Grève aux urgences : « Nous n’avons plus besoin de conseils de la part du gouvernement »

Les services d’urgences de l’Allier sont en surchauffe. A Vichy, le personnel de l’hôpital se mobilise depuis des mois pour crier son mal être et réclamer des mesures à la hauteur des difficultés qui touchent son service.

Urgences

Mardi 24 septembre, le personnel de l’hôpital Jacques Lacarin manifestait à Vichy contre la réforme des retraites. Parmi les manifestants, de nombreux urgentistes en grève depuis juin qui ne supportent plus leurs conditions de travail.

Dans l’Allier comme dans toute la France, les services d’urgences des hôpitaux sont nombreux à être en grève depuis plusieurs mois. A Vichy, les membres du personnel de l’hôpital Jacques Lacarin sont même en grève illimitée depuis le 17 juin dernier.

Annette, infirmière aux urgences de l’établissement depuis 27 ans, a manifesté, mardi 24 septembre, aux côtés d’employés de l’hôpital et de membres de la CGT. Elle fait partie du cortège d’urgentistes qui s’est rendu à Paris lors de la manifestation du 11 septembre : « Aujourd’hui nous n’avons plus besoin de conseils de la part du gouvernement, mais qu’on nous donne les moyens humains, matériels et financiers d’exercer correctement notre travail ! »

« Je suis à bout et en colère. » – Annette, infirmière aux urgences de Vichy

Manque de lits, de personnel, salaires minimes, incivilités et violences : aux urgences de Vichy, les conditions de travail du personnel soignant sont devenues intolérables pour cette soignante. « Ces problèmes sont le résultat d’années de mesures budgétaires et de politique inadaptées, et il n’y a aucune action concrète de la part du gouvernement pour arranger la situation », déplore-t-elle. « Nous avions une deuxième ligne de SMUR qui est désormais fermée, car nous n’avons personne pour remplir ces postes, nous n’avons pas de réel service post-urgences… », poursuit sa collègue Nathalie.

« Nous offrir une prime n’y changera rien »

Après les vagues de canicule de cet été, le personnel des urgences est à bout, et ce ne sont pas les mesures annoncées par Agnès Buzin, la ministre de la Santé, qui calmeront les choses. « Verser une prime de 100 euros au personnel des urgences ne suffit pas pour compenser les problèmes de violence et d’incivilité », explique Nathalie. « Ces actes de violences surviennent quand on manque de personnel et que les gens n’en peuvent plus d’attendre. Nous offrir une prime n’y changera rien. »

« Les urgences sont la vitrine de l’hôpital. Aujourd’hui elles sont engorgées, nous n’avons pas de lits de médecine et de points de suite, on perd de l’attractivité », déclare Pascal Devos, secrétaire du syndicat CGT. Pour lui, les difficultés persistantes que connaît l’hôpital résultent d’un vrai problème de budget. « Le plan financier qui est proposé chaque automne n’est pas adapté aux besoins réels des hôpitaux. » En effet, ce budget voté chaque année augmente d’environ 2,5 % par an. Mais dans les faits, il faudrait prévoir une augmentation de cette somme d’au moins 4 % pour répondre aux besoins réels des hôpitaux, et régler les problèmes de manque de matériel et de personnel.

Samu

Annette, infirmière aux urgences de l’hôpital de Vichy, lors de la manifestation du 24 septembre, à Vichy (Allier).

Pour Pascal Devos, une réévaluation de l’installation des médecins serait nécessaire afin d’augmenter les effectifs dans les hôpitaux et les maisons médicales. « Si on instaurait des quotas régionaux comme pour les infirmières, les médecins seraient mieux répartis sur le territoire », explique-t-il. « Comme ça, les usagers auraient plus facilement accès au soin en cas de besoin, et ne seraient plus obligés d’aller aux urgences pour trouver un médecin. »

Un mouvement parti pour durer

Le ras-le-bol du personnel hospitalier touche également les jeunes qui aspirent à exercer ces métiers de la santé. Amandine*, étudiante à l’IFSI de Vichy et régulièrement en stage dans les services de l’hôpital Jacques Lacarin, doit déjà affronter ces difficultés dans son quotidien à l’hôpital. Pour la jeune femme, la mobilisation en cours devrait prendre de l’ampleur ces prochains mois : « Je ne pense pas que le mouvement va s’essouffler, au contraire. Les manifestations ont repris début septembre, les gilets jaunes reprennent le mouvement. La réforme des retraites a aussi renforcé cette envie de se mobiliser chez les membres du service hospitalier qui voient leur retraite s’éloigner et s’amoindrir, alors qu’ils exercent un métier éreintant physiquement et psychologiquement. »

Au centre hospitalier de Moulins-Yzeure, la situation est également critique. « Notre service d’urgences affronte les mêmes problèmes que celui de Vichy, si ce n’est qu’on souffre d’un manque plus criant de personnel ici », explique Thomas Dupuy, médecin urgentiste à l’hôpital de Moulins. « Beaucoup de médecins sont partis. Cela fait 2 ans qu’on fonctionne à dix médecins à temps plein pour 26 postes prévus, on doit donc faire un travail supplémentaire énorme. » Car si les effectifs diminuent du côté du personnel soignant, la fréquentation des urgences augmente d’année en année. « Environ 3% par an », selon Thomas Dupuy.

« Un tour de passe-passe ! »

Début septembre, la ministre de la santé Agnès Buzin a annoncé une série de mesures censées répondre à la crise des urgences. Chez les membres du personnel hospitalier, très peu ont été convaincus par ses propositions. « Les 70 millions d’euros qu’Agnès Buzin veut envoyer dans les urgences, c’est un tour de passe-passe ! », dénonce Pascal Devos. « Cet argent est pris dans une enveloppe déjà dédiée aux autres services de l’hôpital, cela va créer un déséquilibre et accentuer le problème des mauvaises conditions de travail. »

La mobilisation se poursuit donc avec de nouveaux rassemblements jeudi 26 septembre à travers toute la France. Le Collectif Inter Urgences rapporte 260 services d’urgences en grève dans le pays, soit près d’un sur deux.

*Le prénom a été changé.

Naël Ranjon



Catégories :Vichy

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