Covid-19 : quel bilan pour la rentrée dans les classes auvergnates ?

Cela fait maintenant un mois que les élèves ont retrouvé les bancs de l’école. Après une longue période sans cours en présentiel, l’école a dû se réorganiser pour accueillir à nouveau du public. De nombreuses mesures ont été mises en place sur le territoire national pour éviter que les établissements ne deviennent un endroit de plus où le virus se propage. Protocoles, fermetures et peur du corps enseignant, tour d’horizon de la rentrée 2020 en Auvergne.

Au Pôle Lardy de Vichy, la distanciation sociale et le port du masque sont obligatoires. Photo : Clémence Gabory.

Au Pôle Lardy de Vichy, la distanciation sociale et le port du masque sont obligatoires. Photo : Clémence Gabory.

« Dans mon cours de transcription russe, nous sommes entassés les uns à côté des autres et les professeurs ne peuvent rien faire. La classe est trop petite et les gestes barrières ne peuvent pas être respectés », Camille Charbonnel, étudiante en 3ᵉ année de Langues Étrangères Appliquées à l’université Clermont-Auvergne, explique, le 2 octobre, le désarroi des élèves et de son professeur face à l’application impossible des gestes barrières dans sa classe.  

À l’heure où l’épidémie de Covid-19 a fait plus d’un million de morts dans le monde, les écoles, collèges, lycées et établissements d’études supérieures français cherchent toujours à s’organiser pour faire face à une possible deuxième vague et éviter un reconfinement. Avec les mêmes préoccupations en tête, l’exécutif se retrouve coincé depuis début septembre entre le besoin d’assurer aux élèves des cours en présentiel et la peur d’une forte résurgence de l’épidémie de Covid-19.

2 100 classes toujours fermées en France

Selon le Ministre de l’Éducation, le bilan après un mois de cours avec les nouvelles restrictions sanitaires paraît plutôt satisfaisant. Jean-Michel Blanquer affirme : « C’est la meilleure [rentrée] possible au regard de la crise sanitaire ». Les chiffres nationaux sont pourtant élevés : 81 établissements scolaires et un peu plus de 2 100 classes ont dû être fermées en France à cause d’un nombre trop élevé de cas de Covid-19 dans leurs locaux, avait indiqué le ministre le 16 septembre.

L’une des peurs principales des établissements aujourd’hui serait un retour prématuré vers un confinement total. Beaucoup de professeurs et de parents ont constaté que la qualité de l’enseignement avait baissé avec les cours en ligne. Maintenant que les élèves se sont réadaptés aux cours en présentiel, une fermeture nationale des écoles paraît peu probable. Même si l’annonce des nouvelles restrictions visant les cafés et restaurants dans plusieurs villes de France, le 23 septembre dernier, n’est pas de bonne augure. 

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Carte des fermetures des classes par académie datant du jeudi 24 septembre 2020. Photo : Ministère de l’Éducation Nationale.

Carte des fermetures des classes par académie datant du jeudi 24 septembre 2020. Photo : Ministère de l’Éducation Nationale.

Même si la région Auvergne était l’une des moins touchées par la pandémie, les établissements scolaires ont dû modifier leurs habitudes pour faire face à la crise. Les écoles sont régulièrement informées de la situation sanitaire et ont obtenu des directives de la part du ministère de l’Éducation en début d’année. De leurs côtés, beaucoup d’écoles auvergnates déplorent le manque de communication avec l’Éducation nationale.

La débrouille des directeurs d’école

La directrice de l’école primaire et maternelle du Sacré Cœur de Chapdes Beaufort, Marie Mosnier, explique comment elle a mis en place le protocole sanitaire au sein de son école : « Nous avons dû chercher les protocoles par nos propres moyens sur internet. L’Éducation nationale nous a plus tard envoyé par mail quelques documents concernant les outils d’autoévaluation des symptômes de la COVID-19. Sinon, on se débrouille avec l’équipe enseignante ». De nombreuses brochures ont été mises à disposition des établissements par l’Éducation nationale pour essayer de faciliter au maximum le travail des équipes d’enseignants.

Avec l’arrivée de l’hiver et de son lot de virus, le corps enseignant redoute que le taux d’absentéisme n’explose. Selon Samuel Cuisinier-Delorme, chef du département Information-Communication option journalisme de Vichy,  « plus nous approchons de l’hiver, plus nous risquons d’avoir des cas de figure similaires de symptômes grippaux qui vont conduire à des tests pour cause de suspicion. »

Les petits établissements en difficulté

Le protocole sanitaire pose un problème important : il doit être applicable dans la réalité et pas seulement sur papier. Dans les petits établissements, la distanciation est impossible et les classes doivent être divisées en plusieurs groupes. « En moyenne, nous avons entre 20 et 25 élèves par classe. La distanciation sociale d’un mètre est quasiment impossible à respecter sans diviser les classes », déplore Marie Mosnier. Malgré cette contrainte, l’école a essayé de s’adapter au maximum pour éviter une propagation du virus au sein de son établissement. « Nous avons du gel hydroalcoolique à disposition et les adultes portent tous un masque, contrairement aux enfants âgés de moins de 11 ans, car il n’est pas obligatoire pour eux », précise la directrice.

En dépit du manque de moyens, beaucoup de petits établissements scolaires auvergnats ont décidé de faire le maximum en mettant en place des alternatives pour contourner leurs contraintes. Dans beaucoup d’écoles, comme celle de Chapdes Beaufort, les récréations se déroulent par classes pour éviter de mélanger les différents niveaux, ce qui n’était pas le cas avant l’arrivée du virus. Cette mesure entraîne de nouveaux problèmes. Il faut réussir, par exemple, à organiser les emplois du temps afin d’étaler toutes les récréations sur la matinée et l’après-midi. Toutes les sorties scolaires en projet pour cette année ont bien sûr été annulées.

Un protocole qui évolue

Béatrice Humbert, responsable communication de la Direction des Services Départementaux de l’Éducation Nationale de l’Allier, tire le bilan de ce premier mois de scolarité. Elle tient tout d’abord à être rassurante : l’Éducation nationale et son service sont très bien informés et restent très vigilants sur la situation des écoles auvergnates. « Nous connaissons le nombre d’établissements et de classes fermées chaque semaine. Nous faisons un point hebdomadaire avec un compte rendu toutes les semaines. Ce document est publié tous les vendredis et recense tous les chiffres du vendredi précédant jusqu’au jeudi 13 heures », explique Béatrice Humbert. Le système enseignant nous tient au courant tous les jours de ce qu’il se passe dans leurs écoles. Cela nous occupe beaucoup [rires] mais c’est important. » Si la Covid-19 est signalée dans un établissement l’information remonte jusqu’au ministère. Ce suivi est actualisé tous les jours.

« Les protocoles seront amenés à être assouplis ou durcis en fonction de l’épidémie. »
– Béatrice Humbert

 

La Direction a pour rôle de transmettre les directives du Ministère de l’Éducation Nationale, de faire respecter le protocole et de soutenir les établissements qui ont du mal à le faire appliquer comme celle de Chapdes Beaufort. « Ce même protocole a beaucoup évolué depuis la rentrée et continuera à changer en fonction de l’avancement de l’épidémie », explique Béatrice Humbert. Par exemple, à la rentrée certaines classes ont été fermées car un seul élève était positif au Covid-19. Désormais, la classe ne ferme que s’il y a trois cas dans 3 fratries différentes.  « Les protocoles seront amenés à être assouplis ou durcis en fonction de l’épidémie. » 

Les responsables des établissements scolaires ne sont pas les seuls à vouloir s’exprimer au sujet des restrictions sanitaires. Le 27 septembre, l’IUT d’Allier; qui couvre les campus de Moulins, Vichy et Montluçon, comptait à lui seul cinq étudiants positifs à la Covid-19 en isolement, quatre cas anciennement positifs retournés en cours et plusieurs cas suspects. Ces chiffres, plutôt élevés pour l’Allier, n’ont pas attendu la deuxième semaine de cours pour se faire connaître.  Les règles simples mais strictes avaient pourtant été mises en place dès la rentrée auprès de tous les étudiants, de toutes les formations du département. 

Des étudiants bouleversés

« Les ¾ de nos cours sont passés à distance, explique Samuel Huwer, étudiant en troisième année à l’Institut Français de Soins Infirmiers de Moulins. C’est un peu compliqué pour suivre mais c’est vraiment mieux pour la sécurité sanitaire. Seuls les Travaux Dirigés sont en présentiel. On ne peut pas se permettre de tomber malade en troisième année. 

« On a déjà perdu nos stages pendant le confinement alors on ne peut pas reprendre ce risque.  » – Samuel Huwer

L’IFSI de Moulins n’est pas le seul à avoir vu ses cours passer en distanciel. Le Cavilam de Vichy a également dû s’adapter aux nouvelles règles sanitaires. Le centre a vu son nombre d’étudiants chuter radicalement dès le mois de mars. Cette année, il reçoit seulement 20% du nombre d’étudiants qu’il accueillait les années précédentes. 

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L’Allier n’est pas le seul département auvergnat où les élèves cherchent à se sentir en sécurité. Les étudiants clermontois aussi déplorent des conditions de cours plutôt risquées dans la situation sanitaire actuelle. « On doit faire très attention. On essaye de se sentir en sécurité mais c’est compliqué quand on est 200 dans un amphithéâtre qui ne peut accueillir que 150 étudiants… », déplore Léa Defaut, étudiante dans la même formation.  « En plus, les soirées d’intégration sont autorisées alors qu’elles ne devraient pas l’être, les règles de distanciation n’y sont absolument pas respectées. Certains étudiants prennent des risques et mettent les autres en danger », ajoute-t-elle.


Bien évidemment, beaucoup d’élèves ne sont pas perturbés par les règles de distanciation sociale ou par le port du masque. « La rentrée de septembre était moins stricte que lorsqu’on est revenus au collège en juin. Avant, on devait porter le masque plus une visière et à la récréation on devait rester sur des croix, on se croyait à l’armée, explique Louison Bellanger, collégienne à Saint-Pourçain.

 « Je revis ma vie d’avant, juste avec un masque en plus. Je m’y habitue bien » – Louison Bellanger

L’Auvergne n’est pas considérée, pour l’instant, comme une zone rouge renforcée. La fermeture des écoles auvergnates ne fait donc pas partie des plans actuels du gouvernement. De quoi voir l’avenir un peu plus sereinement, tout en gardant un œil attentif sur l’évolution de l’épidémie dans la région et dans le pays.

Hugo Mougin, Clémence Gabory et Louise Cordier



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