Déserts médicaux : l’Auvergne n’est pas épargnée 

Lundi 28 mars a marqué le coup d’envoi des professions de foi des candidats à la présidentielle. La désertification médicale est au cœur de leurs discours. On estime que 6,3 millions de Français n’ont pas de médecin traitant. Si le problème est national, certaines zone comme l’Auvergne sont bien plus touchées que d’autres. 

Pharmacie des Célestins à Vichy, le 29 mars 2022. Photo : Laura Guigue

Pharmacie des Célestins à Vichy, le 29 mars 2022. Photo : Laura Guigue

Il y a des médecins qui prennent des urgences mais qui ne veulent pas suivre les patients après”, explique Emilie, pharmacienne à Vichy. “Les gens ne sont pas suivis, parfois même pour des maladies chroniques. Il y a des gens qui ne prennent plus leurs traitements ou qui le suivent très mal ; cela crée de réelles complications”, s’inquiète la jeune femme. “En détresse, beaucoup de patients se tournent vers nous, pharmaciens, mais nous ne pouvons rien faire.”

La fragilité de l’offre médicale a doublé

En 2012, on estimait que 15% des Auvergnats vivaient dans des zones présentant “une offre médicale potentielle fragile” et 6,5% dans des “zones fragiles ». Aujourd’hui, les chiffres sont bien plus élevés : 40% des communes d’Auvergne font face à une tension sur les généralistes. Cela signifie que ces zones sont éligibles aux aides à l’installation des médecins généralistes. Le Puy-de-Dôme, qui possède un CHU, une école de médecine et des cliniques privées, s’en sort un peu mieux que certaines zones en milieu rural et montagneux. Il n’en est pas moins en danger. Entre 2010 et 2021, le Puy-de-Dôme a tout de même perdu 6% de ses médecins généralistes. Un quart de la profession puydômoise aurait plus de 60 ans. 

D’après une étude de l’agence régionale de santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes, 72% de la population régionale est confrontée à des difficultés pour se faire soigner. L’Ardèche est l’exemple même de ses territoires touchés, avec seulement 3 médecins généralistes pour 1 000 Ardéchois en 2022. C’est deux fois moins que la moyenne nationale. 

Données : statista.com / Nombre de médecins généralistes pour 100 000 habitants - 2018 / Montage : Laura Guigue

Données : statista.com / Nombre de médecins généralistes pour 100 000 habitants – 2018 / Montage : Laura Guigue

Cette carte montre que la Savoie possède un nombre de médecins généralistes élevé, soit près de 125 médecins pour 100 000 personnes. L’Ardèche et l’Allier ont, quant à elles, entre 85 et 90 médecins généralistes pour 100 000 habitants d’après les données de 2019.

Changement de mode de vie

Je suis tombé malade cette année. J’ai appelé six médecins, cinq m’ont dit qu’ils ne prenaient pas de nouveaux patients« , raconte Rose, étudiante en esthétique depuis un an à Vichy, dans l’Allier. Les patients, ne pouvant pas avoir accès à des consultations, se tournent souvent vers l’automédication. Un accès aux soins non-remboursés car les médicaments ne sont pas prescrits par un médecin généraliste. Certains malades ne peuvent pas renouveler leurs traitements et doivent parfois se tourner vers le centre des urgences. L’accès à des spécialistes sans ordonnance est parfois impossible ou alors bien trop cher pour certaines personnes. 

La profession est vieillissante, les médecins ne sont pas forcément remplacés lors de leur départ en retraite donc le nombre de professionnels diminue. Les territoires les plus touchés par la non-reprise des cabinets sont souvent situés en zones rurales, ce qui attire moins que les grandes villes. D’après la Dr Dominique Ferrand, médecin depuis 35 ans, cette évolution serait en partie due à un “changement dans le mode de vie”. Maintenant les jeunes médecins privilégient leur vie de famille par rapport aux anciens médecins qui pouvaient travailler jusqu’à 22 h le soir.”

“Avec les années, la profession s’est féminisée aussi, les jeunes femmes ont des enfants en bas âge et il est bien normal qu’elles aient envie de s’en occuper. Je pense que ça peut être une des raisons du manque de médecin.” – Dominique Ferrand, médecin

Pour la Dr Dominique Ferrand, les “maisons de santé ou les centres mutualisés” pourraient être une solution pour attirer des généralistes. “Ils permettent un roulement dans les plannings« , explique-t-elle. A Vichy, une maison de santé devrait ouvrir dans les mois à venir, un projet qui permettrait peut-être d’attirer des généralistes. Pour Madeleine, 75 ans, avoir un médecin référent n’est pas un problème, mais elle est confrontée depuis quelques années à des listes d’attente qui se rallongent.

Au niveau national, l’Assurance maladie a mis en place depuis 2016 des aides. L’une d’elles contribue aux frais d’installation des médecins dans les zones fragiles. Une aide versée en deux fois. Soit 50% lors de l’installation, et les 50% après un an.

Des week-ends offerts en Ardèche

Les mairies ardéchoises avaient déjà tenté, en 2010, l’ouverture de maison de santé, mais le projet n’a pas été à la hauteur de leurs attentes. En 2016, par manque de médecins, la mairie a fait appel à des agences de recrutement. Résultat, en 2016, 45% des médecins qui s’étaient installés en Ardèche dans l’année, avaient un diplôme étranger, selon une étude nationale de l’ordre des médecins. La plupart des praticiens venaient de Roumanie ou du Maghreb. Malheureusement, ces professionnels repartent quelques mois après. 

Offrir des week-ends découverte, c’est l’idée qu’a eu une quarantaine de médecins généralistes il y a maintenant trois ans. Ils espèrent donner envie de rester aux généralistes de passage. Tous sont membres du Collectif de défense de l’accès aux soins en Ardèche méridionale. Au programme : balade en canoë, escalade en pleine nature ou encore découverte du patrimoine. Le maire espère que l’opération réussira à “séduire”.

Toutes ces solutions sont essentielles pour les territoires et leurs patients. Le sujet des déserts médicaux est devenu encore plus préoccupant depuis la crise sanitaire. Pour tous les candidats, la santé semble être une priorité. Pour lutter contre la désertification médicale, Yannick Jadot, candidat EELV propose de revenir sur l’installation libre des médecins dans les zones de leur choix. Il souhaite imposer l’exercice dans les zones en manque de médecins pendant trois ans.

Jean-Luc Mélenchon, candidat LFI, veut augmenter le salaire des internes, pour qu’il atteigne le Smic sous condition. Ces étudiants en médecine devront travailler pendant dix ans dans les déserts médicaux. Marine Le Pen (RN) voudrait moduler la rémunération de la consultation, selon le lieu d’installation du généraliste. Une proposition qui ne fait pas rêver les autres candidats. Emmanuel Macron, qui a réussi à doubler le nombre de maisons de santé durant son quinquennat, voudrait poursuivre dans cette voie s’il était de nouveau élu. Il promet de dédier un budget « conséquent » dans ce domaine qu’il qualifie « d’essentiel ».

Laura Guigue



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