Serge Gainsbourg : retour sur une vie en sept chansons

Il y a 30 ans, le 2 mars 1991, à l’âge de 63 ans, Serge Gainsbourg s’est éteint. L’artiste a écrit pour lui mais aussi pour les autres, toujours en faisant écho à sa propre vie. Retour en musique sur un homme à la vie et à la personnalité décadentes.

Serge Gainsbourg, 1980. Crédit : Getty Images

Serge Gainsbourg, 1980. Crédit : Getty Images

Trente ans après sa mort, le 2 mars 1991, Serge Gainsbourg a laissé une empreinte indélébile dans la sphère musicale française et en dehors des frontières. Qu’on le trouve génial ou insupportable, impossible de rester indifférent devant ses œuvres intemporelles. De ses plus grands succès avec Le Poinçonneur des Lilas (1958) ou La Javanaise (1963). Ses déclarations d’amour avec Initiales B.B (1968), Je t’aime…moi non plus (1970). A tous ses scandales : Aux Armes et caetera (1979), Ecce Homo (1981). La vie de Serge est à l’image de ses chansons : ahurissante.  

« Le poinçonneur des Lilas » : la révélation de Gainsbourg 

En 1958, avec la sortie du titre Le poinçonneur des Lilas, le public français découvre Serge Gainsbourg. Alors âgé de 30 ans, il a déjà travaillé en tant que musicien dans le cabaret de travesti “Madame Arthur”, à Pigalle. Il a ensuite obtenu un nouvel emploi au « Milord l’Arsouille » dans le 1er arrondissement de Paris. Le cabaret est plus en vogue. Là-bas, sont nés les plus grands de la chanson française comme Jacques Brel ou Léo Ferré. C’est là qu’il fait la rencontre de Boris Vian.

Le jeune artiste a une présence atypique sur scène, il rend mal à l’aise le spectateur avec des textes provocateurs et cyniques bien loin du répertoire des vedettes de l’époque. Gainsbourg est stupéfait. C’est Vian qui le motivera à écrire. Mort de trac mais poussé par ses camarades, il interprétera sur scène son propre répertoire avec Le poinçonneur des Lilas. C’est le début de sa carrière d’interprète.


« Rock around the bunker » : une enfance sous l’occupation

Serge Gainsbourg est en réalité né en 1928 sous le nom de Lucien Ginsburg, fils d’immigrés juifs. Ses parents ont fui la Russie bolchevique en 1919 pour la France. C’est son père, musicien, qui va l’initier au piano, puis à d’autres formes d’arts comme la peinture et la sculpture. Le début de la seconde guerre mondiale et l’occupation allemande vont venir stopper les grandes ambitions du père pour son fils. En juillet 1942, la famille Ginsburg échappe à la rafle du Vel d’Hiv et les parents envoient leurs enfants dans de nouveaux établissements scolaires sous une fausse identité. En 1975, 30 ans après la fin de la guerre sort le titre Rock around the bunker, une démarche punk avant l’heure dans laquelle il veut exorciser son enfance juive. Le titre est mal reçu par le public et sera un échec commercial.

« Poupée de cire, poupée de son » : celui que l’on s’arrache 

En 1961, Serge Gainsbourg sort son troisième album L’Étonnant Serge Gainsbourg,  qui ne connaîtra pas de réel succès. Il ne vit pas de sa musique et habite encore chez ses parents. Sa carrière d’interprète ne décolle pas. Il décide alors de laisser prendre le risque de chanter ses textes à de jeunes talents. C’est en en 1965, à l’occasion de l’Eurovision de la chanson, qu’il va écrire Poupée de cire, poupée de son pour la jeune France Gall, encore inconnue à l’époque. C’est un véritable succès. Il devient alors celui que chanteuses et actrices s’arrachent. C’est grâce à ses textes qu’il va réellement se faire un nom.

Par la suite, il écrira de nouveau pour France Gall et notamment le titre Les sucettes en 1966. La chanson fait scandale par son double sens. Le premier, une jeune fille friande de sucettes à l’anis qu’elle va acheter au drugstore du coin. Le deuxième aux allusions plus érotiques. Le titre va frôler la censure et aura un impact sur l’image de la jeune France Gall. Françoise Hardy chantera Comment te dire adieu en 1968 et Isabelle Adjani Pull Marine en 1986. Catherine Deneuve deviendra une véritable amie quelques années plus tard et ils chanteront ensemble Dieu fumeur de havanes.

« Je t’aime… moi non plus » : un homme romantique 

“Écris-moi la plus belle chanson d’amour que tu puisses imaginer.” A la demande de Brigitte Bardot, il écrit Je t’aime… moi non plus en 1963. “Je t’aime” pour la passion amoureuse entre les deux amants, “moi non plus” pour la pudeur de Serge. L’artiste a toujours eu la conviction de sa laideur. Moqué pour son grand nez et ses oreilles de choux, son physique était un frein au début de sa carrière. Mais, sous les conseils de Jacques Brel, il se met à écrire des chansons d’amour pour conquérir davantage le public et les jeunes femmes.

Le succès est au rendez-vous. Sa laideur deviendra alors un atout. Il entretiendra une liaison secrète avec Brigitte Bardot jusqu’au début des années 1968 avant de faire la rencontre de Jane Birkin sur le film “Slogan” de Pierre Grimblat. Le couple à l’écran en devient un dans la vie. Il va offrir à Jane la plus belle des chansons d’amour, celle qu’il avait écrite pour Bardot. En 1969, sort Je t’aime… moi non plus mais cette fois, il s’agit de l’amour de Serge et Jane Birkin. Une chanson synonyme du romantisme à la Gainsbourg pour ses deux muses.

« Histoire de Melody Nelson » : le coup de génie 

En 1970, Serge Gainsbourg aborde la nouvelle décennie avec un virage brutal. Le public découvre la nouvelle muse de l’artiste, la jeune anglaise Jane Birkin en mythique Lolita. Gainsbourg a 41 ans, il a du succès et les moyens à la hauteur de ses ambitions. Toujours dans l’optique d’impressionner sa nouvelle compagne, il imagine un projet bien loin des compositions de l’époque. C’est la naissance de l’album visionnaire pour l’époque, Histoire de Melody Nelson. Sept titres en langage parlé qui racontent une histoire. Le concept attise la curiosité mais reste peu séduisant lors de sa sortie en mars 1971. L’œuvre n’en est pas moins avant-gardiste et est devenue une référence. Les titres sont qualifiés par la presse de “poèmes symphoniques de l’âge pop”

« Aux armes et cætera » : le scandale 

En 1979, sort la scandaleuse Aux armes et cætera, une version reggae de La Marseillaise. Gainsbourg se rend à Kingston en Jamaïque pour enregistrer son nouvel album aux tonalités reggae. L’enregistrement de l’album se fera en une semaine. Il arrive au studio seulement avec le titre des chansons, sans rien avoir écrit. C’est durant ses nuits d’écriture nocturnes que lui viendra l’idée de reprendre l’hymne national. Le titre connaîtra un véritable succès auprès des jeunes mais provoquera un séisme national.

Sous pression de l’extrême droite, le concert au Hall Rhénus à Strasbourg sera annulé. Mais rien n’arrête l’artiste, il chantera tout de même a capella devant la salle de spectacle. Pour faire face à ses détracteurs et montrer sa légitimité de chanter la Marseillaise, il achètera le manuscrit original dans une vente aux enchères. Ces polémiques ne vont pas entacher la popularité de Serge. À 50 ans passés, il est la nouvelle idole des jeunes. 

« Ecce Homo » : Gainsbarre l’alter ego 

Se sentant artiste incompris après les polémiques sur son titre Aux armes et cætera, Gainsbourg se réfugie dans une vie de noctambule consommant encore plus de drogues et d’alcool. C’est le début d’une autodestruction et de la révélation de son alter ego, le fameux “Ginsbarre”. Il évoquera le personnage de l’artiste maudit, provocateur, ivre et mal rasé pour la première fois dans son titre Ecce Homo en 1981. 

“L’insupportable Ginsbarre”, comme le surnommaient ses proches, un masque qu’il a du mal à enlever dans la sphère privée. Une situation qui mènera le couple mythique Gainsbourg/Birkin au divorce en mai 1980. “J’ai beaucoup aimé Gainsbourg mais j’avais peur de Gainsbarre”, avouera Jane Birkin dans le documentaire Gainsbourg, une vie, diffusé sur France 3. Même s’ils ne vivent plus ensemble, Gainsbourg continuera d’écrire pour Jane. Leur histoire d’amour s’est prolongée à travers la musique. L’alcool et le travail rythment désormais la fin de la vie de Gainsbourg. Il va apparaître très provocateur à la télévision comme en mars 1980 sur le plateau de l’émission 7/7 où l’artiste brûle un billet de 500 francs en direct. Il va continuer d’écrire pour lui, en se frottant à de nouveaux genres musicaux comme le hip hop et le funk, mais aussi pour les autres. Il va écrire notamment l’album “Tandem” de Vanessa Paradis. 

Serge Gainsbourg s’est éteint le 2 mars 1991 au 5 bis rue Verneuil, à Paris d’une énième crise cardiaque. “L’homme à la tête de chou” à la vie privée et publique hors norme continue d’influencer et de fasciner. Le mythe n’est définitivement pas près de s’éteindre.

Océane Guyon



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