Violences sexuelles : le mouvement #BalanceTonBar gagne du terrain dans la région Auvergne Rhône-Alpes

Lancé en Belgique à la mi-octobre, le hashtag #BalanceTonBar agite maintenant le monde de la nuit français. De nombreux témoignages, souvent féminins, sont apparus sur la toile afin de dénoncer des actes sexistes mais aussi des violences sexuelles. Bars et discothèques sont les principales cibles de ces dénonciations. La région Auvergne Rhône-Alpes n’est pas épargnée par ce raz de marée. 

Le GHB ou “la drogue du violeur” s’infiltre dans plus en plus d’établissements français. Photo : AbdobeStock

Le GHB ou “la drogue du violeur” s’infiltre dans plus en plus d’établissements français. Photo : AbdobeStock

Dans la lignée du mouvement MeToo, le mot-dièse #BalanceTonBar lancé sur les réseaux sociaux permet aux victimes de violences verbales ou physiques dans les bars et boîtes de nuit d’être entendues. La région Auvergne Rhône-Alpes n’y échappe pas. Plusieurs établissements de Grenoble et Lyon ont été ciblés. Sur Instagram deux comptes ont vu le jour afin de partager les témoignages des victimes. @balance_ton_bar_lyon et @balance_ton_bar_grenoble comptabilisent à eux deux 9746 abonnés en seulement quelques semaines. Plusieurs établissements, bien connus dans les deux villes, sont pointés du doigt.  

Nausées, pertes de contrôle et même pertes de connaissance sont des symptômes récurrents causés par le GHB autrement dit “la drogue du violeur”. Ce sont des symptômes fréquemment décrits par les personnes qui racontent s’être faites droguées à leur insu. Le #BalanceTonBar a fait exploser le nombre de signalements de victimes. Lors d’une enquête menée en novembre dernier, l’association Dis Bonjour Sale Pute (DSBP) a recueilli les témoignages de 825 victimes de drogues dans des clubs et bars français.  Des chiffres alarmants qui montrent l’urgence de la situation.

“On a toujours parlé, on n’était juste pas écouté”, explique la gérante du compte @balance_ton_bar_grenoble lors d’un entretien pour Radio Campus Grenoble. Cette ancienne serveuse en boîte de nuit “qui a vu de près les violences dans le milieu festif” permet aux victimes d’être entendues. “Aujourd’hui, on a des moyens pour que les victimes soient lues et entendues, il y a des traces. On le sait : ce qui est sur Internet reste sur Internet, à vie”, explique-t-elle pour France Bleu. C’est un espace d’écoute, où chacun est libre de s’exprimer librement et anonymement.  

La ville de Grenoble redouble d’efforts

Les dénonciations se décuplent au fil du temps : le week-end, la gérante du compte grenoblois reçoit des dizaines de messages. La majorité des témoignages proviennent de zones universitaires. Des témoignages souvent glaçants qui alertent sur les dangers du monde de la nuit : “J’ai du mal à parler, à bouger, je vois trouble”, “s’en suivent des crises d’angoisse extrêmes, je fais un malaise, je n’arrive plus à respirer”…

“J’ai fait une overdose ce soir-là et je suis passée à deux doigts de la mort” – témoignage anonyme sur Instagram

En un mois, la page Instagram comptabilise déjà une trentaine de publications. En collaborant avec plusieurs associations de prévention face aux violences dans les clubs et les bars, telles que Keep Smiling, cette ancienne serveuse espère faire bouger les choses. “Notre société avance, c’est merveilleux ce qu’il se passe mais ça ne va pas assez vite”, conclut-elle au micro de Radio Campus Grenoble. 

« Comment reconnaître si votre verre a été drogué. » Photo : Instagram / @lesnapetudiant

« Comment reconnaître si votre verre a été drogué. » Photo : Instagram / @lesnapetudiant

“On travaillait la question de manière globale et le #BalanceTonBar nous a mis un coup d’accélérateur et on s’est dit : il faut vraiment qu’on fasse un groupe de travail lié aux violences sexistes et sexuelles dans les lieux festifs ouverts au public”, explique à L’Effervescent Chloé Le Bret, adjointe en charge de l’égalité à la Ville de Grenoble. Face à une prise de conscience collective des problématiques liées au monde de la nuit, la mairie de Grenoble a décidé d’agir. Elle a ajouté ce sujet à son projet “Les Assises de la nuit” destiné à mener des réflexions autour des enjeux de la vie nocturne dans les rues de Grenoble. Ils sont plusieurs élus à travailler sur la question. “Je travaille avec l’adjoint au commerce et à la vie nocturne. Il me permet d’avoir un dialogue avec tous les établissements de nuit, les commerces, les bars, les boîtes de nuit”, explique l’élue. 

Des mesures concrètes, mais un manque de moyens

Cette collaboration permet d’envisager la mise en place de mesures concrètes. « Il faut une zone sécurisée dans chaque bar pour la victime, le temps que les services de santé arrivent, détaille l’adjointe à l’égalité dans une interview pour France Bleu. Il faut aussi une personne référente dédiée à l’accueil et l’accompagnement des victimes d’agressions sexistes ou sexuelles. La formation du personnel des établissements et des partenaires est aussi importante pour qu’ils soient sensibilisés à ces questions.

« Pour finir, on demande un affichage de prévention dans les bars. » – Chloé Le Bret, adjointe en charge de l’égalité à la Ville de Grenoble

Ces initiatives locales ne suffisent pas pour éradiquer le problème. La créatrice de @balance_ton_bar_grenoble soutient ces idées, mais rappelle que cela “représente un coût trop important pour les établissements”. La mairie demande donc des moyens à l’Etat pour mettre en place les différentes mesures. Dans un courrier daté du jeudi 18 novembre 2021, Eric Piolle, a décidé d’interpeller le Président de la République à ce sujet.  « M. le Président, c’était votre ‘grande cause du quinquennat’ : agissez pour protéger les femmes ! », réclame le maire de la ville.

Les actions de quelques collectifs ne suffiront donc pas, “il faut qu’on ait des moyens supplémentaires, nous, les collectivités et les associations, dans la lutte contre les violences”, affirme Chloé Le Bret. Même si le #BalanceTonBar lève le voile sur les réalités du monde de la nuit, il reste un long chemin à parcourir pour éradiquer tous ces dangers. 

Marion Deygas



Catégories :Auvergne

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