« Les gens ont le temps en ce moment » : entretien avec Mehdi Omaïs, journaliste cinéma devenu liveur Instagram du confinement

Mehdi Omaïs, journaliste cinéma pour « Le Journal des Femmes », a lancé depuis le lundi 23 mars son « Interview confinement ». Le principe ? Chaque fin d’après-midi, il interroge en live sur Instagram une personnalité du cinéma ou de la télévision sur son rapport à la culture pendant le confinement.

Crédit photo : @mehdiomais

Crédit photo : @mehdiomais

Depuis que la France est confinée, les lives sont devenus monnaies courantes sur les réseaux sociaux, en particulier sur Instagram. Mehdi Omaïs est l’un d’eux. Journaliste cinéma pour le Journal des Femmes, il est également très actif sur les réseaux, en particulier sur Twitter et Instagram, où il anime d’ailleurs des pastilles vidéo pour Yahoo.

Depuis le 23 mars, il anime un live Instagram chaque fin d’après-midi, dans lequel il interroge ses invités sur leur film, leur playlist du confinement… L’actrice Hafsia Herzi, le youtubeur Tonio Life ou encore l’animatrice Faustine Bollaert se sont prêtés à l’exercice. Entretien avec cet intervieweur du confinement, lui-même retranché chez ses parents.

L’Effervescent : Comment t’es venue l’idée d’organiser ces « Interviews du confinement » tous les jours sur Instagram ?

Mehdi Omaïs : Instagram c’est très nouveau pour moi, à la base je suis plutôt un twittos. Au début, j’y suis allé un peu à tâtons et je me suis rendu compte que la communauté était beaucoup plus bienveillante que sur Twitter. C’est comme ça que j’ai commencé à faire des petites vidéos critiques d’une minute que je mettais en story.

Quand on a été confiné, j’ai très vite tourné en rond. J’ai perdu mes piges au Journal des femmes étant donné que plus aucun film ne sort. Même si j’ai continué à réaliser des pastilles vidéo pour Yahoo, j’avais envie de développer mes contenus vidéo, au niveau des lives. Alors quand le confinement est arrivé, je me suis dit : « Tiens, je vais continuer les interviews ! »

C’est une situation complètement inédite à laquelle personne ne pouvait être préparé. Je me suis dit que j’allais interviewer des gens des métiers du cinéma, de la télé… Pour leur demander comment ils vivent ça. C’est une sorte de continuité de mon travail de journaliste, qui me permet de parler à des artistes, mais sous un prisme nouveau. C’est agréable de parler à des artistes hors-promotion, ça leur permet de dire des choses qui ne sont pas « bateaux », pour peut-être mieux les connaître.

Habituellement, tu es un spécialiste de l’univers du cinéma. Avec ces lives, tu as choisi de parler plus largement de Culture…

Quand tu es confiné, tu te sens seul face à plein d’interrogations. Il n’y a pas que le cinéma dans la vie. C’est ce qui me fait vivre évidemment, mais j’aime aussi la musique, la lecture, la peinture. Je note toujours les références données par les artistes que j’interview. J’écoute les musiques qu’ils me disent d’écouter.

Et puis, un live qui ne traite que de cinéma, c’est aussi exclure beaucoup de gens. Etre trop spécialiste, c’est pénible. C’est bien d’élargir parce qu’il y a des passerelles entre chaque art. Ce serait bête d’en exclure un, surtout dans une période de confinement où les gens ne font pas que regarder des films. Ils écoutent de la musique, ils lisent des livres… On ne peut plus dire : « On n’a pas le temps. »

Tenir la cadence d’une interview par jour jusqu’à la fin du confinement, c’est possible ?

Ces interviews ne sont pas faites à titre professionnel. Si un jour je n’ai pas d’invité, je ne vais pas en mourir. C’est toujours comme ça, quand j’ai commencé mon métier en tant que blogueur, j’ai supplié un attaché de presse pour avoir une interview avec Jalil Lespert. Ensuite, j’ai montré cette interview pour en avoir une autre, etc. C’est exactement la méthode que j’ai employée là, sauf que j’ai un réseau plus développé maintenant. Mais, c’est toujours un combat de convaincre.

J’ai appelé Hafsia Herzi, je lui ai dit : « Je lance un live, ce serait cool que tu me dépannes. » Elle m’a répondu : « Oui, sans problème. » Pour le moment, je traite des personnalités du monde du cinéma ou de la télévision. Mais je suis en train d’essayer d’élargir, échanger avec des sportifs par exemple. Cela me fait sortir de ma zone de confort. C’est aussi l’occasion d’aller cueillir des gens qui sont en dehors du carcan parisien, comme par exemple Hend Sabri, une actrice tunisienne qui habite au Caire. Là-bas, c’est la Julia Roberts du Nil. Ça me permet d’aller cueillir des gens qui sont au Caire, à Montréal…

Ce genre de format live était-il pour toi un saut dans l’inconnu ?

Je ne suis pas un grand habitué du live, mais j’en ai déjà fait dans ma carrière. J’étais souvent invité en télé pour parler de cinéma, par exemple pendant le festival de Cannes. J’ai pu faire des lives en tant qu’invité, avec BFM, ou I-Télé (désormais CNews). Mais il faut dissocier le live où tu dictes le tempo, et le live où tu n’es qu’un opérant, quelqu’un qui ne fait que commenter. Lorsque j’ai travaillé pour LCI, il m’est arrivé pendant le festival de Deauville de passer 5 minutes en live, là c’est très émotionnel.

Mais en tout cas, à chaque fois que je fais un live, que ce soit regardé par 60 personnes ou juste une seule, c’est toujours une adrénaline en plus. Si tu te trompes, si tu fourches, ça va se voir. Si tu confonds Agnès Varda et une autre cinéaste, les gens vont se moquer.

Un format que tu te verrais continuer à faire une fois le confinement terminé ?

C’est une très bonne question, que je me suis justement posée. Bien évidemment, je ne veux pas que les gens continuent de mourir pour que je puisse continuer à le faire, jamais de la vie, mais je songe à poursuivre. Je ne vais pas dire les noms, mais j’ai demandé à pas mal d’artistes s’ils voulaient le faire.

Certains ont refusé gentiment en me disant qu’ils ne se voyaient pas trop commenter leur vie pendant cette période de confinement, mais pourquoi pas pour la suite.

En tout cas, je prends énormément de plaisir à le faire. Je continuerais éventuellement sous une autre forme, pas avec la régularité que j’ai maintenant. Les gens ont le temps en ce moment. Lorsque j’ai proposé à Monia Chokri, elle m’a fait marrer parce qu’elle m’a dit : « Génial, ça me fait une activité ! » Je vais songer à une formule, même si je ne l’ai pas encore trouvée. L’idée reste aussi de ne pas trop apparaître, parce que tu peux très vite agacer les gens. Plus tu parles, et moins ta parole a de poids.

Et pour reprendre ton « questionnaire du confinement », quel est le film que, toi, tu nous conseillerais ?

Pour moi, il y a deux formes de films du confinement. Comme France 2 l’a bien compris, il y a les comédies générationnelles qui font du bien, à l’image des films avec Louis de Funès. Beaucoup de gens n’arrivent pas à voir de nouveaux films pendant le confinement. Par contre, ils arrivent à revoir des films, parce qu’ils y sont habitués, mais ils ne sont pas en lutte intellectuelle avec. C’est le genre de films que j’aime beaucoup regarder. Spontanément, j’aurais envie de te citer un film de cette catégorie-là. Malgré tout, je vais te dire Edward aux mains d’argents [réalisé par Tim Burton], car il s’agit de mon film préféré. C’est un long-métrage sur quelqu’un qui est enfermé pendant longtemps, et qui finit par sortir.

Je privilégie les films qui développent le pouvoir de l’imaginaire, c’est extrêmement important de rester créatif et de garder l’esprit ouvert en cette période. Tous les films qui peuvent te libérer l’esprit et te permettre de voyager tout en étant assis sont importants. Ce n’est pas parce qu’on ne peut pas sortir physiquement qu’on ne peut pas sortir mentalement.

Propos recueillis par Alexis Pfeiffer


Mehdi Omaïs reçoit un invité en live chaque fin d’après-midi du lundi au samedi, sur Instagram (@mehdiomais). Et si cette interview vous a donné envie de découvrir la multitude de lives qui animent Instagram pendant le confinement, leffervescent.fr vous dresse sa sélection des émissions à ne pas louper.



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