Etats-Unis : la course à la Maison Blanche perturbée par la fièvre du Covid-19

Les Etats-Unis sont au 9 avril 2020 le pays le plus touché au monde par le Covid-19. Forcément, la campagne présidentielle américaine n’a pas pu échapper au voile qu’a jeté la pandémie sur le monde entier. Le Covid-19 a forcé Bernie Sanders à arrêter sa campagne, laissant le champ libre à Joe Biden tandis que Donald Trump est désigné pire président de l’histoire dans son combat contre le virus, par un éditorialiste du Washington Post

A défaut d'en venir aux mains, Joe Biden et Bernie Sanders jouent des coudes, gestes barrières oblige. @Associated Press

A défaut d’en venir aux mains, Joe Biden et Bernie Sanders jouent des coudes, gestes barrières oblige. @Associated Press

Certains de ses proches lui conseillaient de se retirer de l’élection afin que Joe Biden puisse se concentrer sur le duel face à Donald Trump, mais Bernie Sanders refusait jusque-là de jeter l’éponge. Avec le Covid-19 comme baroud d’honneur et malgré 316 délégués de retard sur Joe Biden, l’autoproclamé “socialiste” était partout ces derniers jours, lançant ses dernières forces dans la bataille.

Cette crise était une formidable justification à la mise en place d’une couverture sociale universelle, l’un des points clés de son programme. Les risques sanitaires et le chômage auxquels est confrontée une grande partie de la classe ouvrière américaine auraient pu lui permettre de changer la donne alors que, sur la thématique du Coronavirus, Joe Biden était quant à lui bien plus discret. D’autant plus que 16 états avaient reporté leur primaire offrant des prolongations inespérées au sénateur du Vermont.

« A moins d’une surprise, la primaire était déjà jouée »

Suffisant pour faire pencher le résultat de la primaire démocrate du côté de “Brother Bernard” ? Pour les observateurs, la bataille était de toute manière perdue d’avance “Je ne suis pas sûre que l’épidémie aurait pu bouleverser l’issue, confie à L’Effeverscent Noémie Taylor-Rosner, correspondante à Los Angeles pour La Croix, Ouest France ou encore Courrier International.

« À moins d’une surprise, la primaire était déjà jouée. » – Noémie Taylor-Rosner, correspondante aux Etats-Unis.

Même si Joe Biden était apparu peu sûr de lui sur la question du Covid-19 [voir la vidéo ci-dessous] et que cela ne jouait pas en sa faveur, l’épidémie n’avait pas non plus un impact si positif sur la campagne de Bernie Sanders, poursuit-elle. Les prochains scrutins auraient été dans des états qu’il avait perdus en 2016, et où il avait donc peu de chances de s’imposer aujourd’hui. »

“Un combat” qui continue de bousculer les lignes

Bernie Sanders arrête finalement sa campagne, le 8 avril, lors d’une allocution en streaming, laissant Joe Biden mener les démocrates pour l’élection présidentielle de novembre. La fin donc du baroud d’honneur, mais comme il l’explique dans son allocution, il est venu le temps de l’union chez les démocrates. “Alors que je vois la crise qui frappe la nation, exacerbée par [Trump], je ne peux pas en toute bonne conscience continuer une campagne que je ne peux pas gagner.” Ainsi, il appelle ses supporters à s’unir derrière Joe Biden, “un homme très respectable”. Une chose qu’il n’avait pas fait pour Hillary Clinton en 2016.,

Et à défaut d’accéder à l’investiture, le sénateur du Vermont aura au moins obligé son adversaire à reconsidérer la thématique de la santé. “Bernie Sanders a fait bouger les lignes politiquement et a influencé la campagne de Joe Biden, complète Noémie Taylor-Rosner. Ce dernier est beaucoup plus modéré mais devra faire un geste vers l’électorat de Bernie Sanders qui reste nombreux, notamment chez les jeunes.

« À cause du Coronavirus, c’est très probable que Joe Biden aille un peu plus loin sur la question sanitaire.” – Noémie Taylor-Rosner, correspondante aux Etats-Unis.

D’ailleurs, même son ex-adversaire Joe Biden le reconnait, Bernie Sanders est une voix qui compte dans le débat politique. “Bernie Sanders a changé les choses en Amérique. Certains problèmes dont tout le monde se fichait sont maintenant au centre du débat politique. Inégalités de revenu, couverture sociale universelle ou gratuité de l’Université sont des idées auxquelles il a donné vie.” Avant de poursuivre : “Bernie n’a pas assez de mérite pour être la voix qui nous force à nous regarder dans le miroir et nous demander si nous faisons assez

Le néo-candidat démocrate a terminé son communiqué par un discours rassembleur, laissant entendre que les idées défendues par Sanders ne mourraient pas avec la fin de sa campagne. “A tes supporters, je leur promets la même chose. Je vous vois, je vous entends et je comprends l’urgence de ce qui doit être fait dans ce pays. […] Ensemble nous battrons Donald Trump et ensuite, non seulement nous reconstruirons notre nation, mais nous la transformeronsLa crise sanitaire a donc eu raison de la campagne de Bernie Sanders, mais la santé des Américains n’est pas la seule interrogation au cœur des débats. Face à l’épidémie, c’est toute une économie qui se trouve en première ligne, ternissant alors le bilan du futur adversaire de Joe Biden. 

Le rêve américain de Donald Trump brisé par la crise

L’effet de la crise sanitaire sur les États-Unis est palpable, l’économie de plusieurs états se retrouve très touchée et certains d’entre eux sont déterminants pour une éventuelle réélection de Donald Trump. Tous les yeux sont tournés du côté du Texas qui distribuera pas moins de 38 délégués en novembre et qui pourrait bien devenir « bleu” pour la première fois depuis 25 ans.

En effet, le parti démocrate fait des progrès de plus en plus importants dans l’état à une étoile depuis la fin de l’ère Bush. Pour Christopher Hooks, journaliste politique du Texas Monthly joint par L’Effeverscent, cette tendance n’est pas prête de s’inverser. “Les idées de Bernie Sanders ont eu un écho particulièrement important chez les populations noires et les indécis, ceux qui ne votent pas souvent, la crise du coronavirus a amplifié tout ça”. Un point de vue que partage Noémie Taylor-Rosner. “Le fait que la pandémie soit en train d’affecter grandement l’économie américaine, et en l’occurrence du Texas, est très inquiétant pour Trump. Les démocrates utiliseront certainement cela.” 

En effet, il y a fort à parier qu’autant que le nombre de morts, la compromission de son bon bilan économique fera du tort à Donald Trump. Le président sortant a beaucoup axé sa campagne sur la force de l’économie américaine, sur le taux de chômage historiquement bas, sur sa capacité à relancer l’économie, autant de choses qui sont déjà remises en question par la crise du Covid-19. Le chômage est remonté en flèche avec plus de 6 millions de chômeurs supplémentaires et Wall Street s’est effondré retombant aux niveaux qui étaient les siens avant l’arrivée de Donald Trump. Cet écroulement pourrait s’empirer avec l’extension des mesures de confinement. 

Effrayé par la chute vertigineuse de Wall Street, Donald Trump veut à tout prix relancer l’économie américaine. @Bloomberg

Effrayé par la chute vertigineuse de Wall Street, Donald Trump veut à tout prix relancer l’économie américaine. @Bloomberg

C’est pourquoi le président républicain harangue les Américains à retourner au travail au plus vite, faisant fi des risques vis-à-vis de la pandémie et expliquant “qu’on ne peut pas laisser les soins être pires que la maladie elle-même”. Une volonté qui n’est pas bien vue du tout par ses compatriotes, comme en témoigne un sondage fait dans la foulée de ces déclarations montrant que 60% des Américains pensaient que leur système politique était fait avant tout pour servir les riches et les puissants. Dans le même temps, le Washington Post “se demandait où était passée l’âme de Donald Trump” dans un édito du 6 avril.

Un battage médiatique si négatif ?

Et pourtant, s’il y a bien un homme politique qui est à la une de tous les journaux américains ces derniers temps, c’est Donald Trump. Le président américain, candidat à sa réélection en novembre prochain, est partout. S’il est omniprésent, les médias n’en disent pas que du bien. On lui reproche une gestion de la crise catastrophique avec des prises de paroles controversées comme lorsqu’il considérait le coronavirus comme un canular dans un meeting à Charleston le 28 février dernier.

Critiqué sur la forme, il n’est pas non plus épargné sur le fond à cause d’un chômage qui explose et de masques et de respirateurs qui viennent à manquer dans la plupart des états sans que Washington n’arrive à leur offrir une réponse suffisante. Sa côte parmi les républicains n’est pas encore trop affectée et il est de partout dans la sphère médiatique américaine, deux éléments qui le gardent en course comme l’explique Noémie Taylor-Rosner : “D’un côté, certains disent que Trump a mal géré, et que ça aura un impact positif pour Biden. Mais il occupe l’espace médiatique, ce qui a un effet positif sur sa campagne et qui est un facteur déterminant dans les élections américaines. Avec la pandémie, ce phénomène s’est accentué.

“Il est omniprésent alors que Biden s’est éclipsé.” – Noémie Taylor-Rosner, correspondante aux Etats-Unis.

Plus encore, selon la journaliste, même “une mauvaise publicité” pourrait lui profiter dans le cadre d’une élection. D’autant plus que Joe Biden brille par son absence depuis le début de la crise Au point de provoquer l’inquiétude des internautes à travers le #WhereIsJoe, lui reprochant son manque de présence médiatique au cours de cette crise. Et lorsque l’ancien vice-président de Barack Obama s’est enfin exprimé sur la pandémie, ses hésitations face à la caméra et différents soucis techniques ont pris le pas sur le fond de son allocution.

Alors que le coronavirus est en train de bouleverser les certitudes du monde entier, les conséquences sur l’élection américaine se font déjà sentir avec l’abandon de Bernie Sanders. Les champions des deux camps sont maintenant déterminés, mais il est encore tôt pour apprécier à leur juste valeur les conséquences de la crise sur les chances de Donald Trump et Joe Biden. Il semble que l’avenir soit toujours aussi indécis à sept mois de l’élection du leader de la première puissance mondiale.

André Fontaine et Elias Muhlstein



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