Chevaux mutilés : un mystère macabre digne d’un polar

Plus d’une trentaine d’équidés ont été retrouvés ensanglantés aux quatre coins de la France. Depuis le début de l’année 2020, ces histoires sordides se répètent avec un mode opératoire identique. Plus de 150 enquêtes ont été ouvertes pour des faits du même type. Entre impuissance des autorités et psychose équestre, le mystère perdure.

Depuis le mois d'août, des faits de mutilation de chevaux ont été signalés un peu partout en France. Environ 200 enquêtes ont été ouvertes. Photo : Marko Milivojevic

Depuis le mois d’août, des faits de mutilation de chevaux ont été signalés un peu partout en France. Environ 200 enquêtes ont été ouvertes. Photo : Marko Milivojevic

Les premiers cas ont été recensés fin 2018, début 2019. Dans le Puy-de-Dôme, une éleveuse découvre un matin de décembre sa pouliche, First Avenue, morte, l’oreille coupée. Sur le moment, Carole Gardarin ne pense pas à l’oeuvre d’un humain. Mais très vite, elle se ravise, son vétérinaire lui confirmant qu’il ne peut pas s’agir d’un acte animal. Elle n’ébruite pas l’affaire jusqu’à apprendre le 27 février par nos confrères de La Montagne qu’une jument a subi le même sort que sa pouliche, à seulement quelques kilomètres de chez-elle. Ce n’est qu’au printemps 2020 que l’affaire a été ébruitée avec les premiers dépôts de plainte. Début mars on ne le sait pas encore, mais c’est le début d’une série longue et macabre.

Fin août, plus de 30 cas de chevaux mutilés sont recensés, les cas déclarés aux autorités ayant explosé pendant l’été. « Il y a aujourd’hui 153 enquêtes ouvertes en France dans plus de la moitié des départements », indiquait le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, le 7 septembre. Tous les équidés peuvent être touchés. Dans chaque élément de cette enquête rien ne semble rationnel, ce qui la rend complexe. nes, chevaux de courses, vieilles juments avec peu de valeur, professionnels du métier ou simple amateur, cette affaire touche tout ce qui se rapproche aux équidés, sans distinction de valeur ou de race ni de zone géographique.

Les investigations ont été ouvertes dans plus de la moitié des départements français dont 25 départements pour des cas confirmés. L’étendue géographique de ces actes de cruauté a permis aux enquêteurs de laisser tomber la piste d’un seul agresseur. Il y a forcément plusieurs auteurs, reste à savoir s’ils sont liés les uns aux autres et de quelle manière. 

Beaucoup de questions restent sans réponse, tant pour les professionnels du métier que pour les gendarmes. Une chose est sûr, le mode opératoire est le même à chaque fois. Les enquêteurs ont pu établir un portrait type d’agresseur : un professionnel du monde équestre puisqu’il arrive à approcher le cheval la nuit et l’apprivoiser avant de le tuer, il est plutôt d’une corpulence imposante pour maîtriser le cheval, il a une maîtrise parfaite du couteau et ne laisse aucune trace.

Des propriétaires dans la psychose

Face à l’impuissance des autorités, les propriétaires excédés par la situation tentent par tous les moyens de trouver des explications. Si certains se sont replongés dans leurs cours de catéchisme et aboutissent à des théories sectaires, d’autres pensent plutôt à un défi fou sur Internet ou encore à des entraînements sur les animaux avant de s’attaquer directement à l’homme. Toutes les thèses sont plausibles même les plus insensées. Ce phénomène s’apparente à une fiction sanglante où aucune explication n’a encore été trouvée malgré la persistance des autorités à trouver une logique à l’irrationnel. 

La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaire (MIVILUDES) a même été sollicité pour apporter son aide lors des investigations et pour tenter de comprendre les probables motivations des agresseurs.

Un mystère qui ne date pas d’hier

Ce n’est pas la première fois que de tels crimes sont commis sur des équidés. Selon une source proche de l’enquête, des cas ont été recensés dans l’hexagone en 2017 et en 2014. Mais c’est encore avant, hors des frontières cette fois-ci que 160 chevaux avaient été poignardés en Grande-Bretagne entre 1983 et 1993. Malgré les investigations policières, personne n’avait été inculpé. 

C’est en Allemagne que des faits similaires se sont déroulés entre 1993 et 2003, 50 chevaux ont été tué dans le nord du pays. Une fois de plus, les enquêteurs n’ont pas trouvé la moindre explication à de telles horreurs et aucune interpellation n’a eu lieu. Les récentes histoires françaises rappellent surtout les faits de 2016 qui se sont déroulés en Belgique. Le mode opératoire est identique : oreille droite coupée, mutilations atroces et toujours sans ne laisser aucune trace. Ce sont autant de crimes sanglants partout en Europe, où les agresseurs semblent se volatiliser sans jamais ne laisser aucune trace. 

La police insiste pour qu’aucun propriétaire ne fasse justice lui-même et se tourne plutôt directement vers les forces de l’ordre en cas d’attaque. Ces dernières ont d’ailleurs publié des recommandations à destinations des propriétaires (voir l’image ci-dessous). Le Ministre de l’Agriculture dénonce quant à lui des « sévices cruels […] et intolérables ». Mais face à cette horreur, l’angoisse des propriétaires ne cesse d’augmenter et ils déplorent un manque de personnel dans les unités policières ce qui les obligent à s’organiser entre eux en mettant en place des rondes de surveillance la nuit. Certains dorment même avec leurs animaux pour pouvoir agir en cas de problème. 

On a vu apparaître de multiples groupes Facebook comme “Justice pour nos chevaux”  afin que les victimes puissent organiser leur protection et partager les informations. Une solidarité essentielle dans un contexte où l’angoisse est à son comble. Ils recensent toutes les victimes dans chaque département. Le ministère de l’Agriculture a par ailleurs mis en place un numéro vert (0 800 738 908) pour informer et accompagner les propriétaires de chevaux. 

Une attaque dans l’Yonne a permis de définir un portrait-robot à la suite de l’agression dans la nuit du 24 au 25 août du propriétaire lui-même voulant défendre ses bêtes. Selon lui, un homme « entre 40 et 50 ans, brun, assez costaud, parlant une langue étrangère, peut-être des pays de l’Est ». C’est devenue une véritable chasse à l’homme pour les policiers qui comptent sur d’autres appels à témoin pour avancer dans l’enquête.

La psychose liée à cette affaire cruelle alimente les fausses informations. Depuis le mois d’août, de plus en plus de rumeurs circulent sur les réseaux sociaux. Nombre d’entre-elles sont erronées et déclarent des cas suspects qui s’avèrent être des fausses alertes. 

Océane Guyon et Benjamin Ducornait



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