Présidentielle : ce que proposent les candidats pour lutter contre les violences faites aux femmes

Les violences envers les femmes sont toujours aussi nombreuses au fil des années. Alors que l’élection présidentielle approche, nous avons analysé les mesures que les candidats prévoient pour lutter contre ce fléau de la société.

Le 20 novembre 2021, des milliers de personnes se sont rassemblées à Paris, ainsi que dans d’autres villes de France, pour lutter contre les violences faites aux femmes. Photo : Alain Jocard / AFP

Le 20 novembre 2021, des milliers de personnes se sont rassemblées à Paris, ainsi que dans d’autres villes de France, pour lutter contre les violences faites aux femmes. Photo : Alain Jocard / AFP

Mercredi 23 mars, une femme de 51 ans qui avait déjà subi de multiples violences a été étranglée par un homme à Versailles (78). Le coupable aurait déjà commis un meurtre. Il s’agirait du 31ème féminicide recensé depuis le début de l’année 2022, selon le collectif #NousToutes. Il y a un an, à la même date, l’association en comptait 24. Au total, en 2021, 113 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint.

Les violences faites aux femmes se font donc toujours aussi nombreuses au fil des années. Elles se présentent sous différentes formes : il peut s’agir de violences domestiques (coups, violences psychologiques, viol conjugal, féminicide), de harcèlement ou d’agression sexuelle (viol, avances sexuelles non désirées, harcèlement dans la rue, cyber-harcèlement). Mais ces violences peuvent également prendre la forme d’un mariage précoce et/ou forcé, de mutilations génitales féminines ou encore de trafic d’êtres humains (esclavage, exploitation sexuelle). Elles constituent la manifestation la plus aiguë des inégalités hommes-femmes.

Alors que l’élection présidentielle approche puisque le premier tour se tiendra le 10 avril prochain, les douze candidats ont dévoilé leur programme. Nous avons analysé pour l’Effervescent les mesures qu’ils proposent en faveur de la cause féminine.

  • Nathalie Arthaud : mettre en place des hébergements

Le 4 janvier, alors que le troisième féminicide de l’année 2022 venait d’être recensé, Nathalie Arthaud a interpellé sur Twitter le gouvernement au sujet des violences faites aux femmes.

Son parti, Lutte ouvrière, entend “lutter contre l’oppression des femmes”. Ainsi, dans le programme de Nathalie Arthaud, on retrouve des mesures concrètes pour combattre les violences conjugales. Elle souhaite mettre en place de “véritables moyens financiers et humains” qui permettraient de créer davantage d’hébergements d’urgence. Selon le rapport de la Fondation des femmes ainsi que la Fédération nationale solidarité femmes, actuellement, seulement 12 % des femmes victimes de violences obtiennent une place d’hébergement adaptée. Ces moyens pourraient également servir à garantir un suivi social des mineurs isolés et des jeunes exclus, notamment LGBT. Cela permettrait d’assurer une véritable protection et prise en charge des victimes de violences, en particulier sexuelles et conjugales. Cette dernière passerait par l’accès à un logement sécurisé, une aide à la réinsertion et à l’accès aux bourses étudiantes pour les plus jeunes.

  • Philippe Poutou : davantage de moyens et une éducation non-sexiste

Philippe Poutou, candidat du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), souhaite, comme Nathalie Arthaud, mettre en place davantage de moyens (financement des associations, logements, formation des personnels concernés, soutien juridique, prises en charge médicale gratuites) pour accueillir les victimes de violences. Il veut aussi faire en sorte que toutes les femmes puissent fuir ces situations en garantissant l’égalité des salaires, la fin de la précarité, la régularisation de toutes les femmes sans-papiers et l’asile pour les femmes victimes de violences.

Dans son programme, il évoque “l’inéligibilité des élus condamnés pour violences faites aux femmes et suspension de toute fonction de représentation pour les hommes accusés de ces violences le temps de la procédure”. Il veut également que les lois discriminant et stigmatisant les femmes musulmanes soient abrogées. Enfin, il réclame une éducation féministe et non-sexiste dès la petite enfance.

  • Jean-Luc Mélenchon : un milliard d’euros supplémentaires et une loi

Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France insoumise, souhaite faire de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles une priorité. Pour cela, il présente, comme en 2017, un programme conséquent, articulé autour de quatre axes : la prévention, la formation, le soutien aux associations et l’hébergement.

Concernant le premier point, Jean-Luc Mélenchon indique, sur le site de la France insoumise, son souhait d’instaurer des actions préventives, notamment dans les lieux publics comme les écoles et les transports en commun. En effet, ce sont des endroits très fréquentés et dans lesquels le harcèlement est fortement banalisé. S’il est élu, des campagnes de sensibilisation seront mises en place et indiqueront des informations cruciales comme le numéro national de référence pour les femmes victimes de violences, le 3919. 

Ensuite, Jean-Luc Mélenchon souhaite accorder un milliard d’euros supplémentaire à cette cause, un montant réclamé depuis longtemps par les associations. Actuellement, le budget s’élève à 83,4 milliards d’euros, un niveau inédit, mais il faudrait tout de même le multiplier par cinq pour pallier les besoins. La Fondation des femmes rappelle que le coût des violences pour la société est estimé à 3,6 milliards d’euros par an.

Selon le candidat de la France insoumise, cette enveloppe servirait “notamment en matière de formation et de places d’hébergement”. En effet, il prévoit d’assurer la formation des personnes travaillant dans les secteurs concernés par la gestion des violences faites aux femmes. Cela s’appliquerait donc au milieu policier, judiciaire, médical et éducatif et permettrait de prendre en charge plus respectueusement, rapidement et efficacement les plaignantes. Grâce à ce budget, Jean-Luc Mélenchon souhaite aussi créer immédiatement 20 000 places d’hébergement d’urgence pour les victimes s’il est élu, et 40 000 places à terme.  Selon le rapport de la Fondation des femmes ainsi que la Fédération nationale solidarité femmes, il faudrait environ 39 000 places d’hébergement pour offrir à chaque femme victime une solution. Le candidat de la France insoumise est prêt à allouer un budget plus élevé si les associations le jugent nécessaire. Pour finir, le candidat de la France insoumise souhaite instaurer une loi contre le sexisme et les violences faites aux femmes. Il plaide également pour une police spécialisée dans le cyberharcèlement et souhaite “davantage de référents dans les transports » ainsi que « davantage d’éducation » vis-à-vis des garçons. Il a aussi rappelé qu’il proposerait une prime de 10 % pour les femmes dans les entreprises qui ne respectent pas la loi sur l’égalité salariale.

  • Fabien Roussel : l’égalité salariale

Tout comme Anne Hidalgo, Fabien Roussel a pour projet de créer un ministère des droits des femmes, qui possédera sa propre administration et sera doté d’un milliard d’euros par an dédié à la lutte contre les violences sexuelles et sexistes. Une loi-cadre sera également déposée au Parlement pour combattre les violences conjugales et intrafamiliales.

S’il est élu, le candidat du Parti communiste français (PCF) affirme, dans son programme, que l’égalité salariale sera effective dans les six premiers mois de son mandat. Les entreprises disposeront d’un an pour la mettre en œuvre. L’égalité du déroulement de carrière dans les entreprises deviendra également une obligation.

Ensuite, Fabien Roussel souhaite que toutes les victimes de violences puissent accéder rapidement et gratuitement à des soins en psycho-traumatologie, pris en charge par la Sécurité sociale. Pour cela, chaque département sera doté d’un centre spécialisé dans ce domaine, avec un accueil médico-judiciaire et d’un centre d’hébergement et de réinsertion sociale.

Le candidat du PCF assure que nul ne pourra se présenter au suffrage universel et exercer un mandat public s’il est accusé de violences sexistes ou sexuelles. Enfin, il souhaite éduquer les jeunes de la crèche jusqu’à l’enseignement supérieur à l’égalité de sexe et de genre. Il veut aussi lutter activement contre les violences sexuelles sur les mineurs. Pour cela, il souhaite instaurer des actions de prévention destinées aux enfants, aux parents et aux personnels éducatifs. Ensuite, des procédures d’alerte obligatoires seront mises en place et “les soins nécessités par des agressions et crimes d’inceste seront pris en charge à 100 %”.

  • Yannick Jadot : un milliard d’euros et plus d’hébergements

Yannick Jadot présente, lui aussi, un programme ambitieux, qui suit les recommandations des associations, même si le travail avec ces dernières est moins mis en avant que dans les propositions de Jean-Luc Mélenchon. Comme le candidat de la France insoumise, Yannick Jadot indique vouloir mettre en place un budget d’un milliard d’euros dédié à la lutte contre les violences faites aux femmes. Cette enveloppe permettrait de développer “la formation, la capacité à intervenir et les capacités d’hébergement”. Il souhaite notamment tripler le nombre de places réservées aux femmes dans les centres d’hébergement d’urgence et a aussi pour projet d’augmenter le financement des associations de terrain. Cette enveloppe servira également à mettre fin à l’impunité des violences sexistes et sexuelles, notamment grâce à la mise en place de tribunaux ainsi que de brigades spécialisées dans les violences de genre. D’ailleurs, le candidat écologiste veut rétablir un ministère des femmes. Il souhaite également améliorer les conditions de dépôt de plainte, notamment en le rendant possible à l’hôpital et dans les espaces médicaux. Il aimerait aussi déployer plus de policiers afin de verbaliser davantage les harceleurs de rue. 

Dans son programme, Yannick Jadot mentionne aussi une lutte active contre les violences obstétricales et gynécologiques, notamment en prévoyant des mesures de prévention et des formations.

Pour garantir l’égalité hommes-femmes, il imposera la parité dans les institutions et écartera tout auteur de violences sexuelles et sexistes des postes à haute fonction publique. L’égalité salariale sera également obligatoire. Chaque structure qui ne la respectera pas se verra imposer une amende de 330 euros par jour. Un congé parental de même durée pour les deux parents sera instauré. Il sera de 16 semaines, dont 8 obligatoires.

Pour finir, une éducation non-genrée et une culture de l’égalité seront mises en place dès l’enfance. A partir de l’école élémentaire, les notions de consentement et de respect seront introduites auprès des enfants et ils seront éduqués sur la vie relationnelle, affective et sexuelle.

  • Anne Hidalgo : un ministère des droits des femmes et des mesures comme en Espagne

Dans son programme, Anne Hidalgo, candidate du Parti socialiste, déclare faire de la lutte contre les violences faites aux femmes l’une de ses priorités. Il s’agit, selon elle, de “l’une des principales causes de l’insécurité de notre société”. Pour cela, elle souhaite rétablir un ministère des droits des femmes de plein exercice, doté d’un milliard d’euros et qui travaillera avec des associations féministes. Grâce à ce budget, de nouveaux lieux d’accueil seront aussi créés.

Ensuite, Anne Hidalgo souhaite adopter des mesures similaires à l’Espagne car ce pays dispose de la législation la plus efficace en Europe à ce sujet. Ainsi, elle demande une formation des policiers, des gendarmes et des magistrats, mais aussi la présence d’assistantes sociales dans les commissariats et les gendarmeries, des sanctions pénales aggravées, l’éloignement des conjoints violents, un accompagnement social et psychologique des femmes et des enfants témoins de violences. Ces mesures s’accompagneraient d’une priorisation dans le parc social des victimes de violences conjugales. Enfin, une politique de protection de l’enfance contre les abus sexuels et l’inceste serait également mise en place.

  • Emmanuel Macron : un bilan mitigé

Une fois élu président de la République en 2017, Emmanuel Macron avait annoncé son intention de faire de l’égalité entre les femmes et les hommes la “grande cause de son quinquennat”. Cependant, le bilan est jugé “insuffisant” par plusieurs ONG dont Oxfam. En effet, 632 féminicides ont été recensés au cours de son mandat. “La France reste 26e/30 au classement des pays donateurs intégrant l’égalité dans leur aide”, note l’ONG. Durant son quinquennat, l’accent a été mis sur la lutte contre toutes les formes de violences. A noter que la première loi votée était celle contre les violences sexistes et sexuelles, dite loi Schiappa. Celle-ci comprend le délai de prescription ainsi que la loi sur le harcèlement de rue et sur le harcèlement “en meute”. Un texte et une mesure phare sur le consentement des moins de 15 ans ont également été élaborés, représentant une avancée majeure.   

Bilan du quinquennat d’Emmanuel Macron sur les violences faites aux femmes. © Elisa Hessabi

Bilan du quinquennat d’Emmanuel Macron sur les violences faites aux femmes. © Elisa Hessabi

L’actuel président de la République a souligné vouloir faire “encore” de l’égalité femmes-hommes la “grande cause” de son quinquennat s’il est réélu. Dans son programme, il affirme vouloir tripler le montant de l’amende pour délit d’outrage sexiste, introduit dans le droit sous son quinquennat, pour lui faire atteindre 300 euros. Il l’a annoncé en janvier 2022 en tant que président et l’a répété le 7 mars en tant que candidat. Emmanuel Macron souhaite également doubler le nombre d’enquêteurs en charge des affaires de féminicides. Il défend aussi la “création d’un fichier des auteurs de violences conjugales”, dont le déploiement a été initié par le gouvernement en 2021.

  • Jean Lassalle : un point absent de son programme

Le programme de Jean Lassalle à la présidentielle 2022 ne mentionne pas les violences faites aux femmes. “Le principe à travail égal, salaire égal n’est toujours pas respecté en France, pays des droits de l’Homme. Comme pour toutes les discriminations, l’Etat doit tout mettre en œuvre pour lutter contre ces inégalités”, s’est contenté de déclarer le candidat de Résistons ! au micro de Sud Radio en novembre dernier. Dans son programme de 2017, il préconisait deux mesures : “accueillir spécifiquement dans les commissariats les femmes victimes de violences” et “financer des familles d’accueil pour les femmes victimes de violence”. Il semble alors nécessaire de rappeler que le candidat a été accusé de harcèlement sexuel la même année, ce qu’il a fermement démenti

  • Valérie Pécresse : juger rapidement les violences intra-familiales et conjugales

La présidente de la région Île-de-France dit plusieurs fois vouloir faire des violences faites aux femmes “l’une de ses priorités ». En réalité, elle n’y consacre que trois lignes dans son programme de 24 pages : “Les violences intra-familiales, et en particulier les violences conjugales, seront instruites en 72 heures et jugées en 15 jours”. Elle compte aussi “accroître le nombre des hébergements d’urgence” et mieux former les policiers à l’accueil des femmes victimes de violences. Elle souhaite également que les harceleurs dans les transports soient privés pendant six mois d’accès aux transports collectifs. Pour cela, elle prévoit de revaloriser le budget global de la justice de trois milliards d’euros, et d’embaucher 3 000 juges, 2 000 procureurs et 3 000 greffiers.

  • Nicolas Dupont-Aignan : tolérance zéro

Le candidat de Debout la France prône la “tolérance zéro” pour les violences faites aux femmes avec une réponse pénale s’approchant de celle de Valérie Pécresse. La peur doit changer de camp et nous proposons un changement radical de méthode en nous inspirant de l’exemple espagnol.” Pour lutter contre les violences physiques et psychologiques que subissent les femmes, Nicolas Dupont-Aignan détaille neuf mesures présentes dans son programme. 

Premièrement, il est question de mener une politique de “tolérance zéro” pour les violences faites aux femmes avec une réponse pénale immédiate. Pour cela, une formation sera obligatoire pour les personnels (magistrats, médecins, forces de l’ordre) en contact avec les femmes victimes de violences. Des tribunaux dédiés aux affaires de violences conjugales seront créés. Dans ce cadre, les juges ont 72 heures pour instruire le dossier des victimes présumées, 15 jours pour organiser un procès et l’Etat peut se substituer à la victime pour le dépôt de plainte. Cette mesure comprend également la généralisation du bracelet anti-rapprochement aux conjoints ou ex-conjoints violents. 

La seconde mesure consiste à mettre en place des peines plancher “d’une implacable sévérité” dont feront l’objet ceux qui orchestrent les violences psychologiques imposées aux femmes telles que le mariage forcé ou la polygamie ainsi que les auteurs d’agressions sexuelles et de viols. Créer un centre d’hébergement d’urgence par intercommunalité, renforcer les sanctions contre les propos et images misogynes allant jusqu’à l’appel à la violence, notamment dans les chansons sont les deux mesures suivantes. Le candidat compte également mettre en place un plan de lutte contre le harcèlement de rue avec la création d’une amende spécifique dissuasive en plus des peines de prison. Sans détailler les solutions, il explique aussi vouloir “aider les femmes victimes des réseaux de prostitution à retrouver leur liberté”. 

Sa septième mesure est de “libérer les femmes ‘des prisons textiles’ dans les universités, les hôpitaux et les entreprises  par le bannissement de tous signes d’appartenance religieuse dans ces lieux comme cela a été fait à l’école”. Il rejoint donc Eric Zemmour sur ce point. Ses deux dernières mesures consistent à favoriser les campagnes d’information réalisées par le Planning familial sur la contraception, y compris auprès des lycéens. Il termine en exposant son souhait d’instaurer un service national civique et militaire mixte de trois mois, au cours duquel les jeunes adultes auront droit à un passage du permis de conduire. 

  • Marine Le Pen : garantir la sécurité des femmes dans la rue 

Marine Le Pen aborde rapidement les violences conjugales dans son programme. Elle “souhaite que des mesures particulières soient prises pour mieux prévenir et réprimer les violences commises à l’encontre des conjoints ou ex-conjoints”. La candidate entend juger les conjoints et ex-conjoints à l’origine de violences dans des délais très brefs. Elle compare à son tour la France avec le dispositif espagnol : “Le volontarisme dont fait preuve l’Espagne depuis plusieurs années dans ce domaine fait défaut en France”. 

Marine le Pen ne défend pas les femmes contre les violences conjugales mais la « sécurité des femmes partout ». Ainsi, parmi ses quelques mesures, elle souhaite « que le harcèlement de rue à connotation sexuelle soit passible de prison », comme elle l’a déclaré au micro d’Europe 1 en septembre dernier. 

Elle défend “la liberté des femmes et des jeunes filles de circuler sans être importunées ou menacées”. Les personnes condamnées pour outrage sexistes feront l’objet d’une inscription au fichier des criminels et délinquants sexuels. 

  • Eric Zemmour : expulser les délinquants sexuels étrangers et binationaux

Le programme du polémiste d’extrême droite comprend plusieurs mesures afin de lutter “sévèrement” contre les violences sexuelles et conjugales. L’ancien chroniqueur de CNews veut “mettre en place des peines plancher pour tous les crimes et délits, notamment ceux commis par des conjoints violents”, “automatiser le port de bracelets antirapprochement pour les personnes condamnées pour violences conjugales”. Il souhaite également créer des permanences d’avocats dans les commissariats pour assister les victimes dans les premiers actes de la procédure, notamment au moment du dépôt de plainte. Augmenter le nombre de places destinées aux victimes de violences conjugales dans des centres d’hébergement est aussi une mesure que le candidat compte prendre. 

Dans son programme, Eric Zemmour entend expulser tous les criminels et délinquants sexuels, étrangers comme binationaux. Le candidat de Reconquête! aborde le sujet du port du voile en souhaitant l’interdire dans l’espace public. Selon lui, ce dernier est “incompatible avec l’égale dignité de l’homme et de la femme” et représente “un asservissement de la femme”. Rappelons ici qu’Eric Zemmour, tout comme Jean Lassalle, est visé par plusieurs accusations d’agression sexuelle pour des faits présumés allant de 1999 à 2019 ainsi que de nombreuses plaintes pour “provocation à la haine”. 

  • Ce qu’en pensent les associations féministes

L’Observatoire étudiant des violences sexistes et sexuelles dans l’enseignement supérieur est une association d’étudiants d’envergure nationale créée en avril 2019 par Iris Maréchal. “Je l’ai fondée car j’ai été victime et témoin de beaucoup de violences pendant mes études supérieures, et à l’époque le sujet était encore extrêmement tabou”, explique cette dernière. Son but est d’évaluer l’ampleur des violences faites aux femmes en enquêtant, de recenser les initiatives en faveur de la cause féminine et de passer à l’action, notamment en sensibilisant les étudiants. Dans le cadre de l’élection présidentielle, l’observatoire s’est mobilisé : 10 des 60 membres de l’association ont créé le VSScore. Il s’agit d’une analyse des programmes des candidats au sujet de la lutte contre les violences faites aux femmes. Elle s’appuie sur les propositions officielles des candidats, mais aussi sur des entretiens avec les équipes de campagne de ces derniers. Cette analyse, publiée le 25 mars, donne lieu à une note sur dix pour chaque candidat et permet de rendre compte de leur investissement dans la cause féminine.

Le classement des candidats à l’élection présidentielle en fonction de leurs propositions pour lutter contre les violences faites aux femmes. © Instagram de l’Observatoire étudiant des VSS

Le classement des candidats à l’élection présidentielle en fonction de leurs propositions pour lutter contre les violences faites aux femmes. © Instagram de l’Observatoire étudiant des VSS

Les associations féministes ne se veulent pas partisanes mais se permettent parfois quelques avis. En effet, le collectif #NousToutes juge l’ensemble de ces mesures insuffisant. “Dans certains programmes, oui, il y a de bonnes choses, mais ils ne s’attaquent pas au fond du problème”, explique Laura, bénévole #NousToutes. Les associations militantes réclament un milliard d’euros qui soient uniquement consacrés aux violences conjugales. Seuls Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et Anne Hidalgo proposent une telle enveloppe dédiée à l’ensemble de la cause. “Le budget que l’on demande est moins que ce que les coupables coûtent à l’Etat”, assure-t-elle.

De nombreux candidats apportent comme solution l’instruction des dossiers en 72 heures et les procès en 15 jours, cependant, pour le collectif, cela ne réglera pas le problème. “Le vrai problème, c’est que la plupart des plaintes sont classées sans suite, donc cela ne serait pas une réelle avancée. Raccourcir les délais c’est bien, mais aujourd’hui, seulement 1 % des coupables sont condamnés alors que 65 % des victimes de féminicides avaient porté plainte”, explique-t-elle. De plus, selon elle, le parti d’extrême droite Reconquête! d’Eric Zemmour semble utiliser la cause féministe pour “dédiaboliser son parti”. “C’est inquiétant qu’un homme accusé d’agression sexuelle puisse se présenter. C’est scandaleux”, déplore-t-elle

#NousToutes attend donc des mesures plus concrètes : l’association souhaite qu’il y ait une formation systématique pour les magistrats à la psychologie des femmes victimes de violences. Anne Hidalgo, Jean-Luc Mélenchon, Philippe Poutou ainsi que Nicolas Dupont-Aignan répondent à cette attente dans leur programme. Selon Laura, “il faut faire comme en Espagne”. En effet, comme l’évoquait Anne Hidalgo, le pays est bien plus avancé que la France dans la gestion des violences faites aux femmes puisqu’il dénombrait 49 féminicides en 2019 alors que la France en comptait 153 la même année. « Éradiquer totalement les violences sexistes et sexuelles paraît impossible, mais il faut au moins réduire les féminicides”, termine Laura. 

Elisa Hessabi et Célie Dugand



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