On vous raconte la véritable histoire des « Peaky Blinders »

La sixième et dernière saison de Peaky Blinders s’est achevée ce dimanche 3 avril. L’occasion de revenir sur la véritable histoire du groupe criminel britannique et de la comparer à l’adaptation télévisée. Attention, cet article peut contenir des éléments de nature à divulguer une partie de l’intrigue de la série.

L’organisation du véritable gang des Peaky Blinders reste encore un mystère. Seules les quelques archives de la police permettent aujourd’hui de faire la lumière sur l'identité de certains membres. © West Midlands Police Museum

L’organisation du véritable gang des Peaky Blinders reste encore un mystère. Seules les quelques archives de la police permettent aujourd’hui de faire la lumière sur l’identité de certains membres. Photo : West Midlands Police Museum

La série à succès de la BBC, Peaky Blinders, a tiré sa révérence dimanche 3 avril. En France, les fans pourront visionner la dernière saison à partir du 10 juin sur la plateforme de streaming Netflix. Mais la famille Shelby qui captive les téléspectateurs depuis 2013 était loin d’être appréciée entre le XIXe et XXe siècles. Par ailleurs, elle n’a pas vraiment existé. En effet, la série de Steven Knight est bien loin de la réalité…

Les vrais Peaky Blinders

Comme on peut le voir dans la série, le terme Peaky Blinders désigne un gang qui a sévi dans les rues de Birmingham. Mais contrairement à la fiction, le groupe criminel ne date pas de l’entre-deux-guerres et aucune famille Shelby n’était à ses commandes. 

Fin des années 1850, l’Angleterre est touchée par d’importants problèmes économiques. Les gangs émergent dans tous les quartiers pauvres et plus particulièrement dans la ville de Birmingham. On les appelle alors les « sloggers ». Littéralement : personnes commettant des actes violents. Ces derniers s’en prennent alors sauvagement aux forces de l’ordre mais aussi aux simples passants, que ce soit des hommes, des femmes et même des enfants ou des personnes âgées. Ils s’adonnent également à divers trafics, lors des courses hippiques par exemple. Une activité qui prend beaucoup de temps à Thomas Shelby (interprété par Cillian Murphy) dans l’adaptation de la BBC. 

L’appellation « Peaky Blinders » apparaît pour la première fois le 9 avril 1890 dans le journal local après l’agression d’un habitant par un groupe de jeunes. À l’époque, ce journal parle d’un « assaut meurtrier » orchestré par les « Peaky Blinders de Small Heath ». Beaucoup de ces membres étaient à peine âgés de douze ans ou treize ans. Loin de l’image véhiculée par la série de gentlemen charismatiques, respectables et surtout respectés, les Peaky Blinders étaient naturellement détestés des habitants. Tout comme ses rivaux, le gang agressait, volait et assassinait parfois les Birminghamiens et n’a jamais eu d’ambitions plus politiques, à la différence de « Tommie » qui fait son entrée au Parlement britannique dans la saison 5. 

La vérité sur les mythiques casquettes du gang

Les acteurs ont repris le style vestimentaire des Peaky Blinders et surtout le port de ces casquettes singulières qui, selon la légende, dissimulaient une lame de rasoir. © Peaky Blinders – BBC

Que ce soit à la fin du XIXe siècle ou dans la fiction, les membres du gang sont facilement identifiables à leur couvre-chef. En effet, ils étaient habitués au port d’un chapeau plat à visière qu’on appelait alors « peaky ». Et si on écoute la légende, comme l’a fait Steven Knight, ces casquettes étaient pourvues de lames de rasoirs. Les malfrats auraient alors eu pour habitude d’utiliser cet accessoire pour entailler le front de leurs adversaires et les aveugler avec leur propre sang. D’où le nom Peaky Blinders (blinders signifiant « aveuglantes » en anglais). 

En réalité, il est peu probable que cette légende soit avérée. Comme l’explique Carl Chinn, un historien britannique, dans son ouvrage « The Real Peaky Blinders », il était difficile de s’approprier des lames de rasoirs à cette époque car trop coûteuses. Le gang n’aurait jamais pu offrir cette arme à tous ses membres. Sans parler de son efficacité. Selon Carl Chinn, blinders serait plutôt associé à l’argot anglais « blinder » qui désigne quelqu’un d’élégant. Un adjectif qui convient bien au style vestimentaire des Peaky Blinders. Une troisième hypothèse veut que le nom du gang proviendrait du simple fait que la visière cachait les yeux des malfaiteurs. 

L’inspecteur Campbell

Dans les deux premières saisons, l’inspecteur Campbell (Sam Neill) se pose comme le principal antagoniste des Peaky Blinders. Et ce personnage a bel et bien existé. Il est inspiré de Charles Haughton Rafter, nommé chef de police de Birmingham en 1899 avec le même objectif que Campbell : celui d’éliminer la pègre. À la différence notable qu’il a réussi sa tâche. Alors que Campbell est assassiné à la fin de la saison 2 par Polly (Helen McCrory), après qu’il l’ait violée quelques épisodes plus tôt, le vrai inspecteur qui a régné sur Birmingham au début du XXe siècle a permis de diminuer la délinquance juvénile.

En augmentant l’effectif des forces de l’ordre et en engageant des hommes plus performants, la violence a progressivement disparu dans la ville jusqu’à provoquer la fin des Peaky Blinders au début des années 1910. Une disparition qui est aussi favorisée par des réformes sur l’éducation et le développement des loisirs. Des salles de cinéma ouvrent et des clubs de jeux ou de sports voient le jour, en particulier des clubs de boxe permettant aux jeunes d’apprendre la discipline. Les juges ont aussi commencé à rendre des verdicts plus sévères. Les auteurs d’un meurtre qui écopaient seulement de quelques mois de prison pouvaient dorénavant être condamnés à la perpétuité. Enfin, la Première Guerre mondiale éclate en 1914 et les gangsters partent au front…

L’avènement de Billy Kimber et des Birmingham Boys

Bien que la majorité des gangsters ait disparu dans les tranchées ou se soit dans une vie familiale, certains ont repris leurs habitudes de malfrats. De 1910 à 1930, plus de Peaky Blinders mais un dénommé Billy Kimber. À la tête du plus gros gang de Birmingham : les Birmingham Boys. Kimber étend ses affaires dans tout le pays et devient la terreur des hippodromes. 

Le chef des Birmingham Boys est interprété par Charlie Creed-Miles dans la série. Photos  Wikicommons - BBC ; Montage : Audrey Faure

Le chef des Birmingham Boys est interprété par Charlie Creed-Miles dans la série. Photos Wikicommons – BBC ; Montage : Audrey Faure

Comme dans le show britannique, Billy Kimber fait face aux londoniens Alfie Salomons, bookmaker juif et son allié Darby Sabini, un gangster d’origine italienne. Dans les années 20, une véritable guerre de gang éclate entre les résidents de la capitale et le leader de Birmingham après l’agression de Salomons.

Steven Knight, un descendant des Peaky Blinders

C’est bercé par les anecdotes familiales que lui contait son père que Steven Knight a eu l’idée de la série Peaky Blinders. Les principaux personnages du show, les frères Arthur, Thomas et John Shelby, sont inspirés de ses grands oncles : les Sheldon. Issus d’une famille nombreuse de Witton Street, John, Samuel et Joseph Sheldon choisissent la voie de la délinquance et se convertissent en bookmakers. La fratrie fait du pub Garrison, leur Q.G. Lieu stratégique qui est maintenant habité par les Shelby sur la BBC. 

Interviewé par le magazine History Extra en 2016, Steven Knight explique que son père, encore enfant, avait été chargé de transmettre un message à ses oncles, héritiers des Peaky Blinders. « Quand il est entré dans la salle où ces derniers se trouvaient, il est tombé sur huit hommes attablés, impeccablement vêtus, portant des casquettes et des armes à feu dans leurs poches. La table était couverte d’argent. Cette image [la fumée, l’alcool et ces hommes immaculés dans ce bidonville de Birmingham] je me suis dit, c’est la mythologie, c’est l’histoire, et c’est la première image avec laquelle j’ai commencé à travailler. »

Le week-end dernier, la série a tiré sa révérence mais ce n’est pas la fin des Shelby pour autant. Steven Knight a confié à Yahoo qu’il travaillait d’ores et déjà sur un film dont le tournage devrait débuter en 2023. Le scénariste a même évoqué la possibilité d’un spin-off : « Finissons le début, ensuite faisons le film. Puis, nous verrons ce que nous faisons en termes de spin-offs. »

Audrey Faure



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