Culture. La Comédie de Clermont-Ferrand occupée : “Les personnes se sont alliées pour se faire entendre”

Le mouvement “coordination culture danger 63” a pris possession de la salle de spectacle de Clermont-Ferrand, depuis le lundi 15 mars. Ils militent, entre autres, pour réclamer des aides financières afin de combler l’inactivité du secteur de la culture.

La comédie de Clermont-Ferrand est occupée depuis lundi 15 mars. Crédit photo : Culture en Danger 63

La comédie de Clermont-Ferrand est occupée depuis lundi 15 mars. Crédit photo : Culture en Danger 63

La Comédie de Clermont-Ferrand est occupée par au moins 150 personnes depuis le 15 mars, signe d’une détresse du monde du spectacle, mais pas seulement. Cet acte militant a été mûrement réfléchi et est aujourd’hui composé de personnes venant d’horizons différents, mais souffrant tous de la crise sanitaire d’une façon ou d’une autre.

Il y a un an, Emmanuel Macron annonçait un confinement généralisé et national, mettant le monde de la culture en grande difficulté. Malgré une période d’espoir de réouverture de mai à fin octobre, le refus de l’exécutif de rouvrir les lieux de culture à l’issue du deuxième confinement est venu terminer les espérances du secteur.

Afin de protester contre cette décision, les employés du monde de la culture ont décidé de s’unir. Plusieurs associations, dont des syndicats, ont décidé d’occuper des lieux de cultures, notamment des théâtres. Ce mouvement a démarré le jeudi 4 mars au théâtre de l’Odéon, dans le 6ème arrondissement de Paris. Depuis, le nombre de salles occupées ne fait qu’augmenter partout en France, elles sont au nombre de 45 au mardi 16 mars. 

Carte interactive avec les différents lieux d’occupation. Crédit : CGT Spectacle

La Comédie de Clermont-Ferrand est, elle, occupée depuis le lundi 15 mars par la CGT-spectacle et le mouvement “coordination culture danger 63”. Ce dernier regroupe plusieurs collectifs, dont l’élément moteur est la CGT-spectacle.

Un mouvement mûrement réfléchi

Le monde du spectacle est très dispersé avec beaucoup de personnes indépendantes, il y a peu de gens syndiqués dans ce milieu. La CGT spectacle permet de regrouper un maximum de monde. “Nous avons contacté un grand nombre de personnes grâce au listing que le groupe détient, afin de mobiliser toutes les personnes qui souhaitaient rejoindre le mouvement. Cette démarche a commencé à partir du mois de décembre« , déclare Sébastien Guerrier, secrétaire général de la CGT-spectacle Auvergne.

Le théâtre de l’Odéon a été le déclic pour le mouvement, “mais cela fait depuis janvier que l’on y pense, il fallait juste bien s’organiser et se chauffer pour le faire pour de vrai.” Le mouvement avait prévu de faire une action à Clermont-Ferrand “mais il fallait prendre le temps de s’organiser pour suivre le mouvement du mieux possible”, affirme à nouveau Sébastien Guerrier.

 

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Grâce à ce long temps de préparation, l’occupation est bien partie pour durer. Tout d’abord, la Comédie de Clermont-Ferrand a été prévenue à l’avance de leur arrivée et collabore. “Nous sommes occupés de manière consentante, toute l’équipe de la Comédie travaille en coordination avec le mouvement. Les portes restent ouvertes afin qu’ils puissent entrer et sortir comme ils veulent.” déclare Émilie Fernandez, chargée des relations avec les médias de la Comédie.

Une organisation bien huilée

Les dirigeants de la  salle de spectacle font en sorte que l’occupation se passe bien, ils ont délimité un espace pour eux, afin de garantir la sécurité des gens qui travaillent sur le site. Ils sont installés confortablement, par exemple des chaises et des tables ont été mises en place.

Les occupants se sont aussi organisés entre eux afin de garantir un grand nombre de personnes toujours sur le site. “Le nombre d’occupants varie tout le temps. La nuit ce sont environ vingt-cinq personnes qui restent dormir et la journée nous sommes 150 personnes dans les locaux de la comédie. La journée, l’on discute et l’on réfléchit.” Une manifestation est aussi prévue ce week-end à Clermont, “Pour samedi nous sommes en train de préparer la journée d’action, afin de montrer notre mécontentement.” explique Sébastien Guerrier.

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Des revendications multiples

Le mouvement regroupe un collectif de personnes qui défend la cause de la culture, mais pas que. Des associations ont rejoint le mouvement mais aussi des jeunes, des intermittents, des artistes. Les réclamations ne sont pas que portées sur le domaine de la culture, mais aussi sur les des étudiants en détresse. Sébastien Guerrier poursuit en affirmant que “certains jeunes ont rejoint le mouvement, avec notamment la revendication du revenu universel. Les différentes personnes qui connaissaient une période compliquée, se sont alliées pour se faire entendre.”

Les principales demandes des occupants portent par exemple sur la prolongation de l’année blanche, qui avait été mise en place pour le premier confinement, mais arrêtée durant le deuxième confinement. Cette décision avait été jugée très injuste alors que les gens du spectacle n’avaient pas pu reprendre leur travail. Les revendications sont multiples, notamment sur l’augmentation du budget alloué au monde culturel, ainsi que des mesures sociales et autres. Sébastien Guerrier, regrette l’absence de soutien de l’Etat pour le personnel de la culture : “Nous avons aucune aide de l’État, simplement l’indemnité de chômage donc ce n’est pas suffisant, car nous n’avons plus nos salaires habituels. C’est très compliqué !”.

“C’est un rapport de force qui se met en place”

L’objectif est de faire bouger les choses même si l’avenir est toujours incertain au sein du monde de la culture. L’impact du mouvement national est déjà visible car la Ministre de la culture, Roselyne Bachelot, a pu rencontrer le Premier ministre pour discuter de ce sujet. Normalement des annonces devront être faites prochainement concernant le monde de la culture. Sébastien Guerrier affirme que “Ce mouvement a un impact fort en partie grâce à l’espace médiatique et la visibilité. On veut montrer que nous sommes en désaccord avec les choix faits par les politiques.”

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Avec cette organisation rodée, les occupants sont prêts à rester aussi longtemps qu’il le faudra. “Pour l’instant le mouvement n’a pas défini de date de fin d’occupation. On va voir combien de temps l’on va réussir à tenir et combien de temps l’exécutif va tenir aussi de son côté. C’est un rapport de force qui se met en place. Tant qu’ils ne font rien, on ne va pas bouger.”

Clémence Gabory et Hugo Mougin



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