Cinq conséquences de la guerre en Ukraine sur l’élection présidentielle

Pendant que les combats continuent en Ukraine, la guerre bouleverse aussi les enjeux de la campagne à moins d’un mois du premier tour de l’élection présidentielle. Retour sur cinq conséquences de la guerre en Ukraine sur l’élection présidentielle. 

Armée ukrainienne dans la partie orientale du pays. Photo : ministère de la Défense d’Ukraine / Flickr

Armée ukrainienne dans la partie orientale du pays. Photo : ministère de la Défense d’Ukraine / Flickr

Alors qu’à 2 500 km de là, l’Ukraine est plongée dans l’horreur. Les Français, inquiets, choqués et solidaires, regardent avec effroi ce pays frontalier de l’Union européenne s’enliser dans la guerre. À moins d’un mois du premier tour de la présidentielle, le 10 avril, ce conflit, aux allures de troisième guerre mondiale, bouleverse les campagnes et les débats. Entre effet “porte-drapeau” qui profite au président sortant Emmanuel Macron ou possible risque pour notre démocratie, les conséquences politiques sont bien réelles.  

1. Macron boosté par l’effet “porte-drapeau” 

Avec des plans de campagne chamboulés : candidature plus que tardive, premier meeting annulé ou encore emploi du temps consacré à l’urgence d’une guerre aux portes de l’Europe, le candidat et président Emmanuel Macron reste tout de même en tête dans la course à l’Elysée. Au premier abord, un événement si chaotique et difficile à gérer a des airs de handicap pour effectuer une campagne efficace. Et pourtant, cette posture de président décisionnaire dans un conflit majeur pourrait lui être favorable comme l’analyse Nathalie Saint-Cricq, sur le plateau du 8 Heures de France 2, lundi 14 mars : « On peut dire que [la guerre] lui bénéficie parce qu’il y a ce qu’on appelle ‘l’effet drapeau’, c’est-à-dire que dans une période de crise, il y a une sorte d’inquiétude dans la population, et que le côté ‘chef de guerre’, protecteur et expérimenté (…) est quelque chose qui rassure les gens ». 

En plus de cet effet, s’ajoute son rôle de président du Conseil de l’Union européenne, renforçant son leadership sur la scène nationale et internationale. Cette double casquette implique des responsabilités de taille : interlocuteur presque attitré de Poutine afin de désamorcer le conflit ou encore les nombreuses prises de décisions après discussions avec l’Otan, l’Onu et l’Union européenne. 

Dans ce contexte de guerre, le président sortant bénéficie du fait qu’aucun de ses concurrents ne semble avoir une stature équivalente. D’après le dernier sondage réalisé le 17 mars par OpinionWay , Emmanuel Macron en violet sur le graphique rassemble 30% d’intention de vote au premier tour. Autre point remarquable, sa progression de cinq points en seulement quelques semaines pour point de départ le 24 février, jour où l’offensive russe a débuté.

Graphe : OpinionWay

Graphe : OpinionWay

Frédéric Dabi, directeur de l’Ifop, revient sur cet effet “porte-drapeau” dans les colonnes du Parisien : “C’est particulièrement vrai dans une guerre inouïe, en Europe. De nombreux Français serrent les rangs derrière Macron, qui est très haut dans quasiment toutes les catégories. Il y a une sorte d’attrape-tout”.  

2. Volte-face pour la droite 

Alors que pour chaque élection présidentielle, les questions de sécurité et de relations internationales reviennent systématiquement, la question de résoudre une guerre sur le Vieux Continent est inédite. Les différents candidats se positionnent donc par rapport à ce conflit armé, mais également sur la question migratoire des réfugiés ukrainiens, ainsi que des prises de décisions communes avec l’Union européenne.

Si le Rassemblement National semblait, en août 2021, contre l’accueil de réfugiés afghans lors de la prise de pouvoir des talibans, Marine Le Pen a cette fois affirmé qu’il fallait accueillir les immigrés ukrainiens. Une première dans l’histoire du parti d’extrême droite, qui reflète un certain racisme déguisé envers les réfugiés originaires d’Afrique et du Moyen-Orient.

Eric Zemmour, quant à lui, préfère que les réfugiés restent en Pologne, a-t-il affirmé le 28 février au micro de RTL. Après une vague de critique et d’indignation, l’ancien polémiste de CNews a fait marche arrière lors de son meeting à Toulon, le 6 mars : “Pour ceux des Ukrainiens qui préfèrent venir en France, parce qu’ils y ont des attaches, parce qu’ils y ont de la famille, parce qu’ils sont francophones, alors il faut les accueillir le temps que les bombardements cessent”.

Jusque-là, les deux candidats d’extrême droite ne cachaient pas leur admiration pour Vladimir Poutine. Une position inconfortable à moins d’un mois du premier tour, comme l’explique Christel Bertrand, consultante en communication politique, à TV5 Monde, “tous deux doivent faire preuve de beaucoup d’imagination pour modifier l’image de leur positionnement par rapport à la Russie. Ils sont pénalisés par leur positionnement précédemment tranché sur la Russie mais qu’ils ont dû modifier aujourd’hui, ce qui brouille leur message.”

Nicolas Dupont-Aignan, candidat d’extrême droite, reste lui aussi ambigu puisqu’il concède sur BFMTV, le 12 mars dernier, “qu’on ne peut pas refuser l’accueil des réfugiés [ukrainiens], mais qu’on ne peut pas accueillir tout le monde, (…) on ne peut pas déménager un peuple”.

Du côté des Républicains, Valérie Pécresse souhaite mettre en place un plan d’aide humanitaire pour les réfugiés ukrainiens. Une position favorable à l’accueil de migrants, plutôt soudaine pour l’ex-ministre de Nicolas Sarkozy, qui a défendu jusque-là politique d’immigration intraitable, responsable d’un durcissement des critères d’accueil et de la multiplication des expulsions d’étrangers.

3. Une gauche qui reste en accord avec ses valeurs

Assez rare pour le notifier, la gauche est à l’unisson lorsqu’il s’agit d’accueillir les réfugiés ukrainiens. Anne Hidalgo, Yannick Jadot et Fabien Roussel appellent chacun à la solidarité pour les Ukrainiens et à l’union des États européens.

Pour Jean-Luc Mélenchon, la situation est plus délicate. Celui qui prône une position de non-alignement a plusieurs fois mentionné Vladimir Poutine comme un “partenaire. Des propos difficiles à assumer, que le député des Bouches-du-Rhône tente désormais de polir en se félicitant d’avoir alerté depuis plusieurs années sur l’escalade de violence à la frontière russo-ukrainienne. Si le candidat LFI a depuis reconnu “une initiative de pure violence manifestant une volonté de puissance sans mesure” de la part de Poutine, ses positions géopolitiques restent vivement critiquées par ses concurrents à gauche.

Pour Philippe Poutou, “la neutralité des pays n’existe pas”, a-t-il affirmé sur Franceinfo, le 7 mars dernier. Le candidat du Nouveau parti anticapitaliste préfère questionner, plutôt que de se positionner, sur “comment les armes sont livrées et à qui ? Dans quels objectifs ? ».

4. De nouvelles préoccupations pour les Français

La guerre en Ukraine est devenue, en quelques semaines, l’une des préoccupations majeures des Français. En effet, l’enquête électorale 2022 (vague 6), réalisée par Ipsos, montre qu’un tiers des interrogés sont principalement préoccupés par cette guerre (33%), juste derrière le pouvoir d’achat (52%), lorsqu’ils pensent à la situation actuelle de la France.

Les questions de souveraineté animent également les débats, et ce n’est pas la première fois. La pandémie de Covid-19 avait déjà permis de mettre sur la table certains problèmes de dépendance économique notamment avec la Chine et la production de masques chirurgicaux. Ce qui diffère aujourd’hui, c’est la préoccupation énergétique. Et pour cause, l’Union européenne et notamment l’Allemagne dépendent en grande partie du gaz russe. Difficile donc de boycotter un pays lorsque nous sommes l’un de ses premiers acheteurs. 

Autre préoccupation, celle de la souveraineté militaire. Le projet d’une défense européenne en débat depuis quelques années a subi une accélération majeure devant l’urgence et la gravité des combats. Les différents pays membres ont dû s’accorder pour fournir l’Ukraine en armes ou en moyens humanitaires.

5. Vers un risque pour notre démocratie 

Le fait qu’un président/candidat puisse faire campagne à travers la gestion d’un conflit militaire pose un réel problème au sein de notre démocratie. Pourquoi ? Dans un premier temps, il devient difficile pour les journalistes, de différencier les actes du président de celui du candidat. En informant sur le conflit et sur les actions mises en œuvre par le président, les médias mettent, indirectement, en avant un candidat aux dépens des autres.

Pourtant, si les membres du gouvernement assurent qu’il n’y a pas de campagne à travers la gestion de la crise ukrainienne, cela montre tout de même que cette campagne présidentielle est obnubilée par la guerre en Ukraine, occupant toute la scène médiatique de ces dernières semaines. Une problématique que soulève Benjamin Morel, maître de conférences en Droit public à l’Université Paris II Panthéon-Assas, au Figaro : “Si nous devons ne pas avoir de campagne présidentielle à cause de la guerre en Ukraine, qui peut être longue, on prend un réel risque démocratique.

Ce dernier évoque le problème du traitement médiatique des grosses actualités dissimulant les campagnes de chaque élection, la réforme des retraites pour les municipales en 2020, la crise du Covid pour les départementales et régionales en 2021, et maintenant la guerre en Ukraine pour la présidentielle. Selon certains responsables de l’opposition, comme le président du Sénat, Gérard Larcher, la légitimité du président élu sans véritable campagne pourrait être remise en cause.

Anaëlle Petot et Inès Esnault



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