De l’informatique en Tunisie à la restauration rapide à Vichy, portrait de Mohammed Neji

Gérant du restaurant Djerba, Mohammed Neji a ouvert les portes de son établissement à L’Effervescent. Il témoigne de cette jeunesse obligée de constamment s’adapter, et de parfois quitter sa terre.

Mohammed Neji s'est installé à Vichy en 2016.

Mohammed Neji s’est installé à Vichy en 2016.

A l’entrée du restaurant, difficile de ne pas remarquer les menus flambants neufs accrochés au plafond. « On vient de finir les travaux de rénovation avec un ami. On les a faits seuls. Ça n’a pas été facile, mais c’est important que les gens se sentent à l’aise là où ils mangent. » Debout derrière son comptoir, Mohammed Neji nous accueille au Djerba – nom d’une île située au large de la Tunisie. « Je ne viens pas de là-bas, mais Djerba est un endroit connu et qui évoque naturellement la Tunisie. C’est un peu comme si un Français ouvrait un restaurantTour Eiffel’ à l’étranger. » Entre deux services, il nous raconte son histoire qui va bien au-delà de la trinité salade-tomate-oignon.

« J’étais lié à la France bien avant que je n’y mette les pieds »

Elle prend tout d’abord racine en Tunisie. Diplômé universitaire en informatique appliquée à la gestion, les emplois qui correspondent aux qualifications de Mohammed Neji se font rares. Il envisage alors de tenter sa chance à l’étranger. « Je ne maîtrise pas bien l’anglais, et le français est la deuxième langue en Tunisie. Partir en France, c’était donc une éventualité naturelle. » Dans son pays natal, Mohammed Neji a d’ailleurs pu établir un premier contact avec l’Hexagone et ses habitants.

« Je travaillais sur une plateforme d’assistance téléphonique pour une entreprise française en 2008. Ça n’avait qu’un très vague rapport avec mon diplôme et ce que je voulais faire, mais ça m’a permis d’améliorer mon Français et d’apprendre à apprécier le contact avec les gens », nous indique-t-il en assurant qu’il tente de trouver le positif dans chaque situation, quelle qu’elle soit. « A l’époque, je n’avais pas encore prévu de quitter la Tunisie. Mais avec le recul, j’étais finalement lié à la France bien avant que je n’y mette les pieds. »

Un changement de cap professionnel

Mohammed Neji quitte finalement la Tunisie pour Paris en 2012. Seul et sans véritables repères dans la capitale, il ne parvient pas à trouver un emploi dans le milieu de l’informatique. « Je me suis retrouvé à faire le service dans plusieurs restaurants. Ce n’est pas ce que je voulais, mais j’avais besoin de travailler pour payer mon loyer. » Le natif de Tunis déménage ensuite à Lyon, poursuivant sa carrière dans la restauration. « Mon patron à Paris ouvrait un établissement à Lyon, il avait besoin de bras et j’y suis allé. Le changement ne m’effraie pas, c’est quelque chose qui m’a toujours boosté dans ma vie. »

« Si on ne fait pas le travail que l’on veut, il faut apprendre à aimer le travail que l’on fait. »

Dans la capitale des Gaules, Mohammed Neji prend véritablement goût au métier de restaurateur et délaisse peu à peu l’ambition de retourner vers le secteur informatique. Si bien que, lorsqu’une connaissance l’appelle pour venir travailler dans un kebab à Vichy en 2016, il saisit l’opportunité. « Je ne travaillais plus à ce moment-là, mon contrat avec le restaurant dans lequel j’étais serveur avait expiré. L’ancien patron du Djerba m’a proposé d’y devenir salarié, et de participer pleinement à la gestion du restaurant. Je n’ai pas hésité une seule seconde. » Même si le kebab est d’origine turque, il n’est pas pour autant étranger à Mohammed Neji. « La Turquie a eu une telle influence sur ses pays voisins que l’on retrouve beaucoup d’éléments culturels turcs en Tunisie, y compris le kebab. Donc quand on m’a proposé d’en vendre, ça m’a tout de suite plu. »

Une nouvelle ambition

Aujourd’hui gérant à part entière du Djerba, il ne regrette aucun de ses choix professionnels. « Le contact avec les gens est quelque chose qui compte beaucoup pour moi, et que je n’aurais sûrement pas pu avoir si j’étais resté dans l’informatique. » Mais de façon surprenante, Mohammed Neji entretient toujours un léger lien entre sa vocation première et son métier actuel. « Depuis mes études, je suis très souvent sur l’ordinateur et sur Internet. Je surveille ce qui est proposé sur les cartes des restaurants libanais, syriens et orientaux. J’y trouve beaucoup d’idées de recettes pour mes sandwichs. »

Mohammed Neji a une clientèle fidèle et les services s'enchaînent à grande vitesse.

Mohammed Neji a une clientèle fidèle et les services s’enchaînent à grande vitesse.

Et si sa situation actuelle le satisfait amplement, la voie professionnelle qu’il a embrassée a tourné son regard vers un nouvel objectif. « Mon rêve, c’est de quitter la restauration rapide et d’ouvrir un véritable restaurant de cuisine orientale. » Du changement, encore. « Une vie sans renouvellement, c’est comme un plat sans épices, ça a beaucoup moins de saveur. »

 André Fontaine



Catégories :Vichy

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