Etats-Unis : Covid, économie, climat… : les sept principaux défis du mandat de Joe Biden

Joe Biden est devenu le nouveau Président des Etats-Unis d’Amérique mercredi 20 janvier 2021 à 17h40 (heure française) à Washington. Quatre années plutôt chargées l’attendent. Covid-19, Vaccins, Immigration… le nouvel occupant de la Maison Blanche a d’ores et déjà choisi les premiers sujets auxquels il a l’intention de s’atteler.

Oman, jeune américaine étudiante au DUT journalisme de Vichy, assiste à la cérémonie d'investiture de Joe Biden, le 20 janvier 2021. Photo: Hugo Mougin

Oman, jeune américaine étudiante au DUT journalisme de Vichy, assiste à la cérémonie d’investiture de Joe Biden, le 20 janvier 2021. Photo: Hugo Mougin

Bien avant son investiture, le démocrate Joe Biden avait annoncé vouloir faire bouger les choses aux Etats-Unis. Le natif de Pennsylvanie, devenu président ce mercredi 20 janvier 2021, a déjà dévoilé la politique qu’il veut mener. De nombreux défis seront à relever notamment en termes de politique internationale, domaine dans lequel son prédécesseur n’avait pas du tout la même vision des choses. Des changements internes aux Etats-Unis sont aussi à prévoir dans un pays qui n’a jamais semblé aussi divisé. 

 Joe Biden a commencé à signer un grand nombre de décrets dans les 100 premiers jours de son mandat. Aide à l’alimentation, aide aux logements, report du remboursement des prêts étudiants, il va devoir agir vite et faire dépenser beaucoup à son pays pour essayer de le relever.

1 – La gestion de la crise du Covid-19 comme urgence

Les Etats-Unis sont de loin le pays le plus touché par la pandémie de Covid-19, que ce soit en termes de morts ou de nombre de cas. C’est pour cette raison que le démocrate s’est placé en faveur du port du masque dès le début de sa campagne à la différence de son prédécesseur, Donald Trump, fermement hostile. Joe Biden reprochait au républicain d’avoir “abandonné l’Amérique”. 

Le nouveau président va donc devoir essayer d’endiguer l’épidémie, ou au moins de la freiner, pour gagner du temps dans la mise en place du système vaccinal. Joe Biden a annoncé la stratégie qu’il voulait mettre en place, vendredi 15 janvier 2021, cinq jours avant son investiture. Son objectif est de vacciner 100 millions d’américains en 100 jours, quitte à faire appel à des entreprises privées pour accélérer le rythme de vaccination.

Juste après avoir été investi, le Président des Etats-Unis a signé un grand nombre de décrets. L’un d’eux imposant le port du masque et la distanciation sociale dans tous les bâtiments fédéraux et à tous leurs employés.

La gestion de la crise a d’ailleurs été mise en  œuvre dès la cérémonie d’investiture. Pour remplacer le public, interdit en raison de la crise sanitaire, des milliers de drapeaux ont été installés place du Capitole. Joe Biden a également honoré les morts du Covid à travers un moment de silence au cours de son discours. Il a également assuré que son pays pouvait “ surmonter ce virus mortel”. 

Moins d’une heure après la fin de la cérémonie, Joe Biden déclarait : “Il n’y a pas de temps à perdre quand il s’agit de s’attaquer à la crise à laquelle nous faisons face.”

Du côté des Américains aussi, on attend beaucoup de Joe Biden dans la gestion de la crise. Oman Al Yahyai, jeune étudiante américaine au sein du DUT journalisme de Vichy, explique : « J’attends que Joe Biden gère bien la pandémie comparé à Trump. Je veux qu’il oblige le masque partout et qu’il interdise chaque voyage qui n’est pas nécessaire.”

Au niveau de la santé, en plus de la gestion de la crise sanitaire, Biden et son administration ont annoncé vouloir remettre en place la contribution financière que les Etats-Unis versaient à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) jusqu’en juillet 2020. C’était son prédécesseur, Donald Trump, qui avait décidé de ne plus la verser prétextant que cela coûtait trop cher et que le pays n’en retirait rien.

2 – La relance économique du pays au centre du mandat

Pendant sa campagne, Joe Biden avait également annoncé qu’il développerait un plan d’aide économique massif pour son pays. La pandémie de Covid-19 n’a effectivement pas aidé le pays dont le taux de chômage est passé de 3,5% en février 2020 a 6,7% en janvier 2021 après avoir atteint son pic de 7,9% au mois de novembre 2020. Si sa proposition de budget est approuvée par le Sénat dans les prochaines semaines, le 46e président des Etats-Unis dédiera plus de 190 00 milliards de dollars à la relance économique de son pays. Selon Richard Latendresse, journaliste correspondant à Washington pour la chaîne canadienne TVA, il ne faut pas crier victoire trop vite.

Comme les démocrates tiennent de très minces majorités à la Chambre des représentants et au Sénat, la marge de manœuvre du président sera très limitée.“ – Richard Latendresse, journaliste à Washington

La crise du Covid a effectivement précipité le pays dans une phase critique économiquement à laquelle il n’était pas préparé. “La pandémie a non seulement poussé au chômage des millions d’Américains, mais a aussi déconstruit, en partie, la structure économique américaine, accélérant des processus comme le passage du commerce de détail ‘en personne’ au magasinage virtuel”, explique le journaliste. “Le président Biden devra trouver la formule pour remettre sur le marché de l’emploi des travailleurs avec des compétences professionnelles de moins en moins nécessaires.

3 – Le retour de l’environnement à l’agenda politique

En plus de redevenir une grande puissance économique, Joe Biden a pour ambition de transformer son pays en un acteur environnemental mondial. Il avait effectivement déclaré que les Etats-Unis seraient de retour dans les accords de Paris aussitôt que possible, cela devrait être effectif le 19 février prochain. Le 20 janvier 2021, date de son investiture, Joe Biden a adressé formellement à l’ONU une demande de réintégrer l’accord de Paris.  Pour rappel, le pays a quitté cet accord le 4 novembre 2020 à la demande de Donald Trump. 

Il a aussi révoqué l’autorisation donnée par Donald Trump au projet d’oléoduc Keystone XL, entre les Etats-Unis et le Canada. Joe Biden s’est entretenu vendredi dernier avec le premier ministre canadien, Justin Trudeau, qui s’est dit « déçu » par la décision du nouveau président américain.

4 – Le mandat de la diversité

Autre enjeu majeur pour l’administration Biden : la diversité. Donald Trump, son prédécesseur n’était pas connu pour son inclusivité envers les femmes ou les minorités. Le démocrate lui a décidé d’inverser la tendance. Il a effectivement dévoilé il y a plusieurs mois que son administration sera en grande partie féminine, une grande différence par rapport à celle de Trump, qui n’en comptait qu’une dizaine. Il faut aussi noter que le président a nommé la première amérindienne au poste de ministre : Deb Haaland dirigera le ministère des Ressources naturelles. Pete Buttigieg, homme politique ouvertement homosexuel, prendra, lui, en charge le ministère des Transports.

En matière de diversité, il faut bien évidemment noter l’événement qui a eu lieu le 20 janvier 2021, les Américains ont investi la première femme vice-présidente de l’histoire Kamalaa Harris.

5 – Une ouverture sur les questions d’immigration

En termes d’ouverture à l’immigration, Joe Biden devrait se placer à 180° de la position de l’administration Trump : consolidation du statut des Dreamers (le terme désigne les immigrants venus avec leurs parents lorsqu’ils étaient enfants et qui n’ont vécu et ne connaissent que les États-Unis) voie vers la naturalisation pour les 11 à 12 millions de sans-papiers et fin du très controversé « Muslim ban ». Ce décret signé par Donald Trump interdisait de rentrer sur le territoire américain pour les citoyens des pays de l’Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie, et Yémen. Ces citoyens de ces pays musulmans étaient considérés par l’ancien président des Etats-Unis comme les plus susceptibles de commettre un attentat sur le sol américain.

Le nouveau président est aussi bien décidé à en finir avec “le suprématisme blanc” et “l’horrible réalité du racisme qui nous a longtemps déchirés”. Selon le journaliste Canadien Richard Latendresse, Joe Biden adoptera bien “Une attitude d’ouverture qui sera diamétralement opposée à celle vue et entendue au cours des 4 dernières années.

Concernée au premier plan par les questions d’immigration, Oman, originaire du pays du même nom et arrivée aux Etats-Unis à 5 ans, souhaite que son pays devienne un exemple : “J’espère vraiment qu’il sera beaucoup plus ouvert par rapport à l’immigration”, s’exprime la jeune femme avant de conclure. “Je suis sûre que le pays va beaucoup s’améliorer en tout point avec Joe Biden.”

6 – Un changement de stratégie internationale

Joe Biden va tenter de renouer le dialogue avec de nombreux alliés des Américains. Il a en premier lieu immédiatement suspendu les travaux du mur voulu par Donald Trump qui devait séparer les Etats-Unis et le Mexique par décret.

Les politiques de Joe Biden et Donald Trump devraient cependant se ressembler sur un point : les relations avec la Chine. Interrogé sur le sujet, Richard Latendresse explique qu’elles resteront “semblables à celle de son prédécesseur sans les tarifs jugés improductifs. Les démocrates semblent aussi méfiants à l’égard de la Chine que les républicains.” Il existera cependant une nuance non négligeable. “Tout sera dans le ton toutefois : Donald Trump, après avoir flatté Xi Jinping et tenté de développer une ‘diplomatie personnalisée’, s’est mis à exprimer des propos durs et agressifs à l’égard des Chinois qui ne les ont certainement pas incités à la négociation et au compromis.”

Le dossier très épineux de l’Iran devrait aussi bientôt être étudié par le président des Etats-Unis. Il voudrait renouer le dialogue avec les Iraniens concernant les sanctions imposées par Donald Trump et l’accord de dénucléarisation signé en 2015. Il sera épaulé dans cette tâche compliquée par John Kerry, un proche collaborateur de Barack Obama quand ce dernier était président, celui même qui avait conclu cet accord sur le nucléaire iranien.

7 – L’unité du peuple américain

Un seul  mot est nécessaire pour définir le discours  d’investiture de 22 minutes du nouveau président : unité. Le démocrate souhaite que son mandat rassemble les citoyens américains. Quinze jours après l’assaut du Capitole, Biden a tenu à rappeler qu’il serait “le président de tous les Américains.” Joe Biden sera-t-il capable de rassembler tout un pays ? Une chose est sûre, il semble motivé à y parvenir. Dans son discours du 20 janvier, il a expliqué qu’il se battrait tout au long de son mandat pour “revoir (les américains) unis et indivisibles”. L’une de ses phrases annonçait d’ailleurs clairement sa volonté fédératrice : J’appelle l’Amérique à l’unité et je mettrai toute mon âme à vous réunir ». 

Le président démocrate va vite devoir se confronter aux profondes divisions entre ses compatriotes. “Une forte majorité des 74 millions d’électeurs qui ont choisi son rival républicain conteste sa légitimité et continue de prétendre que Donald Trump a été victime de fraude et s’est fait voler la victoire à l’élection présidentielle.”, explique Richard Latendresse. “Joe Biden devra trouver le moyen d’apaiser ces Américains qui doutent de lui, ce qui pourrait passer par des succès rapides en matière de création d’emplois et de relance de l’économie.”, conclut le journaliste. 

Quant à savoir si le démocrate Joe Biden sera réellement capable de mettre toutes ces réformes en place et de réunir les Américains autour de lui, la réponse est directe. “C’est la question à un million de dollars.”,  s’exclame Richard Latendresse  “Ce sera extrêmement difficile, ce d’autant plus que je m’attends à ce que Donald Trump, de sa retraite floridienne, persiste à jeter de l’huile sur le feu.”, imagine le journaliste, “Cela dit, le profil personnel de Joe Biden – homme blanc de classe moyenne, politicien expérimenté et modéré – le place en meilleure position que quiconque pour entamer ce processus de réconciliation dont les Américains ont grand besoin.”

Louise Cordier et Hugo Mougin



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