« Je suis au RSA » : face au Covid-19, la galère des jeunes compagnies du spectacle vivant

Le 15 décembre devait être le symbole d’une réouverture pour les cinémas, théâtres et autres musées. Mais le gouvernement, au vu de l’évolution de la situation épidémique, a repoussé au 7 janvier l’accès à ces lieux culturels pour les spectateurs. Une situation pesante et interminable pour tout un secteur.

Extrait photo des Extrait premières représentations du spectacle de la compagnie Suspiri. Photo : Lucile Mouzac

Extrait photo des Extrait premières représentations du spectacle de la compagnie Suspiri. Photo : Lucile Mouzac

C’est le brouillard, on a aucune garantie.” Voilà comment Damien Caufepé, artiste de cirque depuis 20 ans, actif pour deux compagnies émergentes à Bordeaux et dans le Gers, mais également metteur en scène, résume l’année 2020. “Généralement dans nos métiers, une année prépare l’autre mais cette année, on ne voit pas où on va”, ajoute t- il. Les annonces faites par Jean Castex, jeudi 10 décembre, entérinent les derniers espoirs pour les artistes de se présenter sur scène avant 2021. En effet, le Premier Ministre a indiqué que les salles de cinémas, théâtres et musées, qui devaient initialement ouvrir le 15 décembre, devront patienter a minima jusqu’au 7 janvier en fonction de l’évolution de la crise sanitaire.

« Pas de spectacles donc pas de recettes »

Les annonces viennent s’ajouter à un constat au goût amer, partagé par l’ensemble des professionnels. Les compagnies émergentes et surtout les artistes qui les composent ont été les premiers touchés par l’instauration d’un deuxième confinement fin octobre. “L’année 2020 est une année inexistante en termes d’entrées d’argent. Pas de spectacles donc pas de recettes. Étant intermittent, pour l’instant j’ai des indemnités à hauteur de 1290 euros net par mois. Mais on reste des précaires”, souligne Damien Caufepé. Ces indemnités obtenues grâce au statut d’intermittent du spectacle ne bénéficient pas à tous. Pour le devenir, il faut déclarer, sur une année, 507 heures travaillées. Cela  représente une quarantaine de spectacles, selon Damien Caufepé.

Les indemnités sont une bouée de sauvetage pour bon nombre d’artistes mais la crise du Covid-19 est venue tout chambouler. Énormément de bénéficiaires n’ont pas pu représenter sur scène leurs spectacles. Par conséquent, ils n’ont pas pu déclarer le nombre d’heures suffisantes pour être éligible au statut d’intermittent et l’ont perdu. C’est notamment le cas de Lucile Mouzac, danseuse circassienne, qui a créé en 2018 la compagnie Suspiri. “J’ai perdu mon statut en octobre 2019 puisque je créais ma compagnie. Et en 2020 avec le coronavirus, les spectacles ont été annulés.” 

« Du coup, je n’ai pas pu déclarer mes heures pour devenir intermittente. Je suis donc au RSA.” – Lucile Mouzac, danseuse circassienne

Néanmoins, 2020, considéré comme une année blanche, reste un sursis pour les artistes. La perte du statut d’intermittent du spectacle a été gelée en raison de la crise sanitaire et les bénéficiaires peuvent prolonger leurs droits à l’assurance chômage d’un an, soit jusqu’au 31 août 2021. De plus, les compagnies émergentes sont peu, voire pas soutenues par les structures (théâtres, résidences structurées, subventions régionales, la DRAC…) car elles débutent. Par exemple, la Région Nouvelle-Aquitaine, où est basée la compagnie de Lucile Mouzac, subventionne uniquement les compagnies jugées prioritaires ayant des projets déjà installés. Un cercle vicieux s’installe donc pour les nouvelles compagnies puisque avec la situation actuelle, les artistes ne peuvent pas montrer leur travail, donc ils ne peuvent pas toucher d’aides et les compagnies non plus.

J’ai eu des aides pour ma compagnie bordelaise qui à 20 ans. Par contre, je n’ai rien touché pour ma petite compagnie beaucoup plus récente dans le Gers”, confirme Damien. L’horizon est donc pour lui clairsemé puisque Smart Cie, sa troupe girondine restera en vie jusqu’en 2023 minimum grâce aux aides tandis que l’avenir de sa deuxième compagnie semble beaucoup plus incertain. Ce phénomène montre les difficultés supplémentaires des compagnies émergentes pour survivre. L’argent manque dans ce milieu précaire. Les nouvelles compagnies sont reléguées au second plan derrière les troupes les plus anciennes et devront se contenter de miettes pour se maintenir en vie.

Un regain d’espoir ?

Malgré des difficultés morales et financières, ce deuxième confinement a semblé un peu plus facile à vivre pour les artistes. La raison ? Le maintien des résidences, c’est-à-dire les lieux accueillant les artistes lors de leurs sessions de création et de répétition. C’est le cas de la résidence Obro, gérée par Bart et Marie depuis quatre ans dans la commune de Saint-Cyr en Haute-Vienne. “Pour le confinement de novembre, on a accueilli sept personnes lors de quatre résidences. Cela contraste avec le premier confinement où on ne pouvait réceptionner personne”, nous expliquent- ils.

Aider les compagnies émergentes, telle est la démarche solidaire de ce lieu. “Il y a eu une ruée des artistes vers ces lieux pour créer. Même les théâtres se sont impliqués en proposant leurs locaux fermés aux artistes”, ajoute Lucile. En attendant les retours des spectacles et des démonstrations en public, les artistes tentent de rester positifs. “Mes prochaines dates sont au mois de mars donc si tout va bien on jouera dans quelques mois. Il faut réussir à garder le moral et rester solidaire. Certains vivent pire”, conclut Damien Caufepé, plein d’espoir. 

Clément Canaux et Sara Jardinier



Catégories :L'Evenement

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