Le sport amateur, victime collatérale du confinement

Alors que le président de la République Française annonçait le 28 octobre dernier un nouveau confinement d’une durée minimum d’un mois, le sport amateur s’est arrêté et se retrouve aujourd’hui en danger. Entre sentiment de nécessité sanitaire et complications liées à cet arrêt, les acteurs du sport amateur s’inquiètent de cette nouvelle suspension brutale.

De nombreuses structures du sport amateur ont été mises en difficulté par les deux confinements de l’année 2020.

Un second coup de massue est venu frapper le monde du sport le 28 octobre dernier. Alors qu’ils avaient été autorisés à reprendre après un premier confinement compliqué, les sportifs ont à nouveau du ranger leur matériel pour une durée d’un mois minimum. Si les compétitions professionnelles ont été maintenues, le calendrier amateur a lui été mis en suspens avec l’annonce de cette deuxième période d’isolement obligatoire.

Une forme d’injustice a été ressentie par les petites associations qui dénoncent des mesures à deux vitesses. Tout sport collectif et/ou en salle devait cesser immédiatement, ce qui représente une grande partie du sport en général. Lors de la première phase de ce nouveau confinement, seuls les sports pratiqués individuellement en plein air restaient autorisés, en étant bien sûr muni de son attestation, d’être dans un rayon de 1 kilomètre autour son domicile et pas plus d’une heure par jour. Tous les sports pratiqués en association étaient donc interdits, mettant en péril leur équilibre, déjà fragilisé par le premier confinement. 

Des répercussions économiques importantes

Lors d’une réunion avec les acteurs du sport amateur et professionnel le 17 novembre dernier, Emmanuel Macron a annoncé que 400 Millions d’euros allaient être débloqués, accompagnés d’autres avantages fiscaux. Malgré ces promesses, l’équilibre financier des petites associations, constituantes majeures du sport amateur, est très précaire. Alors que le premier confinement avait déjà fait un gros trou dans les caisses, le deuxième pourrait porter le coup fatal. En effet, sans match il n’y a pas de rentrées possibles à partir des ventes de tickets ou de restauration sur place. Ces revenus ne représentent qu’une petite part des recettes.

Le plus gros problème reste que les manifestations prévues n’ont pu avoir lieu, alors qu’elles permettent aux structures d’être stables financièrement. “Nous avons dû supprimer ou mettre en attente toutes les manifestations que nous avions prévues pour cette fin d’année 2020, témoigne Jérôme Étaix, président du Coteau Basket, limitrophe de la ville de Roanne dans la Loire (42). Une grande marche aurait dû être tenue le 25 octobre dernier mais elle a été annulée. Une animation autour des huîtres doit se tenir aussi le 15 décembre mais pour l’instant elle paraît très compromise.”

Ces événements peuvent paraître éloignés de notre sport au départ, mais c’est ce qui permet à notre club de survivre financièrement.” Jérôme Étaix

Les sponsors pourraient aussi avoir du mal à suivre les petits clubs. Beaucoup de petits commerçants locaux étaient sponsors de ces structures et leur assuraient des revenus fixes. Mais la crise liée au COVID-19 est passée par là et beaucoup de petits commerces ont été contraints de fermer durant cette période.  Beaucoup d’entre eux n’ont donc plus la ressource suffisante pour financer le petit club du village. “Il faudra trouver des aides complémentaires car certains sponsors ne peuvent plus assurer au niveau où ils étaient avant et pas sûr que les instances locales que sont la mairie, les conseils départementaux et régionaux puissent tout compenser, et encore moins l’Etat ou la FFF”, témoigne Jean-Philippe Lasne, coach senior et membre du bureau directeur du club de football de l’Olympique Le Coteau. 

En début de saison, Jean-Philippe Lasne (en bas à droite) et ses joueurs devaient porter leur masque aux couleurs costelloises jusqu’au début du match et aussi sur le banc de touche. Photo : J.M Pouxe

En début de saison, Jean-Philippe Lasne (en bas à droite) et ses joueurs devaient porter leur masque aux couleurs costelloises jusqu’au début du match et aussi sur le banc de touche. Photo : J.M Pouxe

“De leurs côtés, la Ligue et le district ont fait des efforts mais cela ne suffira pas. Fin août, la situation était correcte mais pour qu’elle le reste il aurait fallu que la saison soit complète… ce n’est plus le cas”, poursuit Jean-Philippe Lasne, avant de conclure ironiquement : “Il n’y a pas eu de sortie d’argent pour les sanctions comme des cartons ou des amendes, c’est bien le seul point positif à retenir !”

“Cela permet de se vider la tête”

L’arrêt de la pratique sportive vient encore alourdir les conséquences du confinement. Le sport amateur permet de créer un lien social, largement rompu pendant cette période. Le fait de se retrouver avec ses coéquipiers, ou même des adversaires, permet aux sportifs de se vider la tête et de passer un bon moment. Alors que les études récentes montrent un fort regain des troubles mentaux, de la dépression notamment, le sport aurait pu aider à éviter certains d’entre eux. “Je suis quand même assez déçu de ne plus pouvoir jouer au basket. Certes je ne joue qu’en amateur, mais ça reste un sport collectif qui permet de se vider la tête mais aussi de passer de bons moments avec mes coéquipiers.” explique Pierre Fargetton, joueur de basket senior : “J’essaie tout de même de continuer à faire un peu de sport en allant courir et en faisant un peu de renforcement musculaire pour garder un minimum la forme.”

Dans l’ensemble, les acteurs du sport amateur ont l’impression de subir un second choc. Alors qu’ils avaient réussi à bien assimiler le dispositif sanitaire, ils ont été coupés dans leur élan par ce second confinement. “Les mesures étaient simples : pas d’accès aux vestiaires, ni aux douches, arriver en tenue et porter le masque jusqu’au début de l’entraînement. Mais nous avons tout de même pu reprendre dans des conditions très satisfaisantes voire identiques aux années précédentes, notamment avec un gros mois de préparation, des matchs amicaux…”, explique Pierre.

Le bon sens prend le dessus sur la déception

Malgré cette incompréhension de certaines mesures, les acteurs se rendent compte que cet arrêt est nécessaire. Les gymnases et les sports collectifs sont des lieux de proximité et le virus peut s’y transmettre facilement. C’est la principale raison pour laquelle le gouvernement a décidé de l’arrêt du sport amateur. “Nous sommes dans un contexte de pandémie mondiale, avec un virus très facilement transmissible ayant déjà causé de nombreux morts, déclare Pierre, fataliste. Je ne vois pas comment le basket amateur pourrait reprendre, étant donné le fait qu’il s’agit d’un sport de contact, dans lequel tout le monde touche le même ballon et dans un lieu clos. »

Le mot d’ordre est donc d’obéir aux consignes délivrées par l’exécutif, même si certains appellent à la responsabilité de chacun, comme Jean-Philippe Lasne : “Je pense que le COVID-19 est un fléau dont il faut se débarrasser, néanmoins je pense que le civisme est le meilleur remède, et que chacun doit faire preuve d’intelligence et de respect. En effet, quand une personne est  malade, avec des symptômes, alors elle doit rester chez elle.”

“Il faut être prudent, certes, mais pas non plus paranoïaque.” Jean-Philippe Lasne

Darren Mepeou, joueur et arbitre de handball au Roanne Riorges Handball, poursuit dans cette voie et alerte tous les acteurs du sport en intérieur : “La seule chose que je peux dire aux personnes qui gravitent autour des gymnases et du milieu associatif, est de se responsabiliser. Pour moi, c’est inconcevable de rentrer dans un gymnase quand juste avant on a vu des amis, qu’on n’a pas respecté les gestes barrières et les protocoles prévus par le gouvernement. Il faut de toute urgence durcir ces restrictions si on veut un jour retrouver la pratique de nos sports comme on les aime.”

Une lente sortie de crise

Les annonces du Président de la République, mardi 24 novembre, ont commencé à donner quelques indications concernant la reprise, qui se fera en plusieurs temps. Le sport pour les mineurs en extérieur pourra à nouveau être autorisé mais aucune nouvelle pour les majeurs. Là-encore, une justice à double vitesse est dénoncée. Les jeunes sont obligés de porter un masque au quotidien à l’école mais pourront le soir pratiquer des sports de contact, la logique interroge.

Darren Mepeou (en haut à gauche) accompagné des autres binômes du pôle de performance fédéral, lors de leur premier regroupement de l’année le 20 septembre à Villefranche.

Darren Mepeou (en haut à gauche) accompagné des autres binômes du pôle de performance fédéral, lors de leur premier regroupement de l’année le 20 septembre à Villefranche.

Darren Mepeou ne comprend pas cette décision : “Je trouve ça surréaliste et cruel pour les associations sportives. Ce sont les équipes fanion qui font vivre le club et non les équipes jeunes. Je suis d’accord qu’il faille fidéliser les jeunes, et donc les inciter à ne pas résilier leurs licences, mais c’est profondément injuste de faire cela, que ce soit pour les associations en elles-mêmes ou pour les licenciés majeurs.”

La reprise de l’entraînement pour les majeurs est espérée autour de la mi-janvier par les clubs. Alors qu’ils avaient espoir de reprendre en même temps que les mineurs, ils ont dû se faire à l’idée qu’une reprise avant mi-janvier était compromise, comme l’indique Jean-Philippe Lasne : “Il est clair que nous ne recommencerons pas avant mi-janvier, qu’il faudra un temps de préparation physique d’au moins 3 semaines pour que les joueurs soient prêts, même s’ils se sont entretenus pendant le confinement.”  Toujours dans une forme d’expectative donc, les acteurs du sport amateur devront s’armer de patience, alors que beaucoup redoutent une fin de saison anticipée.

Cyprien Etaix et Hugo Mougin



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