Du tabac à la cigarette électronique : une aide pour arrêter ou un nuage de fumée ?

Depuis une dizaine d’années, la cigarette électronique a fait sa place dans le quotidien des Français. Beaucoup s’en servent pour essayer d’arrêter le tabac, mais son utilisation fait débat.  

Baptiste et Mathieu, vendeurs au magasin Cigaverte à Vichy, conseillent chaque jour les consommateurs de cigarette électronique. Photo : Antoine Calvez

Baptiste et Mathieu, vendeurs au magasin Cigaverte à Vichy, conseillent chaque jour les consommateurs de cigarette électronique. Photo : Antoine Calvez

Elle fait maintenant partie de notre quotidien. Depuis une dizaine d’années maintenant, la cigarette électronique ou vapoteuse prend de plus en plus de place chez les fumeurs qui laissent de côté la cigarette traditionnelle. Tout d’abord, il est important de savoir de quoi on parle.  La cigarette électronique est un dispositif innovant conçu pour vaporiser une solution généralement à base de propylène glycol et de glycérine végétale. Dans la plupart des cas, la solution est aromatisée et peut contenir de la nicotine, une substance très addictive aussi présente dans le tabac. 

Depuis la première commercialisation de vapoteuse en 2009, le marché est en pleine expansion et la demande ne cesse d’augmenter. Baptiste, vendeur de la boutique Cigaverte à Vichy constate : « Depuis 2012, date à laquelle la boutique a été créée, notre chiffre d’affaires augmente chaque année. Trois ou quatre fois par jour, nous accueillons de nouveaux clients tout en gardant nos habitués. »

À propos, ces nouveaux clients viennent généralement pour la même raison: « La plupart  viennent pour arrêter de fumer sur conseils de leurs proches ou de leurs docteurs. Je reçois très peu de non fumeurs qui veulent essayer  la vape », confie Hervé, gérant de la boutique Vapophile à Vichy. D’après le baromètre de Santé publique France, en 2017, parmi les vapoteurs quotidiens, 49,5% sont d’anciens fumeurs et seulement 0,2% d’entre eux n’ont jamais été fumeurs par le passé. Il y a souvent  un effet de mode, selon Baptiste : « Les jeunes achètent une cigarette électronique pour le côté ‘chicha entre potes’, mais il ne sont pas des vapoteurs réguliers. »

« On fait plus de chiffre d’affaires chez des personnes d’un âge avancé qui essayent d’arrêter de fumer et qui eux, sont plus réguliers. » Baptiste, vendeur de la boutique Cigaverte à Vichy

Deux facteurs principaux sont responsables de cette envie d’arrêter le tabac. Le premier concerne l’augmentation du prix. Le second est le côté « moins nocif ». Beaucoup de fumeurs passent à la cigarette électronique qu’ils la considèrent moins mauvaise pour le corps. 

« Un moyen de sevrage du tabac »

« Dans notre boutique, dans 80% des cas les gens viennent pour le côté financier et moins nocif », explique encore Baptiste. Une chose est sûre, la cigarette électronique (CE) est beaucoup moins nocive et expansive que son grand frère le tabac. Le 25 avril 2014, le Haut conseil de la santé publique a rendu un avis déclarant que la cigarette électronique « peut être considérée comme une aide pour arrêter ou réduire la consommation de tabac des fumeurs ». Plus récemment, en 2019, la SFT (Société francophone de tabacologie) a déclaré dans un communiqué de presse que « la cigarette électronique est probablement une aide efficace pour arrêter de fumer ».

Pour Hervé, si les consommateurs écoutent les conseils des vendeurs, « il n’y a aucune raison pour que ça ne fonctionne pas », avant d’ajouter que la vape « n’est pas un médicament mais un substitut ». Il considère que cela est plus utile que les patchs de nicotines conseillés par certains médecins car ces derniers pourraient entraîner un surdosage : « Certains dorment avec leur patch tandis que la CE, la nuit au moins, tu t’arrêtes ». « Pour moi c’est beaucoup moins nocif », estime Lucky. Ce consommateur raconte qu’il n’a jamais fumé de tabac et que s’il vapote, c’est justement pour l’éviter. 

« Par exemple quand je fais du sport et que je vapote avant, je n’ai pas l’impression d’avoir fumé. Alors que la cigarette normale tu le sens. » – Lucky, adepte de la cigarette électronique

La santé est une des motivations mais l’aspect financier aussi. Le prix du tabac ne cessant d’augmenter en France, beaucoup de fumeurs se sont redirigés vers le e-liquide (contenu consommable avec différents arômes et taux de nicotine), moins coûteux. « En comptant la résistance [petite pièce métallique, qui vaporise le liquide de la cigarette] et les liquides, j’en ai pour 60 euros par mois, donc franchement ça va », confirme Lucky. Stéphanie, qui a dit stop au tabac depuis maintenant trois ans, confirme le fait que c’est beaucoup plus rentable. « Avant je fumais un paquet par jour, maintenant j’achète trois produits tous les 8 à 9 jours, cela me coûte uniquement 15 euros 90. » Le paquet de cigarettes coûtant désormais aux alentours de 10 euros, cela veut dire qu’avant la vapoteuse, elle dépensait au moins 80 euros dans le tabac tous les 8 jours.

« D’une addiction à une autre »

Bénéfique pour le portefeuille et certainement pour vos poumons, mais la cigarette électronique ne reste pas sans risque. Vendeurs et addictologues sont d’accord sur un point : la cigarette électronique ne soigne pas tous les maux. « Quand on passe du tabac à la e-cigarette, on passe d’une addiction à une autre », insiste Hervé de la boutique Vapophile. Bernard Antoine, addictologue à Paris, partage cette conception et doute que le vapotage soit la meilleure technique pour arrêter de fumer. « La question n’est pas de savoir si elle est moins nocive mais si elle peut être une aide pour arrêter de fumer et franchement, j’en doute, explique-t-il à L’Effervescent. Les gens qui vapotent restent ensuite accros à la cigarette électronique. » Il reconnaît tout de même que cela peut être « un moyen de sevrage du tabac », mais que pour arrêter de fumer, ce n’est pas la solution miracle : « Mon métier est d’aider les gens à devenir complètement libres. S’ils vapotent, ils restent dans la dépendance comportementale et psychologique du tabac. »

« C’est comme si on sortait de prison avec un bracelet électronique. » – Bernard Antoine addictologue

La nicotine, présente dans beaucoup de e-liquides, et le fait de répéter le geste de fumer entraînent une forte dépendance, même si la personne n’a jamais touché à une cigarette ordinaire. C’est le cas de Lucky, qui est « tombé amoureux et accro » de la cigarette électronique. Il est donc déconseillé pour quelqu’un qui n’a jamais fumé de se lancer dans l’électronique, il pourrait tomber dans une forte dépendance. La nicotine reste à la troisième place des substances les plus addictives au monde.

Les scientifiques s’accordent pour dire que la cigarette électronique est un moyen efficace pour se sevrer du tabac et que vapoter est moins nocif pour la santé. Néanmoins, les effets à long terme sur la santé de l’inhalation des composés aromatiques contenus dans la vapeur des e-cigarettes ne sont pas clairs. Dans une étude qui paraîtra en décembre prochain dans la revue Eating Behaviors, des chercheurs ont révélé qu’il y avait un lien entre le vapotage et le risque de développer des troubles alimentaires, notamment l’anorexie mentale, les problèmes d’hyperphagie boulimique et la boulimie nerveuse.

En raison de la nicotine, la cigarette électronique pourrait également augmenter le risque de formation de caillots sanguins. Lors du Congrès international de la Société Européenne de Pneumologie, des chercheurs ont démontré cela grâce à une expérimentation sur 22 participants. Bon nombre d’études sont encore en cours sur les effets à long terme de la cigarette électronique sur la santé.

Antoine Calvez et Iker Lagrenade



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