Transition énergétique : une première centrale photovoltaïque flottante s’installe en Isère

Sur la commune de Saint-Savin (Isère), la société Energ’Isère, en charge de ce projet de centrale photovoltaïque flottante dans les marais, a obtenu le permis de construire le 17 décembre 2021. 

La première centrale photovoltaïque flottante de France a été inaugurée le 18 octobre 2019 à Piolenc dans le Vaucluse. Photo : Akuo Energy

La première centrale photovoltaïque flottante de France a été inaugurée le 18 octobre 2019 à Piolenc dans le Vaucluse. Photo : Akuo Energy

Je ne suis pas contre, au contraire, en plus ce n’est pas sur des terrains agricoles”. Jean-Luc Varnet, agriculteur saint-savinois, se satisfait de voir que le projet de centrale photovoltaïque flottante ne piétine pas sur des surfaces fertiles et forestières. Le 7 décembre dernier, le commissaire enquêteur a apporté un avis favorable à cette installation située sur la commune de Saint-Savin (Isère). Le permis de construire a été donné dix jours après par la préfecture. Désormais, le projet passe en appel d’offre à la Commission de régulation de l’énergie (CRE) pour définir les tarifs de l’électricité.

Ce type de centrale, qui est une première en Isère, se développe sur le territoire français. Lors de la Cop 21 de 2015 qui s’est tenue à Paris, la France s’était engagée à réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 1990 et d’augmenter la part des énergies renouvelables à plus de 32% en 2030 pour lutter contre le réchauffement climatique. Ces objectifs s’inscrivent dans la loi du 17 août 2015, dite loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV). L’État incite le développement des énergies vertes aussi bien au niveau national que régional.

Entre nuisances sonores, altération du paysage et problèmes de recyclage, les énergies vertes font l’objet de controverses au sein de la société française. Florence Verlaque, 1e adjointe à l’environnement et au développement durable du maire de Saint-Savin, rend pourtant compte d’un projet bien accueilli : “C’est en dehors de la commune et ce n’est pas comme si on avait mis des éoliennes. La centrale photovoltaïque n’est pas gênante en soi”. Depuis les chemins qui entourent la carrière, la centrale n’est pas visible. C’est seulement sur les hauteurs de Saint-Savin que les panneaux photovoltaïques peuvent être aperçus.

La centrale prévoit 20 832 panneaux photovoltaïques implantés sur 31 tables flottantes reliées entre elles et ancrées au fond du plan d’eau par l’intermédiaire de lignes d’ancrage.

La centrale prévoit 20 832 panneaux photovoltaïques implantés sur 31 tables flottantes reliées entre elles et ancrées au fond du plan d’eau par l’intermédiaire de lignes d’ancrage.

La firme Energ’Isère, la commune de Saint-Savin et la CAPI (communauté d’agglomération porte de l’Isère) sont les principaux actionnaires. La centrale permettra la production de 11,38 GWh sur l’année. “Cela correspond à la consommation de 4 840 foyers hors chauffage”, explique Mathieu Julien, responsable du développement des projets d’Energ’Isère. Ce n’est pas la commune qui va profiter directement de ce rendement. La production d’électricité sera acheminée sur l’Isle-d’Abeau avant d’être répartie. Mathieu Julien montre l’intérêt financier de ce site : “L’installation de panneaux solaires sur des plans d’eau est aidée par l’État par le biais du tarif auquel l’électricité est vendue. Il y a une sorte de bonus pour les terrains dégradés.”

De son côté, André Coppard, agriculteur à Saint-Savin et vice-président de la chambre de l’agriculture, avance deux opinions différentes : “En tant qu’agriculteur, je ne suis ni gêné ni dérangé par cette installation. Elle ne touche pas la biodiversité que je travaille et cela produit de l’énergie renouvelable. Cependant, en tant que vice-président, le lieu de l’installation de cette centrale me pose problème. Je trouve ça illogique d’installer ce projet sur un lieu où la nature reprend sa place. Il aurait été plus logique de mettre les panneaux photovoltaïques sur des industries.« 

Des questions sur le respect de la biodiversité du site

La zone choisie pour la centrale se situe sur la partie nord d’une carrière d’extraction de sable exploitée par la Société Xella Thermopierre. Les parcelles ont été rétrocédées à la commune, propriétaire du terrain. En 2017, un adolescent de 15 ans s’est noyé à cet endroit après avoir plongé depuis une plateforme. Cette tragédie a contraint la commune à trouver un projet pour ne pas laisser à l’abandon ce site révélé dangereux. Le choix s’est porté sur une centrale photovoltaïque flottante. Daniel Paillot, conseiller municipal de Saint-Savin, met en avant un projet écologique : “Il nous fallait trouver une activité qui soit compatible avec le maintien de cette zone humide par excellence, avec tout un ensemble de biodiversité qui vit tout autour de ce plan d’eau. En même temps, nous voulions contribuer à la décarbonation.” 

Depuis la fin de l’exploitation sur le site choisi, la nature a eu le temps de se développer. La plus grosse activité naturaliste se situe au niveau des berges. Une zone tampon minimum de dix mètres a été élaborée pour conserver cette biodiversité. Mathieu Julien explique la solution mise en place : “L’objectif a été de dimensionner l’installation pour ne pas recouvrir une trop grande partie du plan d’eau. Le choix a été fait de couvrir 6,9 hectares sur les 26. Lorsque l’exploitation de la carrière sera terminée, le plan d’eau en fera 36”. Une étude menée par Energ’Isère en 2019 a recensé les différentes espèces qui se côtoient dans cette zone.

Les oiseaux et les chiroptères présentent les enjeux les plus élevés, respectivement qualifiés de fort et modéré par la mission régionale d’autorité environnementale (MRAE). Soixante-quinze espèces d’oiseaux ont été identifiées. Ces volatiles utilisent le plan d’eau pendant les périodes de migration. La MRAE d’Auvergne-Rhône-Alpes a délivré un avis favorable concernant cette centrale, le 8 septembre 2020, mais l’instance dénote toutefois des incertitudes sur l’impact écologique de la centrale sur la biodiversité du site. Le caractère innovant du projet est tenu responsable du défaut d’informations sur les conséquences environnementales. Pour répondre à ce manquement, le maître d’ouvrage propose un protocole de suivi pluriannuel dont les résultats pourront être partagés avec la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL). 

Le site est inclus dans deux zones d’inventaires écologiques : une Zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de type I « Plan de Vernieu, étang de Vénérieu, marais de Villieu » et une ZNIEFF de type II « Ensemble fonctionnel des vallées de la Bourbre et du Catelan ». Cette désignation définit la présence d’espèces ou de milieux rares, remarquables ou caractéristiques. Le projet de centrale se trouve aussi à proximité immédiate de la zone Natura 2000 « ZCS Isle Crémieu », environ 300 mètres. L’analyse de la MRAE conclut à l’absence d’incidence significative sur les espèces ayant conduit à l’appellation de cette zone.

Et après ?

Les panneaux solaires ont une durée de vie minimum d’une vingtaine d’années. Après cette échéance, ils continuent de produire mais il y a une baisse de production chaque année. Ainsi, plusieurs possibilités se posent selon Mathieu Julien : “On continue d’exploiter. Les panneaux produiront moins mais tout sera amorti. Sinon, l’autre solution est de concevoir une autre centrale avec des nouveaux panneaux qui seront dans trente ans bien plus performants. Et la troisième option est de tout démonter et de remettre le site en état”. Les panneaux photovoltaïques sont en polycristallins. L’écotaxe payée lors de leur achat finance la filière industrielle française Soren pour leur recyclage.

Avant de lancer la construction de la centrale photovoltaïque flottante, l’installation doit d’abord passer en appel d’offre à la CRE puis une nouvelle étude environnementale doit être réalisée. Le projet a démarré en 2017 et devrait se conclure en 2023.

Galane Maréchal et Nicolas Poirel



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