Pandora Papers : comment les journalistes travaillent face à des millions de documents

Après les Luxembourg Leaks et les Panama Papers, un nouveau chapitre s’ouvre dans le grand livre des paradis fiscaux. Le 3 octobre 2021, les médias internationaux publient l’affaire des “Pandora Papers”. Révélée par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), elle dévoile l’existence de 29 000 sociétés offshores partout sur la planète. Les journalistes en sont le chef d’orchestre.

Les Pandora Papers : la fraude fiscale est toujours en vogue. Photo : ICIJ

Les Pandora Papers : la fraude fiscale est toujours en vogue. Photo : ICIJ

L’évasion fiscale semble être un puits sans fond”, cette expression issue d’un article de FranceInfo illustre pleinement l’interminable traque pour démanteler les paradis fiscaux. Le mardi 3 octobre 2021, à 18h30, des médias du monde entier publient un article révélant une enquête nommée les “Pandora Papers”. Pourquoi ce nom ? Le hasard n’y est pour rien. D’abord, une référence aux Paradise Papers et aux Panama Papers mais l’affaire doit également son nom à la célèbre boîte de Pandore et ses malheurs qui n’en finissent plus. 

Avec plus de onze millions de documents révélés par cette affaire, la liste de célébrités et multinationales liées aux Pandora Papers ne cessent de grandir. De DSK à Tony Blair en passant par le roi de Jordanie, les noms reliés à cette fuite de milliards de dollars donnent naissance à des chiffres tous plus fous les uns que les autres. 

Les journalistes mis au premier plan

“Lutter contre la corruption grâce à la coopération transfrontalière”, cette expression affichée sur le compte Twitter de l’ICIJ illustre parfaitement son combat. Spécialisé dans le traitement des données et l’enquête, le Consortium fournit aux rédactions les ressources nécessaires pour traiter l’information. Pendant deux ans, l’enquête des Pandora Papers a réuni 600 journalistes à travers le globe. L’ICIJ travaille en collaboration avec de nombreux titres de presse tels que Le Monde.

L’enquête débute lorsque le Consortium reçoit un total d’environ douze millions de documents d’une source anonyme. Ces derniers comportent les données confidentielles de quatorze cabinets spécialisés dans les paradis fiscaux et la création de sociétés anonymes. En tant que partenaires, les journalistes collaborant sur l’affaire ne connaissent pas l’identité de la source. Seul le directeur du Consortium connaît la source et échange avec, mais il ne partage pas son identité avec tout le monde pour éviter les fuites et la protéger”, explique Maxime Vaudano, journaliste au Monde et auteur de nombreux articles sur l’affaire.

“Lorsque nous trouvons un angle d’attaque nous l’utilisons jusqu’au bout”, a déclaré Will Fitzgibbon, journaliste et membre ancestral du Consortium. Dans une interview pour CScience, il décrit le travail acharné que représente l’affaire des Pandora Papers : “Si le nom d’une personnalité ou d’un homme politique ne figurait pas sur les documents qui ont fuité des quatorze cabinets de placements et institutions financières, nous avons utilisé son pseudonyme. Car il est fréquent que la personnalité utilise le nom d’un de ses proches, de son chauffeur ou de son coiffeur… Alors, nous avons aussi effectué des recherches dans ce sens-là.”, ces longues recherches nécessitent la mise en place d’une collaboration internationale.

Une enquête aux dimensions internationales

Les Pandora Papers regroupent des journalistes issus des quatre coins du monde. Chaque média de chaque pays creuse sur les sujets qui concernent son territoire. Le Monde “s’est concentré sur des personnalités françaises, donc cela réduit un peu le spectre”, explique Maxime Vaudano. Toutefois, ils doivent aussi collaborer avec des collègues étrangers lors d’enquêtes plus internationales. Dans cette affaire, l’implication du Premier Ministre tchèque en est la parfaite illustration. “Ceux qui avaient le plus d’intérêt étaient les journalistes tchèques mais il y avait des liens avec une maison dans le Sud de la France donc plusieurs journalistes français ont aidé les collègues tchèques à travailler sur ça en allant voir la maison…”, raconte le journaliste

Ce type de scandale implique une discrétion maximale pour éviter les fuites avant la publication de l’enquête. Pour cela, l’ICIJ met en place une plateforme sécurisée sur laquelle les journalistes peuvent échanger sans crainte. La discrétion est de mise jusqu’à la publication des articles. Sur Le Monde, dans l’outil de publication des articles, “il y a un système de filtre confidentiel qui fait en sorte que même les autres journalistes de la rédaction n’aient pas accès aux articles jusqu’au dernier moment”, explique Maxime Vaudano

Sur le forum sécurisé utilisé par le Consortium, des groupes sont mis en place selon les thématiques abordées. Au fil du temps, les membres de l’ICIJ ont adhéré à cette “culture collaborative”. Ils travaillent les uns pour les autres. “On se dit qu’une partie de notre travail ne va pas nous servir directement et égoïstement mais qu’elle va être dévolue à faire des choses pour les autres”, raconte le journaliste du Monde. Il ajoute que cette méthode de travail est “assez bénéfique dans l’ensemble”

Quand l’intelligence artificielle collabore avec les journalistes

Nous avons pu étudier environ 12 millions de documents pour les Pandora Papers grâce à l’Intelligence Artificielle. Pour autant de documents, nous aurions eu besoin de beaucoup plus de temps si nous avions fait sans”, explique Will Fitzgibbon. L’Intelligence Artificielle (IA) joue un rôle clé dans l’affaire des Pandora Papers. Cette dernière a permis aux enquêteurs d’analyser les douze millions de documents en un temps record. Maxime Vaudano parle d’un “enjeu technologique” car l’IA permet “d’écarter les documents qui ne sont pas intéressants”

Sur les millions de fichiers, des centaines de milliers ne sont pas exploitables puisque que ce sont “des recherches Google faites par les employés des cabinets d’avocat lorsqu’un client arrive : ils tapent le nom du client sur Internet et ils enregistrent la recherche, donc ça ce n’est pas intéressant”, poursuit le journaliste. L’IA permet donc un gain de temps non négligeable pour les journalistes. 

Marion Deygas et Oscar Josse



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