerelle assurait un lien direct entre le cœur de ville et l’Hôpital. Mais depuis près de deux ans, deux grillages clôturent le passage. 

Devant le grillage clôturant la "passerelle de l'Hôpital". Ses alternatives ne conviennent pas aux riverains. Photo : Théo Laroche

Devant le grillage clôturant la « passerelle de l’Hôpital ». Ses alternatives ne conviennent pas aux riverains. Photo : Théo Laroche

De quoi jouer avec les nerfs des riverains. Ecouteurs aux oreilles, Clémence, 18 ans, marche d’un pas pressé sur le trottoir du boulevard de l’Hôpital. Elle fait partie des nombreux étudiants qui résident dans ce quartier et que cette fermeture contraint : « Tous les jours, je suis obligée de faire un détour pour rejoindre le pôle Lardy (situé dans le centre ville, de l’autre côté des rails). » Près de la gare, un homme fatigué descend les marches d’une autre passerelle piétonne, bien ouverte : « Je dois emprunter cette passerelle tous les jours pour rendre visite à ma femme à l’hôpital. Elle est en fauteuil roulant, alors la réouverture de la passerelle de l’Hôpital, qui a beaucoup moins d’escaliers que celle-ci, c’est urgent ! », souffle Izard, 73 ans.

La "passerelle de l'Hôpital" est fermée depuis la fin de l’année 2020. Elle assurait la jonction entre l’Hôpital et le centre ville.

La « passerelle de l’Hôpital » est fermée depuis la fin de l’année 2020. Elle assurait la jonction entre l’Hôpital et le centre ville. Photo : Théo Laroche

« Les étudiants ont besoin d’un lieu festif dédié »

Dans le même temps, il n’y a jamais eu autant d’étudiants à Vichy, plus de 3 000 à la dernière rentrée, soit plus de 10% de la population vichyssoise. D’où la volonté de la mairie de transformer une partie du hall Sernam (photo de couverture) en un lieu dynamique et jeune, à la manière des halles de Pantin, en région parisienne. Le bâtiment vichyssois de près de 5 000m2 appartient à la SNCF, qui l’utilise comme entrepôt de fret. Seulement voilà, il est vide aux deux tiers. De quoi donner des idées à la mairie de Vichy : « On aimerait le rénover pour en faire une salle festive et une brasserie. Les étudiants ont besoin d’une salle festive dédiée. On a la salle des fêtes du Palais des Congrès, mais elle est tellement compliquée à nettoyer« , avoue Claire Viallefont. 

Une nouvelle brasserie ? L’idée ne gêne en rien Caty, la patronne du bar du boulevard de l’Hôpital, à quelques dizaines de mètres du hall : « Du côté de la gare, un bar a tiré le rideau. Ça relancerait le dynamisme du quartier ! Et puis de toute façon en 2026, j’aurai fermé aussi« , lâche la commerçante de 57 ans qui n’imagine pas d’avenir pour son bar. Jeanne, 18 ans, étudiante en deuxième année de BUT journalisme, se réjouit aussi de cette perspective : « Un lieu consacré à la fête, ça manque à Vichy. On a les bars, mais ce n’est pas pareil, note-t-elle avant de nuancer, mais bon, si près des voies de train, une salle des fêtes pour les étudiants, une brasserie… J’espère que la mairie va penser à une bonne barrière, mais je ne suis même pas sûre que cela suffise ! » En question donc, la sécurité des étudiants sur les lieux, notamment lorsqu’ils seront en état d’ébriété. L’accident est vite arrivé, surtout la nuit.

Si la mairie de Vichy est déterminée à mener des projets ambitieux pour l’attractivité de la ville, elle devra cependant faire face aux études de faisabilité. Les plans de la mairie se heurteront-ils par exemple à une possible incompatibilité entre un lieu de soirées étudiantes et les voies de train toutes proches ? Et la majorité (LR) continuera-t-elle d’emporter l’unanimité sur ses prochaines propositions ? Malgré plusieurs relances, l’opposition n’a pas donné suite à nos sollicitations. Reste à voir si le partenariat, qui coule sur cinq ans, permettra une transition à la hauteur des rêves de la municipalité. 

Theo Laroche



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