Présidentielle : comment les candidats s’adaptent à la guerre en Ukraine

Alors que l’élection présidentielle approche, la guerre en Ukraine, qui a éclaté le 24 février, bouscule la campagne politique. Les candidats annulent ou transforment leurs meetings. Tous les débats sont tournés vers l’Est et les prétendants à l’Elysée doivent adapter leurs discours face à la gravité des événements. 

Les candidats à l'élection présidentielle française 2022 mentionnés dans l'article. Montage : Laura Guigue

Les candidats à l’élection présidentielle française 2022 mentionnés dans l’article. Montage : Laura Guigue

Le premier tour de l’élection présidentielle a lieu le 10 avril. Et pourtant, le scrutin est passé au second plan depuis l’invasion russe en Ukraine. Les candidats ne savent plus comment faire campagne à l’image d’un Emmanuel Macron qui a pris beaucoup de retard dans son annonce officielle. Tous espèrent être à la tête de la France dans deux mois et doivent se montrer prêts à gouverner le pays, mais également à gérer une Europe menacée par la guerre.

1. Des candidats inquiets des répercussions économiques

L’inflation était déjà la première préoccupation des candidats à la présidentielle avant que le conflit n’éclate. Depuis quelques mois, les prix ne s’arrêtent plus de monter et les Français affichent leur mécontentement. Seulement, ce n’est pas la guerre en Ukraine qui va arranger les choses. Depuis l’invasion russe, les sanctions économiques contre le fief de Vladimir Poutine se multiplient et les cours mondiaux grimpent en flèche. La Russie est le principal pays producteur de l’énergie et l’un des premiers exportateurs mondiaux de blé, de maïs, d’orge, d’huile de tournesol ou encore d’engrais. Cette situation préoccupe les candidats qui craignent l’interruption des approvisionnements. 

Le 26 février, malgré un agenda bouleversé, Emmanuel Macron s’est rendu, à Paris, au Salon international de l’Agriculture. Ce jour-là, le quasi-candidat à la présidentielle a prévenu les agriculteurs « des conséquences dans nos exportations pour les grandes filières », notamment des céréales, du vin et pour l’alimentation du bétail. L’occasion de rappeler « l’importance de la souveraineté agricole et alimentaire ». Le président a promis de les soutenir « en termes de revenus » et a annoncé la préparation d’un « plan de résilience » dont les objectifs seront de « sécuriser pour nos filières nos intrants », c’est-à-dire les fournitures nécessaires à la production agricole comme l’engrais azoté, les combustibles ou encore les céréales et de « bâtir des boucliers en termes de coûts »

La candidate des Républicains, Valérie Pécresse, a également prédit un bouleversement du marché lors de sa visite dans la Manche, le 25 février. « Les greniers à blé que sont la Russie et l’Ukraine sont en guerre, ça génère une forme de dérèglement sur les marchés alimentaires. (…) Il va falloir prendre des mesures, notamment européenne, sur l’énergie et l’agriculture. » Pour elle, la solution est de « garantir davantage notre indépendance énergétique et notre indépendance agricole ».

Les deux candidats de l’extrême droite ont souvent affiché une ligne pro-Poutine. Mais aujourd’hui, Marine Le Pen qui prétend à l’Elysée pour la troisième fois estime que les décisions de Poutine sont « inadmissibles » et qu’il a « franchi une ligne rouge ». Ce 2 mars, au Salon de l’agriculture, la candidate a même repris le mantra favori du président en temps de Covid :  le  « quoi qu’il en coûte ». Marine Le Pen réclame des « aides directes d’urgence » pour les agriculteurs qui vont devoir faire face à la hausse des prix. 

Eric Zemmour, qui ne croyait pas à l’invasion russe il y a deux semaines, critique quant à lui les décisions prises par les Occidentaux. « Les sanctions seront inefficaces », a-t-il clamé lors de son meeting en Savoie le 28 février. Selon lui, cette répression aura surtout des effets négatifs sur les Français. 

À gauche, Anne Hidalgo pense également que le pays est encore trop dépendant en termes d’énergie. Pour la candidate du Parti socialiste, le gouvernement doit « anticiper et prévoir un blocage des prix », plus particulièrement de l’énergie pour les particuliers, mais aussi pour les agriculteurs. 

2. L’accueil des réfugiés Ukrainiens, un avis presque unanime 

Marine Le Pen, candidate d’extrême droite, se dit favorable à l’accueil des Ukrainiens sur le territoire. Des propos qui divergent avec son programme politique qui prévoit de limiter les vagues migratoires sur le territoire. Mais elle explique que cet événement s’inscrit dans un contexte différent d’affrontement armé.

Comme elle, Nicolas Dupont-Aignan s’est dit favorable à l’accueil en France des réfugiés fuyant la guerre en Ukraine. Tout comme Marine Le Pen, le candidat est d’ordinaire connu pour ses critiques face à l’immigration. Il pense que la France doit « prendre [sa] part du fardeau ». Pour lui, « on est en plein dans la Convention ». Il fait écho à la convention de Genève qui définit depuis 1951 les droits des réfugiés et l’obligation des 145 pays membres qui en font partie à leur venir en aide dans des cas tels que celui que vie l’Ukraine qui rentre dans les critères définis.  « Bien sûr, il faut faire tout ce qui est nécessaire pour respecter [la] Convention », confirme Marine Le Pen.

Seul le candidat Eric Zemmour a semblé s’opposer à l’accueil des réfugiés et donc à l’application de la Convention de Genève. La guerre en Ukraine a permis au candidat d’extrême droite de mettre en avant ses propositions sur l’immigration. Face aux vagues migratoires de l’Ukraine vers les pays de l’europe de l’Ouest, il a affirmé , le 28 février, qu’il « préférait aider les Polonais à les accueillir » plutôt que « de déstabiliser la France qui est déjà submergée par l’immigration ».

D’après lui un accueil en Pologne plutôt qu’en France aurait un intérêt pratique, les Ukrainiens pourraient « plus facilement rentrer chez eux quand la guerre sera finie ». La Pologne, qui est déjà soumise à des sanctions économiques pour des différends avec l’Union européenne. Eric Zemmour propose, qu’en plus d’une aide financière, « la Commission européenne lève les sanctions financières contre ce pays ». Face aux critiques, le candidat a finalement adouci sa position. En meeting dimanche 6 mars, il a assuré que « pour ceux des Ukrainiens qui préfèrent venir en France, parce qu’ils y ont des attaches, parce qu’ils y ont de la famille, parce qu’ils sont francophones, alors il faut les accueillir le temps que les bombardements cessent ».

3. Des positions qui divergent sur l’aide armée

Malgré des idées sur le sujet parfois divergentes, tous les candidats à l’élection présidentielle, d’Eric Zemmour à Jean-Luc Mélenchon en passant par Yannick Jadot et Valérie Pécresse, tous ont condamné unanimement l’offensive russe lancée en Ukraine et ont appelé au cessez-le-feu. Mais pour certains candidats, fournir des armes à l’Ukraine n’est pas le bon choix. 

Pour Jean-Luc Mélenchon, le chemin de la paix « porte un nom clair : la désescalade ». Il prône la discussion. D’après lui, la décision de l’Union européenne qui repose sur le fait de fournir des armes à l’Ukraine n’est pas la bonne solution et le candidat de La France Insoumise a affiché son regret devant l’Assemblée nationale, le 1er mars. 

Eric Zemmour reproche aussi à Jean-Yves Le Drian, ministre des affaires étrangères d’avoir parlé de « l’Otan comme d’une alliance nucléaire et de menacer ainsi la Russie », d’après lui l’absence de tels propos « aurait évité une montée aux extrêmes nucléaires »

Le 24 février, jour de l’invasion russe, Anne Hidalgo a pu réagir sur le plateau de l’émission Face aux territoires, sur TV5 Monde. La maire de Paris souhaite aider l’Ukraine en passant par l’armement : « Vladimir Poutine ne connaît que le rapport de force. Si on veut la paix, il faut donner les moyens à l’Ukraine de pouvoir se défendre. » L’écologiste Yannick Jadot s’aligne lui aussi et se dit favorable à des livraisons d’armes à destination de l’Ukraine. Interviewé par les journalistes de Franceinfo, le 28 février, il a déclaré : « Il faut aider les Ukrainiens qui se battent  pour leur liberté, leur indépendance et la démocratie. (…) On ne va pas laisser les Ukrainiens se battre sans gilets pare-balles. » 

4. Des candidats affichent leur soutien aux Ukrainiens

Sur Twitter, la candidate, Parti socialiste, Anne Hidalgo a publié des images d’une manifestation en soutien à l’Ukraine à laquelle elle s’est rendue le 24 février, Place de la République à Paris. Elle écrit « leur liberté est la nôtre ». Son meeting du 26 février s’est également transformé en une rencontre de soutien au peuple ukrainien. L’écologiste Yannick Jadot a également participé à ce rassemblement et invité les villes françaises à imiter le mouvement. Le même jour, Fabien Roussel, candidat communiste, s’est rendu au rassemblement de soutien organisé à Lille. 

De son côté, Emmanuel Macron a pris la parole, mercredi 2 mars à 20h. Durant son discours, il a souhaité revenir sur le fait que « la Russie est l’agresseur et non l’agressé ». Un point central de son discours pour répondre indirectement aux propos de certains politiques qui ont accusé l’Otan d’avoir voulu trop étendre son influence dans le monde ces dernières années.

Les candidats à la présidentielle sont obligés de revoir leur stratégie, de bouleverser leur meeting et de diriger toute leur attention vers l’Ukraine pour prouver qu’ils sont prêts à gérer une guerre en Europe. Pour l’instant, le président Emmanuel Macron bénéficie de sa position de médiateur et continue de grimper dans les sondages. Celui publié par Ifop-Fiducial le 4 mars place le chef de l’État loin devant avec 29 % des intentions de vote suivi de Marine Le Pen plus loin à 17%. 

Laura Guigue et Audrey Faure



Catégories :L'Evenement, Présidentielle

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