Présidentielle 2022 : le Parti communiste ne se cache plus

Depuis 2007, le Parti communiste français ne s’était pas présenté à l’élection présidentielle, préférant se ranger derrière Jean-Luc Mélenchon. 15 ans après, le parti mené par le candidat Fabien Roussel entend bien faire valoir son programme en s’appuyant sur sa bonne campagne électorale. 

Dans la rue comme lors de cette campagne, le PCF compte bien se faire entendre. Crédit Photo : Titouan Lechevallier

Dans la rue comme lors de cette campagne, le PCF compte bien se faire entendre. Photo : Titouan Lechevallier

Crédité entre 2 et 5% d’intentions de votes dans le sondage IFOP du lundi 4 avril, Fabien Roussel, le candidat du Parti communiste français, demeure le troisième candidat de gauche le mieux placé. Il devance ainsi la candidate du Parti socialiste, Anne Hidalgo, qui gravite autour des 2%. Bien qu’il s’était rangé derrière Jean-Luc Mélenchon en 2012 et 2017, le Parti communiste français entend bien faire entendre sa propre voix dans cette course à l’Élysée. 

Une campagne réussie

À quelques jours de la date fatidique du premier tour de l’élection présidentielle, le député de la 20ème circonscription du Nord mène une campagne qui suscite la jalousie des autres partis. Libération révélait que du côté d’Anne Hidalgo, de nombreux socialistes auraient aimé faire la même opération que Fabien Roussel. “Rien n’imprime à gauche. La seule campagne que je vois, c’est celle de Roussel. Celui dont les gens parlent, c’est lui”, déclarait un élu PS proche de la candidate. 

Fabien Roussel, lors d'un meeting à Nantes (Loire-Atlantique) lundi 21 mars. Photo : Image de campagne du candidat

Fabien Roussel, lors d’un meeting à Nantes (Loire-Atlantique) lundi 21 mars. Photo : Image de campagne du candidat

Lorsqu’il est invité sur les plateaux de télévision, l’homme investi par le Parti communiste arrive, très souvent, à retenir l’attention des téléspectateurs par le biais de son aisance à l’oral. Face à Valérie Pécresse dans l’émission de Cyril Hanouna, Face à Baba, Fabien Roussel avait monopolisé la parole pendant plus de dix minutes laissant la présidente de la région Ile-de-France sans voix et n’ayant comme unique recours un hochement de tête complaisant. 

Le candidat du PCF est aussi un adepte de l’utilisation de phrases piquantes. Lors de son passage dans Face à la Guerre, organisée par TF1, l’ancien journaliste de l’Humanité avait fait parler de lui en évoquant le prix de l’essence. “Aujourd’hui, tout le monde le vit : la station d’essence est le seul endroit où l’on tient le pistolet et où l’on se fait braquer”, cinglait-il. Avant de rajouter : “Bientôt, on va aller chercher notre jerrican logoté ‘Coco Channel’. » 

Au sein du Parti communiste, réjouissement et humilité règnent lorsque l’on évoque la campagne de Fabien Roussel. “Je pense, avec humilité, que c’est une belle campagne car elle est sincère. Même si on voudrait faire encore plus et encore mieux”, explique Cécile Cukierman, sénatrice communiste de la Loire et porte-parole du Parti communiste.  Au-delà du fait qu’il se démarque des autres forces de gauche grâce à sa communication, le programme construit par le PCF se distingue des formations dites progressistes. 

Un programme qui fait parler

Fabien Roussel a dévoilé son programme des “jours heureux”, lundi 24 janvier. À l’intérieur, figurent près de 180 propositions basées sur “un pacte social, écologique, républicain”. Certaines d’entre elles alimentent les débats entre les forces de gauche. La question de l’énergie en fait notamment partie. Le Parti communiste souhaite investir dans six réacteurs pressurisés européens (EPR) tandis que Yannick Jadot ou encore Jean-Luc Mélenchon veulent sortir du tout nucléaire. “Historiquement, le rapport des communistes à l’énergie est toujours important parce que c’est avec un ministre communiste, qu’au lendemain de la guerre, EDF a été nationalisé. On a tous besoin, aujourd’hui, d’avoir un accès à l’énergie à faible coût. Et cela passe par le nucléaire, qui doit être sous maîtrise publique pour éviter les accidents que l’on a connus par le passé.”, confie la sénatrice communiste de la Loire. 

Le nucléaire, un clivage à gauche. Photo : Pixabay

Le nucléaire, un clivage à gauche. Photo : Pixabay

Avec ses prises de positions patriotiques comme “Ma France à moi, c’est coco et cocorico !”, le côté “franchouillard” de Fabien Roussel a été moqué. Ses avis sur les débats clivants comme la chasse ont donné du grain à moudre à ses détracteurs qui le voient se droitiser. Le 18 octobre au micro FranceInfo, le candidat du Parti communiste déclare : “Il y a un courant anti-chasse que je ne partage pas.”. Une vision désapprouvée par les formations de gauche mais que nous explique Cécile Cukierman. “La chasse dans l’histoire de la France, c’est un acquis révolutionnaire, c’est la fin de la domination de la terre et des animaux présents sur celle-ci par les seigneurs. En France, on ne fait pas comme sur le continent africain. On ne fait pas de la chasse sur des terrains accessibles aux plus riches, mais c’est aujourd’hui un loisir populaire.” 

Malgré les avis divergents sur le Parti communiste qui ne sera, sans doute, pas au second tour, la campagne et le programme du candidat Fabien Roussel auront permis de faire vivre les idées communistes à quelques semaines des élections législatives. Un scrutin qui verra sûrement le PCF se rapprocher d’autres formations de gauche comme la France Insoumise. 

Sylvain Bruyas



Catégories :L'Evenement, Présidentielle

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