Brexit : ce qui va changer avec la fin du programme Erasmus

Le 1er janvier 2021 marque la fin de la participation du Royaume-Uni au programme d’échange universitaire européen, Erasmus+. C’est l’un des termes du Brexit qui aura un impact considérable dans la mobilité des jeunes européens. Le Royaume-Uni compte actuellement 150 000 étudiants européens dans ses établissements d’enseignement supérieurs.

Le divorce entre le Royaume-Uni et le programme Erasmus+ remet en question la mobilité des étudiants européens. Crédits : Getty Images

Le divorce entre le Royaume-Uni et le programme Erasmus+ remet en question la mobilité des étudiants européens. Crédits : Getty Images

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a signé l’accord avec l’Union européenne au sujet du Brexit le 24 décembre 2020 ce qui confirme la fin du programme Erasmus+ pour le Royaume-Uni. Ce choix a surpris de nombreux spécialistes, d’autant qu’il y a tout juste un an, Boris Johnson affirmait que la participation au programme n’était “pas en danger”.   

Le Royaume-Uni faisait partie du programme Erasmus+ depuis 1987 et a contribué à la réussite européenne en favorisant la mixité et la mobilité des jeunes. Le Royaume-Uni a longtemps fait figure de destination privilégiée pour les étudiants européens,  soit 36 000 chaque année. Le pays était la deuxième destination choisie par les Français participant au programme avec environ 10 000 étudiants. Afin de clore cet échange de la meilleure façon qu’il soit, les nouvelles modalités débuteront à l’issue de l’année universitaire 2021-2022, ce qui permet aux étudiants de terminer l’année déjà en cours. Il sera toujours possible d’étudier dans le pays anglophone mais dans des conditions tout à fait différentes : moins avantageuses et plus onéreuses. 

1. L’augmentation des frais de scolarité

Le programme Erasmus+ permet aux étudiants européens d’effectuer jusqu’à une année scolaire complète dans un établissement des pays membres au même prix que les frais d’inscription de leur pays d’origine. Ces frais étant plus ou moins importants selon les pays, cette clause permet un accès aux étudiants, de toute origine sociale, à un enseignement international. Les frais de scolarité sont particulièrement élevés dans certaines universités britanniques pouvant aller jusqu’à 10 000 euros. Comme l’indique le site français dédié aux conséquences du Brexit, à partir de l’année universitaire 2021/2022, les étudiants européens voulant aller s’instruire dans une université britannique devront payer les frais de scolarité appliqués aux étudiants internationaux. Cette clause marque donc un frein pour un certain nombre d’étudiants désireux de se rendre outre Manche. Les plus modestes devront se diriger vers d’autres pays anglophones membres de l’Union comme l’Irlande ou l’Ecosse.

2. L’obtention d’un visa étudiant

Autre changement pour pouvoir étudier au Royaume-Uni : l’obtention obligatoire d’un visa universitaire lorsque le séjour est supérieur à 6 mois. Ce visa ne pourra être délivré que si l’étudiant est accepté dans l’établissement d’enseignement supérieur britannique et s’il est capable de financer son séjour d’étude. Il doit également savoir parler, lire et comprendre l’anglais. Pour cela, l’étudiant devra être capable de présenter un certificat d’anglais. Le plus répandu est le TOEFL (Test of English as a Foreign Language) qui est à réaliser en ligne et dont le prix varie entre 119 et 186 euros. Le coût du visa est estimé à 385 euros sans compter le montant pour bénéficier du service de santé public estimé à environ 557 euros. Un frein supplémentaire à la mobilité des jeunes qui touche davantage les plus modestes. A noter que lorsque le séjour est d’une durée inférieure à 6 mois, aucun visa n’est requis.

3. La fin de la bourse mensuelle pour les étudiants français

Le Royaume-Uni était la destination préférée des étudiants français après l’Espagne. Avec le retrait du programme d’échange universitaire Erasmus+, les étudiants français ne pourront plus bénéficier de la bourse mensuelle que leur accordait la France. Elle avait pour but de les accompagner dans leur mobilité et faire face au coût de la vie quotidienne parfois élevé dans des villes comme Londres. Les étudiants pouvaient recevoir entre 150 et 300 euros par mois et jusqu’à 450 euros pour les étudiants stagiaires. Une difficulté supplémentaire qui entachera les relations universitaires entre français et britanniques. 

4. L’impact sur la reconnaissance des diplômes

Il est tout de même essentiel de rappeler que la décision des Britanniques de quitter Erasmus+ n’aura pas d’impact sur la reconnaissance des futurs diplômes obtenus sur place par les étudiants Français. Au sein de l’Union Européenne, le système ECTS (European Credit Transfer System) permet une reconnaissance automatique des diplômes des 28 pays membres. Afin de limiter les conséquences du Brexit et faire perdurer la reconnaissance des diplômes ECTS, les établissements européens vont devoir négocier avec les universités britanniques mais ces négociations ne seront jamais aussi avantageuses que le programme Erasmus+. Michel Barnier, négociateur en chef des relations menées pour les négociations du Brexit, déplore de ne pas avoir réussi à négocier cette clause et considère la fin de ce programme comme un échec. 

5. Un nouveau programme international pour les étudiants britanniques

Si en janvier dernier, le Premier ministre britannique avait assuré devant la Chambre des communes que la participation du pays à ce programme n’était « pas en danger », c’est un tout autre discours qui s’est illustré ce 1er janvier 2021. Boris Johnson a justifié sa décision de retrait par la nécessité de réaliser une économie budgétaire en supprimant le coût d’adhésion à un dispositif dont les étudiants britanniques bénéficient peu. Les conséquences sont importantes pour les étudiants britanniques qui ne pourront plus bénéficier du programme d’échange européen. En 2019, c’est pourtant 55 000 jeunes britanniques qui participaient au programme Erasmus. La même année, la chambre des Lords s’était penchée sur le sujet des retombées de la fin du programme Erasmus. Elle avait estimé dans son rapport que l’arrêt d’Erasmus pourrait affecter de manière disproportionnée les personnes issues de milieux défavorisés. La jeunesse anglaise avait voté majoritairement contre le Brexit car elle voulait justement continuer à bénéficier de ce programme d’échange. 

Pour que ses propres étudiants puissent travailler en Europe, le Royaume Uni devrait lancer un nouveau programme qui sera baptisé « Alan Turing », en hommage au célèbre mathématicien britannique. Selon le Premier ministre, ce nouveau programme offrira “la possibilité non seulement d’aller dans les universités européennes mais dans les meilleures universités du monde” pour les étudiants britanniques. Le programme s’ouvrirait aux universités du monde entier et plus seulement en Europe. Beaucoup d’ambitions mais pour l’instant les modalités de ce nouveau programme sont floues. À l’inverse, le pays n’a pas prévu de programme pour attirer les étudiants étrangers, risquant de se priver de nombreux talents étrangers. 

Pour l’heure, seul un accord avec l’Irlande a été décrété pour que les étudiants nord-irlandais puissent continuer à bénéficier du programme Erasmus+ et aient également la possibilité d’étudier au Royaume Uni à bas prix.

Benjamin Ducornait et Océane Guyon



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