Coronavirus : 18 questions sur l’enjeu crucial du déconfinement

Depuis le discours télévisé d’Emmanuel Macron le 13 avril, le déconfinement est sur toutes les lèvres. Si le chef de l’État a annoncé un retour progressif à la normale à partir du 11 mai prochain, tout ne sera pas aussi simple. Pour vous aider à y voir plus clair, les journalistes de L’Effervescent répondent à vos questions sur le déconfinement.

Ce que l’on sait du déconfinement

1/ Pour quand le déconfinement est-il prévu ?

Selon les informations communiquées par Emmanuel Macron lors de son discours télévisé le lundi 13 avril, le déconfinement en France devrait débuter à partir du 11 mai prochain. Le président de la République n’a pas fait état pour l’instant d’un prolongement du confinement après cette date.

2/ Devrons-nous tous retourner au travail ? 

Il n’est pour l’instant pas question de tous retourner travailler dès la fin du confinement. Lors de la conférence de presse du 19 avril, Edouard Philippe a appelé à poursuivre le télétravail pour ceux qui le peuvent. “Beaucoup de nos concitoyens se sont mis (…) au télétravail, beaucoup peuvent le faire, beaucoup ont pu profiter de cette possibilité. Il va falloir que ce télétravail se poursuive dans toute la mesure du possible”, a-t-il annoncé. Pour ceux dont l’activité ne permet pas de travailler à distance, il est toujours recommandé d’appliquer les gestes barrière ainsi que la distanciation sociale. Le retour au travail devrait se faire progressivement et dans le respect des mesures sanitaires. 

3/ Pourrons-nous sortir de chez nous directement comme avant ?

La fin du confinement annoncée pour le 11 mai prochain ne veut pas dire que tout va pour autant revenir à la normale. Pour l’instant, peu d’informations ont été données quant aux conditions réelles de déconfinement de la population. Le Premier ministre Edouard Philippe doit présenter mardi 28 avril son plan, mais il est quasiment certain qu’un retour à la normale n’est pas envisagé de sitôt. A priori, les déplacements ne devraient plus être soumis à l’attestation de déplacement mise en place par le gouvernement au début du confinement.

4/ Une fois sortis, devrons-nous porter un masque ?

La question du port du masque a souvent été débattue dans les sphères politiques et scientifiques. Le message du gouvernement était clair au début de l’épidémie : les masques sont réservés aux soignants ou aux personnes symptomatiques. Depuis, le discours a changé. Emmanuel Macron a annoncé d’ici deux semaines une multiplication de la production de masques par cinq. Il a également promis “qu’à partir du 11 mai, un ‘masque grand public’ sera fourni à chaque Français pour se protéger du coronavirus”.

Le débat sur le masque est encore ouvert, y compris dans le milieu médical. Si plusieurs soignants ont rappelé qu’il n’était pas nécessaire, d’autres structures comme l’Académie de médecine ont affirmé que tout le monde devrait en porter. « Il est établi que des personnes en période d’incubation ou en état de portage asymptomatique excrètent le virus et entretiennent la transmission de l’infection. En France, dans ce contexte, le port généralisé d’un masque par la population constituerait une addition logique aux mesures barrières actuellement en vigueur », a estimé l’Académie.

Recommandations de port du masque. Source : AFP.

Recommandations de port du masque. Source : AFP.

Lors de sa conférence de presse du 19 avril, Édouard Philippe a esquissé la possibilité d’obliger le port du masque dans les transports en commun à partir du 11 mai. Il a annoncé la production d’environ 17 millions de masques par semaine jusqu’au déconfinement.

5/ Allons-nous tous être testés ?

Sur cette question, le président de la République s’est montré clair lors de son discours du 13 avril. Il a affirmé que toutes les personnes présentant les symptômes pourront être testées. Nous n’allons pas tester toutes les Françaises et tous les Français, ça n’aurait aucun sens. Mais toute personne ayant un symptôme doit pouvoir être testée. Les personnes ayant le virus pourront ainsi être mises en quarantaine, prises en charge et suivies par un médecin”, a-t-il déclaré.

Cette stratégie a été confirmée par certains spécialistes, comme l’épidémiologiste Lucien Abenhaim au micro de France Info. “Il faut évidemment tester les personnes qui ont des symptômes, a-t-il expliqué. On n’est pas en mesure, et ce serait probablement problématique, de tester l’ensemble de la population.” Il a cependant précisé qu’il fallait être sûr que les personnes retournant à la “vie normale” ne soient pas contaminées. Il se pourrait en effet que les personnes asymptomatiques qui sortiraient du confinement se remettent à contaminer les personnes avec lesquelles elles sont en contact.

Stratégie de test publié par le gouvernement. Source : compte Twitter d’Édouard Philippe.

Stratégie de test publié par le gouvernement. Source : compte Twitter d’Édouard Philippe.

Selon plusieurs spécialistes, il serait néanmoins nécessaire de tester la population en masse. L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a ainsi mis en ligne une étude pointant les risques d’une deuxième vague de contaminations en cas de déconfinement trop hâtif ou mal géré. Certains élus demandent également au gouvernement de mettre à disposition des tests pour toute la population.

6/ Qu’en est-il des lieux publics ? 

Lors de son annonce du 13 avril, Emmanuel Macron a précisé qu’une fin du confinement le 11 mai ne signifiait pas un retour à la normale. Les commerces non-essentiels et les lieux accueillant du public resteront fermés. « Les lieux rassemblant du public, restaurants, cafés, hôtels, cinémas, théâtres, salles de spectacles et musées resteront fermés”, a-t-il détaillé. Pour l’instant, aucune autre précision n’a été apportée sur les types de commerces concernés par une réouverture prochaine. Lors de sa conférence de presse du 19 avril, Édouard Philippe a rappelé que la réouverture des commerces ne pourrait se faire “qu’en respectant les gestes barrières : files d’attente organisées de telle manière à respecter la distance d’un mètre entre les clients, mise à disposition de gel hydroalcoolique à l’entrée du magasin”.

Le président a aussi annoncé que les festivals seront annulés jusqu’à la mi-juillet. Des détails ont ensuite été apportés par le ministre de la Culture Franck Riester, qui a ouvert la porte à la tenue “des petits festivals” sans en dire davantage. Cette nouvelle précision n’est pas bien reçue par les professionnels du spectacle qui pointent du doigt des annonces “floues”.

7/ Quelles écoles seront réouvertes ?

Le 13 avril dernier, Emmanuel Macron a annoncé la réouverture des écoles à partir du 11 mai. Il a précisé que les crèches, les écoles, les collèges et les lycées rouvriront progressivement. Les universités resteront cependant fermées jusqu’à la rentrée de septembre. Le principe de la “réouverture progressive” a été confirmé par Édouard Philippe lors de sa conférence de presse du 19 avril.

8/ Va-t-on passer par un déconfinement par âge ?

Le chef de l’État a tenu à être clair le 17 avril en déclarant qu’il n’y aurait pas de “discriminations” des personnes les plus âgées vis-à-vis du déconfinement. C’était en effet une possibilité discutée dans les médias. Emmanuel Macron a tout de même invité les populations les plus fragiles à une grande prudence et à une “responsabilité individuelle”. « Pour leur protection, nous demanderons aux personnes les plus vulnérables, aux personnes âgées, en situation de handicap sévère, aux personnes atteintes de maladies chroniques, de rester, même après le 11 mai, confinées, tout au moins dans un premier temps », avait-il par ailleurs déclaré dans son discours le 13 avril dernier.

Les risques et les débats

9/ Ne risque-t-on pas une deuxième vague ?

Il s’agit d’un danger potentiel tant qu’un vaccin préventif n’a pas été trouvé. La Chine et Singapour ont notamment constaté une deuxième vague de contaminations au cours des derniers jours. C’est pour cela que le déconfinement devra être opéré de manière progressive et que les Français devront se montrer raisonnables. Le retour à la vie normale n’est pas prévu pour tout de suite et il va falloir rester sur nos gardes pendant plusieurs mois, a prévenu le gouvernement.

10/ Qu’est-ce que l’immunité collective ?

L’immunité collective est le mécanisme par lequel la propagation d’une maladie contagieuse s’arrête car une certaine part de la population a déjà été contaminée et ne peut plus contracter le virus. En ce qui concerne le Covid-19, certains scientifiques estiment que l’immunité collective sera atteinte lorsque 60% des Français auront été infectés. Or, cette proportion se situerait aujourd’hui entre 5 et 10%, selon plusieurs estimations. La France est donc encore loin de pouvoir compter sur l’immunité collective, d’autant qu’il n’est toujours pas prouvé qu’une personne ayant été malade ne puisse pas l’être une deuxième fois. Voici cependant l’explicatif d’une des hypothèses concernant l’immunité collective appliquée au cas du Covid-19 : 

11/ Comment les gestes barrières pourront-ils être appliqués à l’école ?

De nombreux Français redoutent à juste titre que les mesures barrières ne puissent pas être appliquées avec suffisamment de rigueur dans les écoles, en particulier chez les élèves les plus jeunes. Il faudra donc passer du temps à apprendre aux enfants les réflexes importants et à leur expliquer pourquoi toutes ces précautions sont nécessaires. 

12/ La réouverture des écoles par souci d’égalité ne cache-t-elle pas uniquement la volonté de relancer l’économie ?

Il s’agit en effet de l’un des principaux reproches faits au gouvernement à propos de la prochaine réouverture des écoles. S’il est vrai que cela soulagera certains parents de la garde de leurs enfants pour leur permettre de reprendre leur travail, ce n’est pas l’unique enjeu du retour des élèves sur les bancs des écoles. En effet, reprendre le chemin des salles de classe permettra de mettre fin aux inégalités numériques dont plusieurs familles ont souffert durant le confinement. Tous les Français ne disposant pas des mêmes accès à un ordinateur ou à Internet, certains élèves ont en effet été laissés de côté ces dernières semaines.

En outre, malgré l’immense travail des enseignants à travers le pays, l’école à distance ne remplacera jamais véritablement les cours présentiels. La réouverture des écoles permettra ainsi de reprendre le fil des programmes scolaires et d’éviter les conséquences désastreuses d’une année où les connaissances normalement attendues n’auraient pas été acquises.

Coup d’oeil sur l’étranger

13/ La Chine a-t-elle été déconfinée ? 

Les mesures de restriction, qui étaient en place depuis le 23 janvier dernier, ont été assouplies le 8 avril dans l’ensemble du pays. En revanche le déconfinement est loin d’être total. Les habitants sont désormais autorisés à se déplacer mais il est toujours recommandé de limiter les sorties. Pour ceux qui souhaitent se promener dans les parcs, le pays a mis en place un système de réservation via une application mobile.

À Wuhan, où l’épidémie de coronavirus s’est déclarée en décembre, l’heure est à un déconfinement progressif. Les habitants sont toujours invités à rester chez eux. Le port du masque est obligatoire en extérieur et il le sera encore pendant quelques mois, jusqu’à l’été. La prise de température est systématique dans les transports en commun ou dans les magasins. Partout, il faut scanner des QR codes pour prouver qu’ils ne sont pas malades ou en contact avec un porteur du virus. Pour quitter Wuhan et sa province, les voyageurs doivent se munir d’une attestation médicale prouvant également qu’ils ne sont pas contaminés. 

14/ Quelle est la situation en Europe ? 

Depuis le 13 avril, les travailleurs de certains secteurs d’activité “non-essentiels” sont de retour au travail en Espagne. Dans une volonté de relancer l’économie, le gouvernement a décidé, après deux semaines d’arrêt complet, de renvoyer une partie de la population au travail. Une décision controversée qui pourrait être risquée dans l’un des pays d’Europe les plus touchés par le coronavirus. Le gouvernement a tout de même indiqué que la pratique du télétravail reste privilégiée, et si cela n’est pas possible, il faudra veiller au respect des gestes barrières. C’est dans les domaines de l’industrie ou de la construction que les travailleurs vont surtout retourner travailler. Le confinement a cependant été étendu jusqu’au 9 mai inclu.

L’Autriche est l’un des premiers pays d’Europe à commencer doucement le déconfinement de sa population. C’est à partir du mardi 14 avril que les habitants ont pu peu à peu sortir la tête de leurs habitations. Le gouvernement a en effet décidé de la réouverture des commerces de moins de 400m2, dans un but de relance de l’économie.

Un mois après la mise en place des mesures de restrictions, c’est également au Danemark que les règles de confinement ont été levées. Les écoliers ont repris progressivement le chemin des études à partir du mercredi 15 avril. Les concernés sont prudents et le retour est compliqué surtout au niveau sanitaire. Il est important de veiller au respect des gestes barrières pour ne pas provoquer un regain de la contamination. Des mesures strictes ont été mises en place comme le lavage des mains à l’arrivée dans l’école et deux fois par heure pendant une minute ensuite.

Et après ?

15/ Est-ce que les frontières vont être réouvertes ? Lesquelles ? Quand ?

Selon le discours d’Emmanuel Macron, le 13 avril dernier, les frontières avec les pays non-européens resteront “fermées jusqu’à nouvel ordre”. La fermeture des frontières avec les pays n’appartenant pas à l’Union Européenne avait été validée par les États membres le 17 mars dernier. Il n’y a donc pour l’instant aucune date annoncée pour la réouverture définitive de toutes les frontières, françaises comme européennes. Concernant les frontières intra-européennes, en vue des vacances d’été par exemple, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner s’est montré peu encourageant sur ce point et a déclaré : « Moi, je conseillerais à ma famille de ne pas se précipiter sur des réservations, surtout dans des pays étrangers. »

16/ Quand les élections municipales vont-elles se tenir ?

C’est l’une des questions restée sans réponse lors de l’allocution d’Emmanuel Macron. Aucune mention des élections n’a été faite à la suite de l’annonce de la prolongation du confinement jusqu’au 11 mai prochain. Reporté à fin juin lors d’une précédente annonce le 16 mars dernier, le deuxième tour des municipales aura-t-il finalement lieu ? Le 14 avril, le ministre de l’Intérieur a précisé : “Nous rendrons au Parlement un rapport construit sur la base des recommandations sanitaires du conseil scientifique et des spécialistes de ce sujet et nous déciderons devant et avec le Parlement si nous pouvons ou pas maintenir le second tour des élections municipales”. Concernant un scrutin le 21 juin, Christophe Castaner n’avait exclu aucune éventualité. 

« Je ne sais pas si les élections pourront se tenir à la fin du mois de juin », a déclaré le Premier ministre Édouard Philippe pendant sa conférence de presse le 19 avril. Il confirmé qu’une décision serait prise le 23 mai prochain.

17/ Quels sont les impacts sur mon corps et mon esprit après deux mois de confinement ? 

En ce qui concerne le corps, tout dépend de vous et de la discipline que vous vous imposez au cours du confinement. De nombreux Français ont décidé de se maintenir en forme en faisant du sport chez eux ou en sortant faire un footing, l’attestation de déplacement prévoyant une case à cet effet. “En ce temps de confinement, le risque de prise de poids est important, prévient le docteur Laurence Plumey dans les colonnes du Dauphiné Libéré. Il faut trouver tous les moyens pour bouger au moins deux ou trois fois dans la journée.”

En revanche, sur le plan psychologique, le confinement a bel et bien des conséquences inquiétantes sur notre santé mentale. D’après les scientifiques, cette période pourrait provoquer une hausse de l’anxiété, des troubles du sommeil ou encore une dégradation du bien-être. Selon les résultats de l’enquête Coconel, menée par un consortium de chercheurs du 31 mars au 2 avril et publiée par Le Figaro, trois adultes sur quatre présenteraient des problèmes de sommeil et plus d’un tiers d’entre eux souffriraient de détresse psychologique.

18/ Le monde va-t-il tirer des leçons écologiques de cette crise ? 

De nombreuses voix s’élèvent en France et à travers le monde pour réclamer un retour à un mode de vie plus raisonnable et respectueux de l’environnement après cette crise sanitaire. Depuis quelques semaines, les émissions de gaz à effet de serre ont été drastiquement réduites, de nombreux pays ayant mis leur économie entre parenthèses et décrété des mesures de confinement. S’il s’agit de l’une des rares bonnes nouvelles en cette période morose, cette chute prouve cependant à quel point la destruction de l’environnement est liée au fonctionnement de nos sociétés. “Il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies”, a indiqué Emmanuel Macron au cours de son discours du 13 avril.

Nous ne voulons pas d’un énième plan de relance qui poussera encore un peu plus les limites d’une machine économique destructrice des humains et leur environnement”, a prévenu de son côté Matthieu Theurier, candidat écologiste à la mairie de Rennes, dans les colonnes de Ouest-France. Il faudra néanmoins attendre la fin de l’épidémie pour obtenir des premiers éléments de réponse à cette question.

Antoine Gerard, Anna Péron et Leslie Fernandez



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