« Ça a le mérite d’exister » : le plan sécheresse relancé en Auvergne-Rhône-Alpes

Le plan sécheresse d’aide aux éleveurs est relancé en 2021. Pour les agriculteurs de la région, c’est un geste apprécié mais les avis divergent quant à son efficacité.

Le GAEC du Toine accueille des enfants chaque été dans sa ferme. Photo : Marion Bonifassi

Le GAEC du Toine accueille des enfants chaque été dans sa ferme. Photo : Marion Bonifassi

La région Auvergne-Rhône-Alpes a annoncé le 15 mars qu’elle renouvelait l’aide exceptionnelle attribuée aux éleveurs touchés par la sécheresse. Pour cette année, le Conseil régional prévoit une somme de plus de 12 millions d’euros pour l’ensemble du territoire.

Pour recevoir cette aide, d’un montant allant de 30 à 2 000 euros selon la taille et les besoins de l’élevage, les exploitants doivent avoir réalisé des investissements productifs : bâtiments, équipements intérieurs et matériels, acquisition de parts sociales liée à une installation. Les inscriptions sont ouvertes depuis le 15 mars et le resteront jusqu’au 15 mai prochain sur le site web de la région.

Un coup de pouce ponctuel

“Elle a le mérite d’exister, c’est un coup de pouce ponctuel pour la ferme qui fait du bien”, a réagi Marion Bonifassi du GAEC de Toine à Arfeuille, une exploitation bovine familiale implantée dans l’Allier depuis 1988. Elle affirme avoir touché une aide de 2 000 euros dans le cadre de ce plan en 2020. Sa ferme renouvelle sa demande cette année pour pallier ses besoins. Associée à son compagnon Christian Bosi, Marion Bonifassi confie malgré tout que cette aide n’a pas été suffisante pour rentabiliser les pertes de fourrages et le manque d’eau que la ferme a connu cet été.

“Vous savez, la sécheresse est rude depuis plusieurs années, les sources se tarissent, l’herbe repousse de moins bonne qualité et les vaches n’ont plus assez à manger.” Marion Bonifassi du GAEC du Toine. Les mois d’été en France sont particulièrement secs, sur ces cinq dernières années, la moyenne des précipitations du mois de juillet n’est que d’environ 37 mm, en comparaison de la moyenne globale de ces vingt dernières années qui est d’environ 64 mm.

Infographie : Clément Gazarian – Source : Météo France

Face au réchauffement climatique, le GAEC du Toine n’abdique pas. “La ferme doit s’adapter pour faire face aux futurs problèmes climatiques. Avec Christian, on réfléchit beaucoup à cette transition durable.” Marion Bonifassi. Récupération des eaux de pluie, changer les sites de cultures et d’autres, les exploitants pensent que des solutions existent et se préparent pour les prochaines saisons.

Un domaine en crise

Si cette aide reste la bienvenue, tous ne s’accordent pas sur son utilité. “On ne va pas s’en plaindre, mais c’est quand-même beaucoup de paperasse pour pas grand chose”, déclare Frédéric Blanchard, éleveur à la ferme du Chêne à Chozeau. Située dans le Nord-Isère, cette élevage de chèvres a touché la somme de 500 euros pour le plan sécheresse en 2020. Frédéric Blanchard considère cette aide comme bienvenue, mais insuffisante pour le milieu agricole. “Je comprends que cette somme soit utile pour les éleveurs de bovins. Ils sont en grande difficulté en ce moment, l’élevage est un domaine en crise majeur, vous savez.”

Bien que le métier d’éleveur traverse une mauvaise passe, Frédéric Blanchard affirme que sa ferme se porte bien. “On tient le coup mais surtout parce qu’on vend nous même notre production. Ceux qui vendent en grande surface subissent la tyrannie des supermarchés”. D’après lui, la loi Egalim de 2018 sur les relations commerciales dans le secteur agricole n’a pas tenu ses promesses car les exploitants “ne touchent pas assez sur les ventes de leurs produits”. Ces propos coïncident avec les revendications récentes des agriculteurs de la région qui ont organisé des manifestations à Clermont le 16 février et le jeudi 25 mars dernier, à l’encontre de cette loi.

Pour l’avenir de la profession, les éleveurs ne sont pas optimistes. “C’est un métier vieillissant, les exploitations ont du mal à trouver de nouveaux preneurs”, déclare Marion Bonifassi. Les chiffres ne mentent pas, le rapport de l’Insee de 2019 le prouve avec une division par quatre du nombre d’agriculteurs exploitants sur les quarante dernières années et plus de la moitié sont âgés de plus de 50 ans.

Infographie : Clément Gazarian – Source : Insee

Si l’ensemble de l’agriculture est en difficulté, le plan sécheresse ne concerne lui que les éleveurs. C’est ce que rappelle Sébastien Bourlestiat, producteur de légumes à Billom (Puy-de-Dôme), qui ne touche pas cette aide. « Je me débrouille sans. Je pense que c’est dommage car tout le monde [agricole] est touché par la sécheresse… mais bon ça ne m’empêche pas de vivre pour autant.” Le producteur auvergnat ne se résigne pas et évoque la manière dont il lutte contre la sécheresse : “Le réchauffement climatique ne date pas d’hier. Cela fait quinze ans que l’on cherche de nouveaux moyens pour pallier ce problème. On cherche des cultures moins gourmandes en eau, on augmente celles de tournesol car elles sont plus résistantes, on se tourne vers les légumineuses…”

À quelques mois de l’été, c’est donc un appel à l’aide globale que lancent les agriculteurs de la région Auvergne-Rhônes-Alpes. Les manifestations de ces derniers mois en sont la preuve, les tensions entre le gouvernement et le milieu agricole sont loin d’être apaisées.

Clément Gazarian et Vincent Maheux



Catégories :Auvergne

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