Le Hockey sur glace ou la face cachée du Sport US en France

À Clermont, comme ailleurs en France, les clubs de hockey sur glace ont bien du mal à exister dans le monde médiatique extrêmement concurrentiel des pages sports.

En difficulté à domicile, les Sangliers Arvernes disputent leurs matchs devant de nombreux sièges vides. Photo : Adrien Michaud

En difficulté à domicile, les Sangliers Arvernes disputent leurs matchs devant de nombreux sièges vides. Photo : Adrien Michaud

Le hockey sur glace, sport roi chez nos cousins québécois et en Amérique du Nord en général, terrain d’affrontement sportif privilégié pendant la guerre froide, est à des années lumières d’être un sport qui compte dans l’Hexagone. De fait, il peine à s’offrir une quelconque exposition en France. Symptôme de ce problème, la finale de la Ligue Magnus 2017, la première division française de hockey sur glace, est passée à la trappe alors que l’Equipe 21 s’était échinée à en obtenir les droits en intégralité. Un exemple parmi d’autres qui montre que malgré ses 21 468 licenciés,ce sport est en mal d’audience et de considération. Bien loin de la « success story » que connaît le biathlon malgré son gros millier de licenciés.

Le hockey sur glace, parent pauvre des sports US ?

Ce manque de reconnaissance étonne à l’heure où le sport américain grandit à une vitesse folle et s’implante de plus en plus dans la culture française avec en tête de proue la National Football League (NFL) et la National Basketball Association (NBA). Les exemples d’initiatives de ces deux ligues sont multiples. Qu’ils aillent de l’organisation d’un match de saison régulière NBA à Paris, à celle d’un camp d’entraînement de l’équipe de football américain de l’université de Michigan (l’une des plus prestigieuses du pays de l’oncle Sam), les ligues nord-américaines sont de plus en plus présentes en France.

De leur côté, le hockey et la NHL semblent en retard de ce côté-là. Charles Trognon qui commente la ligue nord-américaine sur Canal + Sport en témoigne : « C’est un sport très niche pour le moment, il faut se battre pour diffuser des matchs… Pourtant, c’est un super produit : la vitesse, les actions d’éclat, les stars les rebondissements, tous les ingrédients y sont pour que ça plaise. »

Le produit semble donc pouvoir plaire à tout fan de sport, et les Français qui y réussissent sont nombreux. Parmi eux, le dernier venu, Alexandre Texier, 20 ans, fait figure de Tony Parker après ses débuts fracassants en NHL et a presque une mission de pionnier à accomplir comme l’explique Charles Trognon : « L’arrivée de Tex [Alexandre Texier] est excellente pour nous les fans de hockey ! Les médias se sont emparés de lui très rapidement après ses premiers pas fracassants dans la ligue. Plus il fait parler, plus on va vouloir le regarder. »

Pour l’anecdote, la discrétion du hockey dans le champ médiatique est encore plus paradoxale alors que le championnat de France de hockey sur glace fait figure de doyen par rapport aux autres sports importés d’Outre-Atlantique. Sa première édition remonte en effet à 1906 là où il faut attendre 1921 pour le basket et 1982 pour le football américain.

« La problématique, c’est de faire savoir qu’il y a un club de hockey à Clermont »

À Clermont-Ferrand, c’est un petit peu la même chose pour les Sangliers Arvernes. Étant remonté en division 1 cette année (la deuxième division du hockey français), le club auvergnat tente de se structurer pour pouvoir faire parler de lui. C’est l’avis de Steve Bardy employé à la communication du club « On essaye en ce moment de mettre en avant nos réseaux sociaux, de développer l’image du club. Après au niveau médiatique même si on est loin de l’ASM ou du Clermont Foot, on a quand même un petit article dans la Montagne et sur Hockey Hebdo les jours de match, c’est mieux que rien. » Mieux que rien donc, mais insuffisant pour attirer plus de 643 spectateurs en moyenne à la patinoire.

Eric Sarliève le coach des Sangliers Arvernes. Photo : Adrien Michaud

Eric Sarliève le coach des Sangliers Arvernes. Photo : Adrien Michaud

Cependant, l’entraîneur des Sangliers, Eric Sarliève nuance ces résultats : « On est en difficulté à domicile [2 victoires en 10 matchs NDLR]. Forcément, ce sont les victoires qui attirent le public. L’année dernière, pour les finales de division 2, il y avait entre 1 300 et 1 500 personnes, preuve que l’on peut attirer du monde. » En tout cas, le coach croit dur comme fer en la capacité des Sangliers à se faire une place aux côtés du rugby et du foot dans la métropole auvergnate. « Notre arrivée en D1 doit nous permettre de faire grandir notre image à Clermont.

« On doit faire une structuration plus importante et professionnelle. Aussi bien au niveau de l’investissement mis en place que de l’attitude. » – Eric Sarliève, entraîneur des Sangliers Arvernes

« On a créé une équipe de communication récemment et on commence déjà à voir les fruits de leur travail. Il nous manque encore des choses, mais ça avance dans le bon sens, poursuit le coach. On ne vise pas du tout le même public que le foot ou le rugby, le hockey c’est un sport très spectaculaire. Je n’ai jamais vu quelqu’un sortir de la patinoire en étant déçu. La problématique, c’est d’une part d’avoir des résultats attractifs et d’une autre de faire savoir qu’il y a un club de hockey à Clermont. »

Le Hockey trouvera-t-il son salut dans la médiatisation ?

Le hockey est-il réellement prêt à devenir « mainstream » ? Peut-il réellement devenir un des rois de l’hiver aux côtés du Ski Alpin et du Biathlon ? En tout cas, cela semble être la seule voie de survie pour les clubs et leurs supporters. C’est le sentiment de Jean-Luc, inconditionnel des Sangliers Arvernes depuis la saison 1985/1986 et qui ne comprend pas pourquoi on ne parle pas plus de son club : « Pour moi, Clermont-Ferrand à toujours été un club de D1. Mais ce qu’il manque à l’équipe pour se stabiliser, c’est de l’argent, de plus nombreux sponsors. Mais ça, vous ne l’avez que si on parle du club et honnêtement aujourd’hui personne ne parle du club. On a juste un article dans la Montagne. France 3 Régions ne fait rien. La chaîne ne parle du club que quand on commence à gagner des matchs. »

Du côté des joueurs, et notamment des joueurs étrangers, le constat est un peu le même comme l’explique Deniss Baskatovs, centre letton ayant joué en MHL, la deuxième division russe. « Cela fait deux ans que je suis en France et chaque année le championnat est très serré et toutes les équipes se valent. Cependant, je dois avouer que l’on parle moins de hockey ici que dans les anciens pays où j’ai joué comme la Lettonie ou la Russie par exemple. »

Pour autant, les clubs multiplient les tentatives pour faire des matchs de hockey sur glace des évènements, en s’inspirant toujours du modèle américain. Comme le Teddy Bear Toss, un jeté de peluches pour fêter le premier but Clermontois, qui a été organisé le 14 décembre pour la réception de Marseille. Des initiatives qui sont appréciées par les supporters comme Adrien : « Ça crée des moments, ça fait que certains matchs comme celui-ci sont spéciaux, j’espère qu’il y aura d’autres lancers d’oursons dans les saisons à venir. »

Elias Muhlstein, Matthias Haag, Adrien Michaud



Catégories :Auvergne

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