Présidentielle : le pouvoir d’achat au cœur du débat politique

À l’approche de l’élection présidentielle, les candidats commencent  à présenter leur programme aux Français et leurs solutions pour le pouvoir d’achat. Plusieurs sondages montrent qu’il s’agit de la principale préoccupation des Français en 2021.

En 2022, les candidats aux élections présidentielles seront attendus sur la question du pouvoir d’achat. Photo : Pixabay

En 2022, les candidats aux élections présidentielles seront attendus sur la question du pouvoir d’achat. Photo : Pixabay

Lors du deuxième débat des Républicains, le 14 novembre dernier, le candidat Éric Ciotti présentait l’immigration comme la principale préoccupation des Français. Et le sujet est bel et bien récurrent dans tous les débats politiques, à l’instar des débats des Républicains. Le 14 novembre, 60% du temps de parole des candidats au Congrès LR était dédié à l’immigration et à la sécurité d’après le journal Le Parisien. Pourtant, des sondages menés récemment sur les préoccupations des Français révèlent que ces thèmes arrivent souvent au second plan. En septembre, le sondage du cabinet d’études Elabe pour BFMTV montrait que 45% des Français attendent plus de réactions des politiques vis-à-vis de leur pouvoir d’achat. L’immigration, quant à elle, n’arrive qu’en quatrième position, derrière la sécurité et la santé. 

Même constat du côté d’OpinionWay pour Cnews et Les ÉchosParmi les sondés, 48% sont préoccupés par le pouvoir d’achat contre 37 % pour l’immigration. Déjà en 2017, le sujet arrivait en tête du sondage avec 38% de personnes préoccupées par le pouvoir d’achat contre 35% pour l’immigration. Entre 2017 et 2021, l’intérêt pour le portefeuille français a grimpé de 10%. Pour Stéphanie, habitante du Puy-de-Dôme, « le carburant, le gaz, la nourriture… Tout augmente mais pas les salaires ! ». Depuis la fin de l’été, les tarifs du carburant, de l’électricité ou encore du gaz ont explosé et les Français ont exprimé un ras-le-bol général. 

  • Le pouvoir d’achat : débat majeur de la gauche

Si le sujet est aussi important aux yeux des Français, les candidats aux élections présidentielles ont dû répondre aux inquiétudes des citoyens qui se rendront aux urnes en avril 2022. Tous évoquent une augmentation des salaires. À gauche, Anne Hidalgo, candidate du Parti socialiste, a déclaré au micro de France Info : « Il faut que le travail paye ». Pour cela, elle a promis « une revalorisation massive du Smic » si elle est élue. Une hausse « entre 10 et 15 % » qui correspondrait alors à une augmentation d’environ 150 euros du salaire minimum. La maire de Paris avait déjà proposé de doubler les salaires des enseignants. 

Jean-Luc Mélenchon, à la tête de la France Insoumise, veut, lui aussi, augmenter le Smic et le porter à 1 400 euros net mensuel. Aujourd’hui, le salaire minimum tourne autour de 1 250 euros net.  Une autre de ses ambitions est de repousser de deux ans le remboursement des prêts garantis par l’État (PGE), une aide pour les entreprises qui a vu le jour pour répondre à la crise sanitaire. Pour le moment, les entreprises ont cinq ans pour rembourser ce prêt. Mais le point phare de son programme, c’est la création d’une « loi d’urgence sociale », comme il en existe pour la sécurité et la santé. Cette loi permettra de bloquer les tarifs des produits de premières nécessités tels que le gaz, l’électricité, le carburant ou les denrées alimentaires. 

Le leader du parti communiste, Fabien Roussel, instaurerait un Smic de 1 800 euros brut par mois. EDF et Engie seraient nationalisées pour stabiliser les prix de l’énergie. 

Arnaud Montebourg et son parti L’Engagement prévoient aussi l’augmentation du salaire minimum ainsi que la création d’un Grenelle sur les salaires pour une hausse généralisée de tous les salaires. 

Yannick Jadot explique aux Français qu’ils obtiendraient « l’équivalent d’un treizième mois d’économie » grâce à des investissements sur le transport, le logement et l’alimentation. Le candidat écologique propose aussi un « revenu citoyen » pour les plus de 18 ans en situation de précarité. 100 euros seraient ajoutés au RSA (revenu de solidarité active) dès son élection. Et à l’issue des cinq ans de mandat, le RSA atteindrait le montant de 880 euros. En 2021, il plafonne aux alentours de 565 euros. 

  • La droite multiplie les propositions

Du côté de la droite, les candidats du Congrès des Républicains ont largement évoqué le sujet lors des débats télévisés. Valérie Pécresse, qui a remporté cette primaire fermée, mentionne une hausse « de 10 % » des revenus et la baisse des charges salariales. Mais pour rassembler, la présidente de la région Ile-de-France va peut-être s’inspirer aussi des propositions des candidats battus. Le finaliste Éric Ciotti propose de baisser « massivement les impôts » et les cotisations salariales.

Michel Barnier parle d’exonération des charges et de « suppression totale des charges pour le premier emploi des jeunes pendant trois ans ». Xavier Bertrand suggère de « remplacer la prime d’activité, qui est injuste, par une prime au travail ». Cette prime permettrait à un employé travaillant à temps complet de toucher, au minimum, 1 500 euros net par mois. Il augmenterait aussi la durée légale du travail. Philippe Juvin souhaite diminuer les taxes sur l’énergie. Il accuse d’ailleurs l’État de s’enrichir au travers de ces taxes. 

  • À l’extrême droite : des stratégies différentes

Le 24 octobre, sur LCI, Marine Le Pen présentait ses idées. Parmi elles, la réduction de la TVA sur l’énergie et le carburant de « 20 à 5,5% ». Une mesure qui rapporterait « 12 milliards d’euros aux Français » soit « 200 euros par mois par ménage ». La privatisation de l’audiovisuel public et donc la fin de la redevance : « C’est immédiatement 2,8 milliards de redevances que nous rendons », justifie la candidate du Rassemblement National. L’autre proposition phare sur le pouvoir d’achat est la nationalisation des autoroutes. Cette initiative entraînerait, selon elle, une baisse de « 10 à 15 % » du coût des péages. 

Le polémiste Éric Zemmour, officiellement candidat depuis peu, n’a pas mis le pouvoir d’achat au coeur de ses préoccupations. Il n’a pas dit un mot sur le sujet pendant des mois alors que les Français sont victimes de la hausse fulgurante des prix, jusqu’à son meeting d’entrée en campagne. Pour justifier ce silence, l’ancien journaliste a expliqué au salon Milipol de Villepinte que « La présidentielle ce n’est pas parler de l’énergie en disant ‘je vais mettre un euro ici, douze euros-là’ comme certains ». Entre les lignes, on retrouve quand même la baisse de la contribution sociale généralisée (CSG), l’impôt destiné à la protection sociale, pour les travailleurs ayant une petite rémunération. Il ne faut pas oublier que le candidat entend appliquer la « préférence nationale » et donc pour financer ses projets, les allocations logements, familiales et le RSA seront réservés exclusivement aux personnes ayant la nationalité française.

Nicolas Dupont-Aignan espère une augmentation de 10 % des salaires accompagnée d’une baisse des charges sociales, ainsi que le retour du dispositif d’exonération des heures supplémentaires.

  • Emmanuel Macron : un bilan entaché par la hausse des prix

Pour ce qui est du président de la République, qui n’a toujours pas annoncé sa candidature aux présidentielles 2022, Jean Castex le qualifie de « président du pouvoir d’achat » dans le JT de TF1 du 21 octobre. Avec la baisse des impôts, la suppression de la taxe d’habitation et le plus récent chèque énergie qu’il a instauré pendant son premier mandat, Emmanuel Macron tente de préserver le portefeuille des Français à quelques mois de l’élection présidentielle.

Et le bilan du président semble plutôt positif… Une étude réalisée par l’Institut des politiques publiques montre que les revenus des Français ont augmenté en moyenne de 397 euros par an, entre 2017 et 2021. Mais les mesures d’Emmanuel Macron ont surtout creusé l’écart entre les plus pauvres et les plus riches. Les 5% les plus pauvres ont perdu 0,5% de leur pouvoir d’achat alors que les 1% les plus riches ont vu un gain de 2,8% de leurs revenus. Ce qui a le plus impacté le portefeuille des Français ces cinq dernières années c’est surtout l’augmentation de la fiscalité sur l’énergie. Et à quelques mois des élections, les prix connaissent une hausse exponentielle qui lassent beaucoup d’électeurs.

Audrey Faure



Catégories :L'Evenement, Présidentielle

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