Confinement : comment le gouvernement et les associations œuvrent pour la protection des victimes de violences conjugales

Depuis le début du confinement, les signalements de violences conjugales ont augmenté de 32%, selon l’État. Pour faire face à ce fléau meurtrier, les associations sont sur le qui-vive pour mettre les femmes victimes de violences en sécurité.  

Il existe de nombreux moyens pour se protéger lorsque l’on est victime de violences conjugales, le 3919 est disponible 24h/24, 7j/7. (Crédit : Leshistoirescourtes/Gomargu)

Il existe de nombreux moyens pour se protéger lorsque l’on est victime de violences conjugales, le 3919 est disponible 24h/24, 7j/7. (Crédit : Leshistoirescourtes/Gomargu)

Rester enfermée avec un conjoint violent peut vite tourner au drame pour les femmes qui n’ont presque aucune solution de secours. « Avant le confinement, je n’avais peur de mon conjoint que les week-ends car il partait toute la semaine pour son travail. Maintenant j’ai peur tous les jours de la semaine. » Voici le témoignage d’une femme victime de violences rapporté sur Twitter.

L’association Nous Toutes, créée à la suite du mouvement #Metoo, fait tout son possible pour venir en aide aux victimes, mais également pour sensibiliser la population. Ces derniers temps, face à la recrudescence de cas de violences conjugales, le collectif a dû s’adapter. “Les numéros d’appel sont saturés et les foyers sont combles”, explique à Paris Normandie Solène, militante au sein de Nous Toutes 76.

Le manque de moyens financiers et humains reste la principale embûche que le collectif rencontre pour prendre en charge les victimes. Les bénévoles sont donc obligées de les rediriger vers d’autres organismes. “On peut permettre aux femmes d’être écoutées et les diriger vers des professionnels adaptés”, ajoute Solène.

Les avocats se mobilisent

En Normandie, comme dans de nombreuses régions, des avocats spécialisés dans les violences conjugales ou intrafamiliales, ont mis en place une permanence d’aide aux victimes. Ces dernières peuvent contacter la permanence par téléphone, par mail ou sur le site internet du barreau de Caen du lundi au vendredi de 9h à 17h. Ces spécialistes guident les victimes dans les démarches juridiques et administratives lorsqu’elles souhaitent quitter le domicile conjugal et/ou porter plainte.

Les différentes associations mettent les victimes en contact avec le collectif pour leur permettre d’avoir plus d’aide, tout en aidant le plus de femmes possible.

L’accent sur la prévention

En plus d’aider les femmes, les associations mettent en place une campagne de prévention destinée aux femmes victimes, ainsi qu’à leur entourage. Des formations en ligne sont d’ailleurs proposées gratuitement pour tous les volontaires. Le but étant de les sensibiliser à la question de la violence conjugale et aux réflexes à adopter lorsqu’ils en subissent ou en sont témoins.

De nombreuses personnalités ont également participé à cette campagne de prévention, dans un spot réalisé par Nous Toutes. Alexandra Lamy, Grace Ly et Rokhaya Diallo, entre autres, s’adressent aux victimes et aux témoins pour leur rappeler qu’elles “n’y sont pour rien” et qu’ensemble, elles peuvent “faire cesser ces violences”. Le message est également adressé aux auteurs de ces violences pour leur dire de cesser et les mettre face aux peines encourues.

Inquiet quant à la recrudescence des violences faites aux femmes à travers le monde, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres a tenu à prendre la parole pour alerter sur ce sujet. «J’engage tous les gouvernements à prendre des mesures de prévention contre les violences faites aux femmes et à prévoir des recours pour les victimes dans le cadre de leur plan d’action national face au Covid-19», s’exprime-t-il.

Les victimes peuvent trouver de l’aide auprès des pharmacies

En France, Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’égalité femmes-hommes, a annoncé de nouvelles mesures le dimanche 29 mars pour venir en aide aux femmes victimes de ces violences. Désormais, les pharmaciens seront en mesure d’alerter les forces de l’ordre lorsqu’une victime les préviendra de toute forme de violence. Des stands d’aides seront également déployés dans les centres commerciaux pour permettre aux victimes de dénoncer leurs agresseurs lorsqu’elles font les courses.

Jusqu’ici, un numéro d’aide, le 3919, était mis en place pour venir en aide aux victimes de violences conjugales. Mais en cette période de confinement, il est parfois difficile de s’isoler pour appeler les numéros d’urgence. « En confinement, c’est sûr que c’est super pratique pour une femme battue d’appeler le 3919 avec son mec à côté… « , s’inquiète un internaute sur Twitter.

App-Elles, une application salvatrice pendant le confinement

Développée par l’association Résonantes et la militante Diarata N’Diaye, l’application App-Elles, permet d’alerter des contacts de confiance (préalablement renseignés par les victimes sur l’application), de contacter des professionnels et de localiser des structures d’aides proches de chez la victime et de consulter des fiches conseil.

Cette application est disponible dans 12 pays, dont la France où elle a été conçue et développée. Le dispositif est accessible aux personnes sourdes et muettes. Sur le portail de l’application, un lien direct vers la plateforme du gouvernement pour signaler des violences sexuelles et sexistes a également été mis en place.

Que se passe-t-il après un signalement ?

En temps normal, une femme qui signale un cas de violence peut être hébergée dans des centres d’accueil pour femmes victimes de violences conjugales. Bien que ces derniers restent ouverts durant le confinement, certains sont complets. Il est donc nécessaire de trouver d’autres alternatives pour aider ces femmes, qui ont parfois des enfants, à sortir de l’enfer.

Il est possible, malgré les mesures de confinement, de quitter le domicile pour se rendre chez une connaissance. Il est, normalement, interdit de changer de lieu de confinement, mais ces cas étant exceptionnels et comportant un danger pour les personnes, le gouvernement a confirmé qu’aucune amende ne serait donnée à une femme qui fuit des violences.

Mais faisant face à l’augmentation des cas de violence, le gouvernement a dû réagir rapidement. En Île-de-France, région la plus touchée, la Mairie de Paris propose des logements sociaux aux femmes en détresse qui souhaitent quitter leur domicile. Ils ne sont, pour l’instant, qu’au nombre de 10, mais d’autres devraient être mis à leur disposition dans les prochaines semaines. Autre mesure prise par la Ville de Paris : la mise à disposition de onze places d’hébergements destinées aux auteurs des victimes. « La règle prioritaire doit être l’éviction du conjoint ou du père violent du domicile », martèle Hélène Bidard, adjointe en charge de l’égalité femmes-hommes.

Certaines associations, implantées dans les grandes villes de France, proposent également des services d’aide aux victimes. Elles demandent notamment aux particuliers et professionnels de l’immobilier de mettre à disposition des logements pour héberger ces femmes, parfois même ces familles, dans le besoin. Le gouvernement a par ailleurs mis en place un spot préventif à la télévision pour permettre d’alerter et de sensibiliser sur les violences infantiles qui, elles-aussi, sont en hausse depuis le début du confinement.

Louise Beda Akichi et Aurélie Marie

*Les numéros d’écoute : 39 19 (Violences Femmes info), 0 800 059 595 (Viols Femmes Informations) et le 119 (Enfance en danger) sont à disposition de tous 24h/24 et 7j/7.



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