« Le maire, il est très seul » : bienvenue à Esteil, une commune du Puy-de-Dôme sans candidat aux élections municipales

Cette année, à la veille des élections municipales, 106 communes françaises se retrouvent sans candidat. C’est le cas de la petite commune d’Esteil, un village de 56 habitants dans le Puy-de-Dôme, en Auvergne. Lorsqu’aucune liste électorale n’est proposée, c’est toute la vie du village qui est mise en péril. Plusieurs scénarios sont possibles.

La mairie d'Esteil dans le Puy-de-Dôme. Photo : Célia Couleaud

La mairie d’Esteil dans le Puy-de-Dôme. Photo : Célia Couleaud

Dans le petit village d’Esteil, commune perchée au-dessus du bassin d’Issoire (63), le maire sortant, Serge Hercegfi ne se représente pas. Jusque-là, rien d’anormal. Une étude de novembre 2018, menée par l’Association des maires de France (AMF) et le Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF), indique même qu’à un an et demi des élections, déjà 49% des maires et mairesses interrogées ne souhaitaient pas se représenter, ni en tant que maire, ni en tant qu’adjoint ou conseiller.

Mais le cas d’Esteil est plus rare et compliqué que cela. A la veille du premier tour des élections municipales, dimanche 15 mars, aucun des 56 habitants de la commune ne se présente à la succession du maire. La grande mairie du village pourrait bien être laissée à l’abandon par ses villageois. Pourtant, dans une commune de cette taille, seulement 9 noms sont nécessaires pour constituer une liste. Pour le maire actuel, la commune pourrait éviter de passer par toutes ces complications : « Je ne suis pas le seul dans la commune à être capable d’avoir les fonctions de maire. Il y a des jeunes qui se sont installés sur la commune, il faudrait qu’ils prennent leur destin en main et qu’ils s’occupent des affaires de la commune. » A cela, il ajoute cependant qu’il ne veut pousser personne à prendre sa suite.

Ce manque de candidat dans les communes est assez récent : cette année, 106 communes n’ont pas de candidats en France, dont sept en Auvergne. Mais en 2014, au même stade, seulement 64 communes étaient dépourvues de candidats.

Les maires, ça ne court plus les rues

Dans un article datant des dernières municipales en 2014, Le Parisien expliquait que l’écharpe de maire était « de plus en plus lourde à porter ». Le journaliste soulevait deux principales raisons à ce phénomène : « une crise des vocations et de nouvelles règles éditoriales. » Il expliquait alors que le respect de la parité dans les listes, l’obligation de se déclarer candidat en préfecture, etc. repoussent les potentiels candidats. Ce malheureux manque de candidats s’observe surtout dans les petites communes, même si quatre communes de plus de 1000 habitants sont concernées par ce problème cette année, contre une seule en 2014.

Marie-Jpsé, habitante d'Esteil, s'inquiète pour l'avenir de son village. Photo : Célia Couleaud

Marie-Jpsé, habitante d’Esteil, s’inquiète pour l’avenir de son village. Photo : Célia Couleaud

Pour le maire d’Esteil Serge Hercegfi, à cause du trop petit budget et du manque de personnel, « il est plus compliqué d’œuvrer dans une petite commune que dans une grande ». Et en plus de l’aspect économique, une petite commune a moins de poids dans les débats intercommunaux. La situation d’Esteil, comme de toutes les autres communes de cette taille, est triste mais bien réelle, explique Serge Hercegfi : « On n’a plus de prérogatives, il nous reste le sale boulot, on va dire… » Et ça, ses habitants en ont bien conscience aussi. D’après leur maire, cela pourrait même être l’une des causes de cette désertification : « Ils ne veulent pas s’embarrasser très certainement. »

Marie-José est une habitante de l’une des quelques maisons de pierres qui forment le village d’Esteil. Pour elle, être maire implique trop de responsabilités. « Mais si on me demandait d’être sur une liste, je ne dirais pas non », suggère-t-elle.

Des solutions au cas par cas

La première solution à laquelle certains pourraient penser pour résoudre ce manque de candidat est le « panachage ». Cette technique consistant à ajouter des noms à une liste était autorisée il y a encore quelques années dans les communes de moins de 1000 habitants, mais elle est maintenant en partie révolue. Les électeurs peuvent encore remplacer des noms de candidats par ceux d’autres candidats, mais les noms ajoutés, de personnes non-candidates, ne seront pas pris en compte, comme le détaille le guide des élections municipales 2020. Pour les communes de moins de 1 000 habitants, il reste quelques solutions avant d’envisager une fusion avec une autre commune, comme le fait de présenter des candidats pour le second tour du scrutin.

« J’ai 61 ans, j’ai donné, j’arrête »

Serge Hercegfi ne souhaite pas voir sa commune disparaître. Les maires qui reprennent leur propre succession sont très nombreux, mais pour lui son rôle n’est plus à la mairie. « Je suis au Conseil municipal depuis 1998 exactement, et j’estime que j’ai fait mon temps. J’ai 61 ans, j’ai donné, j’arrête. » Ce qui est très compliqué pour un maire de petit village, c’est la relation avec ses habitants.

« Tout le monde se connaît et ce sont tous des amis. Alors quand il faut faire quelque chose qui ne plaît pas vraiment, c’est difficile… Je n’ai pas envie non plus de créer des tensions. » – Serge Hercegfi, maire d’Esteil

L’élu ne s’est pas déplu à la mairie, mais c’est un travail éprouvant. « Le maire à Esteil, il est très seul. Le Conseil municipal est comme une chambre d’écoute mais je n’ai pas de second. Il faut que je me débrouille dans tous les domaines », explique-t-il. Ses adjoints, pris par leurs activités et ne résidant pas à Esteil n’ont pas assez de temps pour remplir leurs fonctions à plein temps.

Vue d'ensemble du village d'Esteil, avec le bassin d'Issoire en fond. Photo : Célia Couleaud

Vue d’ensemble du village d’Esteil, avec le bassin d’Issoire en fond. Photo : Célia Couleaud

La solitude dans un village de cette taille est une fatalité. Les quelques tracteurs qui passent dans les rues de temps à autres ne parviennent pas à faire oublier que les poules, vaches, lapins et autres animaux de la campagne sont plus nombreux que les habitants humains sur la commune.

A voir maintenant si quelqu’un se dévouera pour candidater à la mairie ou si, dans le pire des cas, Esteil sera rattaché à une autre commune. En 2014, onze des 62 communes sans repreneur au premier tour des élections ont fini par fusionner avec une localité voisine.

Célia Couleaud



Catégories :Auvergne, L'Evenement

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